Le
Bardo, le 15 novembre 1999
Discours
du Président Zine El Abidine Ben Ali
devant la Chambre des Députés
Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux
Monsieur
le Président de la Chambre des Députés,
Je voudrais tout d'abord vous présenter mes félicitations
sincères pour votre élection à la présidence
de cette auguste assemblée, et vous féliciter,
également, mesdames et messieurs les honorables députés,
pour votre élection au sein de cette institution constitutionnelle
qui représente l'un des piliers fondamentaux du système
républicain et un symbole éminent de la lutte
nationale pour la souveraineté et l'indépendance.
L'une
des significations essentielles du Changement du 7 novembre
1987, a été la réhabilitation des valeurs
de la République, de ses principes et de ses institutions
dont, en premier lieu, le Parlement, ainsi que la consécration
de la primauté de la loi, l'instauration de la justice
et de l'équité, la garantie des libertés
et la promotion des droits de l'Homme.
Nous sommes fiers des progrès qui ont été
accomplis, dans ce cadre, sur la voie de la démocratie
pluraliste et dont témoigne clairement votre auguste
assemblée, dans sa nouvelle composition.
Vous
êtes, certes, les représentants du peuple tout
entier, qui vous a élus afin que vous placiez ses intérêts
au-dessus de toute autre considération et que vous
uvriez à concrétiser ses aspirations au
progrès et à la prospérité. Cependant,
la diversité de vos sensibilités politiques
est source d'enrichissement du dialogue et de renforcement
de la participation des différents courants de pensée
à la consolidation des acquis du présent et
à l'édification de la Tunisie de demain.
Mesdames,
Messieurs,
Aujourd'hui, se tient la première séance de
votre auguste assemblée, à l'heure où
nous venons d'entamer un nouveau mandat présidentiel
que nous avons placé sous le signe du labeur et de
la persévérance pour bâtir l'avenir; labeur
et persévérance pour concrétiser tout
ce que nous avons promis aux électeurs et pour matérialiser
tout ce à quoi nous nous sommes engagés devant
le peuple, dans notre programme électoral. Celui-là
même qui a bénéficié d'une adhésion
totale dont nous sommes fiers et qui constitue un témoignage
de confiance que nous apprécions hautement.
Au
demeurant, il vous sera loisible de constater, mesdames et
messieurs les députés, lors de vos débats
budgétaires, dans les prochains jours, que nous avons
d'ores et déjà entrepris de mettre à
exécution ce programme dans les différents secteurs,
avec la ferme volonté de respecter les priorités
et les délais impartis.
Ce
n'est certainement pas redondance de ma part, que
d'aborder, de nouveau, le thème de l'emploi tant il
est vrai que nous considérons l'emploi comme la priorité
des priorités et la cause nationale primordiale durant
la période à venir.
C'est
que j'ai tenu à ce que tous les axes de mon programme
convergent dans une même direction, celle de profiter
à l'emploi et de garantir l'avenir des jeunes Tunisiennes
et Tunisiens, de toutes les régions et de toutes les
catégories.
Et
si nous avons entamé, dès le premier jour et
dans la foulée de la proclamation des résultats
des élections, la mise en uvre du programme,
avec toutes ses composantes, et fait démarrer le processus
de telle sorte que le Fonds National de l'Emploi ou Fonds
21-21 puisse commencer à fonctionner dès le
début de l'année nouvelle, je voudrais souligner,
aujourd'hui, à l'adresse des Tunisiennes et des Tunisiens,
que notre réussite dans cette uvre, est tributaire
de la conjonction des efforts de tous, de la persévérance
et du labeur de toutes les parties.
En
la matière, mesdames et messieurs les députés,
vous êtes investis d'un rôle important, tant au
sein de cette assemblée que dans vos régions
respectives, à travers votre action et vos contacts
avec les citoyens, pour contribuer à la mobilisation
des potentialités et des compétences, à
la stimulation des efforts en faveur de la réalisation
de cet objectif et à la sensibilisation continue pour
entretenir et raviver sans cesse la flamme de la solidarité
nationale. Mais votre rôle est important aussi et surtout
pour faire comprendre davantage aux citoyennes et aux citoyens,
et tout particulièrement aux jeunes, que l'ère
de la mentalité d'assisté est révolue
et que l'attentisme et la quête des solutions de facilité
conduisent à l'impasse.
L'heure
est à l'initiative, à la course contre la montre,
dans un esprit de compétition et avec une mentalité
de dépassement. C'est une époque où n'est
récompensé que celui qui parvient à se
maintenir debout, par la force de sa volonté et de
sa détermination, chacun selon ses aptitudes et ses
compétences, quel qu'en soit le niveau. Car, la carence
est d'abord affaire de mentalité avant d'être
une faiblesse ou une incapacité.
L'Etat
apportera toujours ses encouragements et ses incitations à
celui qui fait le pas pour se prendre en charge. L'Etat veillera
à mettre en place l'infrastructure nécessaire,
à multiplier les sources de financement, à renforcer
la formation, à ouvrir les horizons, à encourager
les idées nouvelles et à prospecter l'avenir
afin d'aider ceux qui cherchent à innover et qui prennent
des risques pour mieux faire, dans une véritable odyssée
vers l'inconnu, compte tenu des mutations toujours plus rapides
que connaît l'humanité.
Le
Fonds 21-21 sera, sans nul doute, un mécanisme essentiel
dans le domaine de l'emploi pour nos jeunes, en même
temps qu'un moyen de renforcement des opportunités
de travail au profit des différentes catégories
des sans-emploi. Les tâches dont il est investi constitueront,
à cet égard, un volet important dans un système
cohérent dans lequel les rôles sont répartis
entre les mécanismes et programmes conventionnels,
d'une part, la Banque Tunisienne de Solidarité et le
système de micro-crédit, d'autre part.
Il
constituera, en outre, un trait d'union entre les interventions
du secteur étatique, du secteur privé, des collectivités
locales et des associations, en même temps qu'un instrument
d'identification des gisements d'emploi insoupçonnés
qui existent dans notre environnement immédiat, et
de tout autre champ d'intervention générateur
d'opportunités d'emploi.
Mesdames,
Messieurs,
Le renforcement des opportunités d'emploi et la garantie
de la poursuite de la création d'emplois sont tributaires
de la stimulation de l'investissement et de la dynamisation
de l'économie, grâce aux différentes initiatives
qui ont été prises à cet effet. Nous
sommes convaincus que la suppression des autorisations et
leur remplacement par des cahiers de charges, dans les divers
secteurs, ainsi que la substitution d'une formalité
unique englobant tous les aspects aux nombreuses formalités
qui étaient exigibles pour la création d'entreprises
individuelles, ne manqueront pas d'avoir un impact des plus
importants sur la création de sources de revenus et
d'opportunités d'emplois. Nous avons, du reste, donné
des instructions aux commissions et aux groupes de travail
que nous avons créés à l'effet d'élaborer
les procédures d'application de ces deux mesures, afin
qu'ils achèvent leurs travaux avant la fin du mois
de janvier prochain, de telle sorte que les procédures
qui seront retenues puissent être mises à exécution
dans les plus proches délais.
Je
voudrais souligner, dans ce contexte, l'importance qu'il y
a à faire prendre conscience au citoyen, que la suppression
des autorisations n'est pas synonyme d'anarchie, ni d'installation
de n'importe qui, n'importe où et n'importe comment.
Bien au contraire, cela signifie qu'il appartient à
chaque promoteur de prendre connaissance des conditions spécifiées
dans le cahier des charges relatif à l'activité
envisagée, et de veiller à se conformer à
ces conditions pour pouvoir exercer sa liberté d'entreprendre,
sans aucune entrave de la part de l'Administration.
L'Administration ne se préoccupe dès lors que
du contrôle, en s'assurant, après le démarrage
de l'activité, du respect des conditions exigées,
et cela selon une procédure dont nous veillerons à
ce qu'elle ne se transforme pas, à son tour, en une
entrave d'un nouveau genre.
Dans
l'élaboration des cahiers de charges, nous accorderons
la priorité aux activités les plus génératrices
d'emplois.
Le
dynamisme de l'économie nationale, qui a atteint, au
cours de ces dernières années, un niveau dont
nous tirons une grande fierté, a besoin, aujourd'hui,
d'un nouveau souffle, afin d'atteindre nos objectifs en matière
de renforcement de notre compétitivité, de création
d'un nombre accru d'emplois, et d'ouverture des horizons aux
diplômés et aux compétences tunisiennes,
dans les diverses spécialités.
Ce
qui peut y aider, ce sont la recherche de nouvelles idées
de projets, la collecte de données sur les secteurs
porteurs, et les études relatives aux marchés
prometteurs; autant d'éléments qui, dans de
nombreux cas, font défaut aux promoteurs. Il est donc
indispensable que ces idées nouvelles puisent parvenir
aux promoteurs et aux détenteurs des sources de financement.
Aujourd'hui,
nous ordonnons l'instauration d'un régime particulier
d'encouragement à la découverte d'idées
nouvelles et à l'élaboration d'études.
Il devrait permettre aux structures existantes ou à
d'autres qui seraient spécialement créées
à cet effet, d'acheter ces nouvelles idées ainsi
que ces études afin d'alimenter les banques de données,
selon des critères qui inciteraient les spécialistes,
tant dans les secteurs professionnels qu'à l'université
ou dans d'autres espaces de recherche et d'étude, à
faire connaître les résultats de leurs recherches.
Ceci
les encouragerait à participer aux concours et aux
appels d'offres organisés à cette fin ou bien
aux programmes adoptés dans le cadre du partenariat
avec les entreprises économiques. Ce qui, d'un autre
côté, les habiliterait à être associés
au lancement de nouveaux projets, pour peu qu'ils en aient
la possibilité et les moyens financiers.
Vous
n'êtes pas sans savoir, à ce propos, qu'il ne
peut y avoir d'entreprise ni de partenariat en l'absence de
promoteurs compétents possédant la volonté,
la détermination et l'aptitude requises. Aussi, pour
affronter les courants de la mondialisation, notre pays a-t-il
besoin, aujourd'hui, de favoriser l'émergence d'une
nouvelle génération de promoteurs, en renforçant
cette catégorie d'agents économiques, que ce
soit par l'exploration des voies et moyens susceptibles de
multiplier leur nombre ou bien par la consolidation de la
formation des plus jeunes d'entre eux et leur encadrement,
non seulement par le biais des "pépinières
d'entreprises" et des différents mécanismes
conventionnels, mais aussi au moyen de programmes variés
dans lesquels les organisations nationales concernées
et les structures professionnelles assumeraient un rôle
privilégié. Dans ce nouvel environnement mondial,
il ne peut y avoir de projets sans l'existence de promoteurs
compétents, tout comme il ne peut y avoir de survie
pour les entreprises face à ces courants sans de hautes
aptitudes à la gestion et un encadrement suffisant
et adéquat.
Nous avons toujours mis l'accent sur la nécessité
de veiller au renforcement du taux d'encadrement au sein de
nos entreprises économiques. Ce n'est pas seulement
pour assurer l'emploi aux diplômés de l'enseignement
supérieur, mais aussi parce que nous sommes convaincus
que la garantie de la compétitivité et de la
mise à niveau effective de l'entreprise, ne peut en
aucun cas se réaliser sans satisfaire à cet
impératif. Ceux qui s'imaginent que l'expérience,
par-delà son importance, conjuguée à
la technologie avancée, suffisent pour atteindre ces
objectifs, se trompent et se trouvent confrontés à
la réalité le jour où, aux prises avec
la concurrence mondiale, ils saisissent qu'effectivement c'est
le facteur humain qui prime sur tous les autres facteurs,
pour garantir la réussite.
Notre
finalité n'est autre que de garantir la réussite;
la réussite grâce à l'intelligence et
à la compétence des Tunisiennes et des Tunisiens,
qui ont toujours constitué le patrimoine de notre patrie,
la source de sa fierté et l'attribut de sa dignité
et de son invulnérabilité.
Ce
sont les résultats qu'il a enregistrés qui ont
valu à notre pays la crédibilité immense
dont il jouit auprès des différents partenaires
avec lesquels nous coopérons, de même qu'auprès
de nos associés, parmi les pays frères et amis.
Nous nous préoccupons constamment de faire en sorte
qu'ils trouvent auprès de nous toutes les facilités
et les incitations qui sont susceptibles de leur simplifier
la tâche et d'assurer les conditions de succès
à leurs projets, dans un environnement adéquat
aux plans de l'infrastructure, des moyens de transport, des
réseaux de communication et des hautes compétences
humaines, dans toutes les spécialités.
Nous
nous emploierons à faire en sorte que la période
à venir soit marquée par une forte stimulation
du partenariat et de l'investissement extérieur. A
cet égard, nous ordonnons, aujourd'hui, d'établir
des listes périodiques des différentes entreprises
proposées à la privatisation, afin de permettre
aux investisseurs potentiels d'opérer leur choix à
bon escient, après étude et mûre réflexion.
Mesdames,
Messieurs,
Nous voulons qu'au seuil du siècle prochain, la Tunisie
réalise davantage de progrès et atteigne un
degré d'évolution qui lui permette d'acquérir
le savoir et le savoir-faire scientifique et technologique
et de construire, de façon authentique, la société
du savoir; une société imbue des technologies
de son époque, de leurs moyens et de leurs possibilités.
Nous
avons, du reste, accordé au secteur de l'éducation,
de l'enseignement, de la recherche scientifique et de la formation
professionnelle, une place particulière dans notre
programme, et avons veillé à le conforter en
le dotant des moyens nécessaires. C'est ce qui est
appelé à se répercuter, dès le
prochain exercice, sur le budget de l'Etat, ainsi que sur
l'ensemble des autres secteurs et structures concernés,
sous différents aspects.
Nous
uvrerons avec constance et détermination en vue
de réaliser notre objectif de porter le taux de réussite
à 80% aux examens de fin d'études de l'enseignement
de base et de hisser les taux de réussite au baccalauréat
et dans les examens des autres cycles de l'enseignement, aux
niveaux mondiaux. Nous réaffirmons, aujourd'hui, notre
détermination à veiller à ce que cette
amélioration concerne aussi bien le niveau, la qualité
et la valeur des études, que le nombre et les taux
des résultats. Aussi, exhortons-nous l'ensemble des
parties concernées au sein de l'institution éducative,
de la famille et de l'environnement pédagogique et
scientifique, à uvrer avec sérieux et
constance, pour faire en sorte que les diplômés
de nos écoles aient la formation la meilleure et la
plus solide, maîtrisant les sciences et le savoir, aptes
à la créativité et à l'innovation
et capables d'apporter un plus.
Aujourd'hui,
la mondialisation de l'économie ne se réduit
pas à la seule concurrence entre les produits, qu'il
s'agisse de biens ou de services. C'est aussi et surtout une
compétition entre les compétences humaines et
les quotients d'intelligence des peuples.
Nous
sommes fiers des résultats que nos filles et nos fils,
diplômés des écoles, des lycées
et des facultés de notre pays, obtiennent, aussi bien
en Tunisie qu'à l'étranger, comparativement
avec leurs homologues, dans les pays les plus avancés.
Nous nous emploierons avec détermination et constance,
à faire en sorte que les diplômés de l'école
tunisienne acquièrent une "employabilité"
effective dans le cadre d'une économie moderne, pleinement
intégrée dans la mondialisation, et qu'ils soient
aptes à rivaliser avec leurs semblables, dans n'importe
quel pays, que ce soit en saisissant les opportunités
d'emploi à distance qui sont offertes aujourd'hui sur
les réseaux électroniques, ou bien en s'engageant
dans le marché de l'emploi conventionnel.
Pour
qu'il nous soit possible d'ouvrir cette nouvelle voie devant
nos jeunes qui ont la maîtrise de ces techniques modernes
propres à notre époque, et en attendant que
le secteur privé s'intéresse aux secteurs d'emploi
nouveaux, nous avons décidé qu'au nombre des
projets qui seront financés par le Fonds National de
l'Emploi, le Fonds 21-21, une fois qu'il aura entamé
ses activités, figure le lancement de sites regroupés
pour le travail à distance, dans les emplacements où
ces compétences sont disponibles. Ces sites seront
équipés des moyens les plus modernes pour permettre
à tous ceux qui parviennent à trouver une opportunité
d'emploi, par le canal du réseau Internet, que ce soit
à plein temps, à temps partiel ou de façon
temporaire, dans une ou plusieurs entreprises, à l'intérieur
ou à l'extérieur du pays, de louer la période
dont ils ont besoin, à un prix symbolique et à
un tarif de communication réduit.
C'est
ce qui permettra d'accéder à de nouveaux secteurs
d'emploi, qui étaient jusque-là inconnus dans
notre pays, d'exporter nos services à l'étranger,
par le biais des réseaux électroniques, et de
nous intégrer dans l'économie immatérielle
naissante, qui est en train d'envahir le monde à toute
vitesse. Ceci viendra consolider les résultats qui
ont été enregistrés jusqu'ici dans ces
secteurs porteurs et dont nous avons pu nous rendre compte
clairement lors de notre récente visite au parc technologique
de l'Ariana-Nord.
La
recherche de l'innovation, la création et l'invention,
requièrent persévérance, dévouement,
patience et endurance. Nous comptons sur le renforcement des
investissements dans la recherche scientifique, tout au long
de cette période, de telle sorte qu'ils atteignent,
en 2004, la proportion de 1% du Produit Intérieur Brut,
pour stimuler les recherches et les études et pour
multiplier les inventions et les découvertes dans les
domaines aussi bien fondamental et appliqué que technique,
qui contribuent à consolider notre politique dans les
divers secteurs agricole, industriel et autres.
Dans
le but de renforcer cette orientation et de ménager
les récompenses et les encouragements nécessaires
au profit de quiconque innove, crée et invente, nous
annonçons, aujourd'hui, notre décision d'amender
la Loi qui régit la recherche scientifique et la promotion
de la technologie, en date du 31 janvier 1996, en son article
quatorze, de telle sorte que tout inventeur ou chercheur obtienne
le brevet de son invention ou de sa découverte, ainsi
que tous les droits qui en découlent, lorsque ce travail
est accompli au sein d'une entreprise ou d'un établissement
du secteur public. Ce qui lui permet, en cas d'exploitation
de ce brevet, d'en partager le revenu avec l'entreprise qui
a financé la recherche, et cela selon des critères
précis, tenant compte des efforts du chercheur tout
autant que des sacrifices consentis par l'entreprise.
Mesdames,
Messieurs,
Nous continuerons d'uvrer à la mise en place
d'une infrastructure évoluée qui puisse constituer
une plate-forme idoine pour l'économie que nous voulons
pour notre pays et la réalisation du développement
durable pour lequel nous avons opté. Le nombre des
grands projets inscrits dans le IXe Plan et dont le coût
unitaire est supérieur à 10 millions de dinars,
s'est élevé à 152 projets totalisant
une enveloppe globale de plus de 7.645 millions de dinars.
Les deux tiers de ces projets ont profité au secteur
agricole, s'agissant de gagner le pari de l'eau grâce
à la mobilisation du taux le plus élevé
de cette ressource, tout en renforçant nos potentialités
dans toutes les autres composantes de ce secteur.
Les
choix que nous avons arrêtés, tout particulièrement
en matière de construction de barrages dans les différentes
régions du pays, de multiplication des lacs et des
barrages collinaires, et d'équipement des périmètres
irrigués, nous ont permis d'atteindre un taux de mobilisation
des ressources en eau qui est de l'ordre de 79 % , à
la fin de l'année en cours, contre 67 % en 1996. Il
est prévu que ce taux soit supérieur à
83 % à partir de l'an 2001.
Il
importe de souligner, à cet égard, qu'une part
importante de l'effort national, dans le domaine de l'infrastructure,
en général, a été consacrée
à l'amélioration des conditions de vie des citoyens
dans les différentes régions du pays, grâce
à l'aménagement des routes et à la généralisation
des raccordements aux réseaux d'eau potable, d'électricité
et de téléphone, afin que ne subsiste dans notre
pays aucune zone qui soit dépourvue des attributs nécessaires
à son intégration dans le circuit économique.
L'infrastructure
représente un facteur déterminant dans le développement
de la compétitivité de l'économie et
dans la polarisation de l'investissement extérieur.
Aussi avons-nous concentré notre attention sur un ensemble
de projets qui englobent l'extension du réseau autoroutier,
le renouvellement de la flotte aérienne, la modernisation
du réseau ferroviaire, le renforcement du réseau
routier et celui des pistes agricoles, outre l'extension de
la capacité d'accueil des ports aériens, qui
totalise, aujourd'hui, dix millions quatre cent cinquante
mille voyageurs, grâce à l'agrandissement des
aéroports de Tunis-Carthage, Jerba-Mellita, Sfax, Tozeur
et Gafsa. Ceci parallèlement à la réhabilitation
des ports maritimes de Bizerte, Radès, La Goulette
et Sfax, au renforcement de leur liaison aux réseaux
routier et ferroviaire, pour faciliter davantage le transport
de marchandises et de voyageurs.
Ces
efforts viennent s'ajouter à ceux qui sont déployés
pour la réhabilitation et la modernisation du secteur
des communications, afin de préparer au mieux notre
pays à réaliser ces objectifs qu'il s'est fixé,
dont, en premier lieu, celui d'atteindre le chiffre de deux
millions de lignes téléphoniques avant la fin
de l'année 2004.
Il
me souvient d'avoir déjà eu à souligner
l'importance grandissante des développements qui se
produisent dans les technologies de la communication et les
moyens modernes d'échange des données. Nul n'ignore,
de nos jours, l'étendue des possibilités qu'offrent
ces moyens, pour faire connaître le produit national,
sur la plus grande échelle, et pour lui ouvrir de nouveaux
marchés.
Voilà
pourquoi nous avons entrepris de consolider l'infrastructure
des communications, en dotant les réseaux nationaux
d'équipements performants, en mesure d'en renforcer
les capacités et d'en améliorer la qualité
des prestations. Nous avons, en outre, focalisé notre
attention sur le développement des ressources humaines
dans ce secteur et sur l'aménagement d'un climat propice
à l'apport et à l'excellence. Cet effort sera
poursuivi dans le cadre de notre stratégie nationale
en la matière.
Pour
que ces moyens modernes de communication puissent, d'une part,
être exploités au mieux par le plus grand nombre
possible d'usagers, et pour qu'ils soient mis à profit,
d'autre part, pour stimuler l'emploi, tout particulièrement
dans les rangs des jeunes, et en application de ce que j'avais
annoncé dans le programme électoral, j'ordonne,
aujourd'hui, d'appliquer de nouvelles réductions dans
les tarifs de connexion aux réseaux d'échange
de données, dans des proportions allant de 40% à
80%, pour la connexion aux réseaux mondiaux, en fonction
de la capacité et du pays de connexion, et de 20% pour
la connexion au réseau national. Nous ordonnons, également,
de réduire dans une proportion de 8% à 40%,
les tarifs appliqués aux communications téléphoniques
internationales, en plus d'autres réductions à
étudier au cas par cas, dans le cadre d'un accord spécifique
et selon les procédures d'usage en la matière,
toutes les fois qu'il s'agit d'une entreprise de télé-services
employant un personnel qui ne soit pas inférieur à
cent cadres et employés.
Je
tiens à saisir cette occasion pour réitérer
mon appel aux chefs d'entreprise, aux promoteurs et aux exportateurs,
pour qu'ils modernisent leurs moyens de travail, améliorent
l'utilisation de ces technologies et mettent à profit
les incitations et les encouragements que nous avons instaurés
dans ce cadre, et cela dans l'intérêt de leurs
propres entreprises et de l'économie nationale dans
son ensemble.
Mesdames,
Messieurs,
Dans cet effort national, nous n'avons pas perdu de vue la
protection de l'écosystème et de l'environnement.
Aussi avons-nous porté tout particulièrement
notre attention sur les grands projets entrepris dans ce domaine,
qui concernent, entre autres, le phosphogypse de Gabès,
Taparura à Sfax, l'assainissement du Lac Sud de Tunis,
et la zone d'Aghir à Jerba.
Dans
le but de préparer au mieux l'avenir et de consolider
l'infrastructure de base de notre pays, dans tous les secteurs,
nous avons ordonné l'examen d'une nouvelle série
de grands projets, qui sont au nombre de 45, totalisant un
investissement de l'ordre de 4.600 millions de dinars et intéressant
les domaines de l'environnement, du transport, des communications,
de l'agriculture, de la pêche, de l'énergie et
de l'enseignement.
Nous
avons ordonné, en même temps, que cette liste
tienne compte des orientations définies dans le programme
adopté pour la période à venir, telles
que l'évolution des taux de réussite dans l'enseignement
de base et l'enseignement secondaire. En effet, à la
lumière de l'amélioration de ces taux, les nouvelles
prévisions montrent que le nombre des nouveaux arrivants
dans l'enseignement supérieur, augmentera de manière
notable à telle enseigne que le nombre des étudiants
qui s'élève actuellement à 183.000 environ,
passera à près de 300.000 en 2004-2005; d'où
l'impératif de déployer, dès maintenant,
un effort particulier pour hâter la construction des
établissements universitaires programmés dans
le cadre du IXe Plan, ainsi que ceux qu'il est envisagé
d'inscrire dans le Xe Plan. Ceci outre la programmation de
la création d'autres établissements, la mobilisation
de nouveaux crédits dans le budget de l'Etat, à
partir de l'exercice en cours, pour financer les études
de troisième cycle et de doctorat, tant à l'intérieur
qu'à l'extérieur, afin de pouvoir répondre
à la demande additionnelle prévisible au niveau
de l'encadrement.
Mesdames,
Messieurs,
Notre programme est conçu pour l'avenir; pour une société
nouvelle dans laquelle la femme accède à une
place plus importante; où les jeunes apportent, avec
compétence, leur concours au modelage du présent
et à la préparation du futur, et où la
famille constitue l'essence même du tissu social et
le noyau central de son équilibre et de sa cohésion.
C'est ce dont nous avons veillé à faire l'un
des axes fondamentaux de notre programme.
J'ai
foi en la famille en tant que pilier principal d'une société
saine et stable, et en tant qu'espace idéal pour préserver
l'équilibre de l'enfant tout au long de son éducation,
enraciner en lui la culture de la modération, de la
tolérance et de la solidarité, initier aussi
bien la fille que le fils, sur un pied d'égalité,
à l'amour du travail, à la persévérance,
à l'esprit d'initiative et à la mentalité
du "compter sur soi", afin que le peuple tunisien
de demain soit fort de la compétence et de la prise
de conscience de toutes ses citoyennes et de tous ses citoyens,
qu'il se mette à l'ouvrage et qu'il puisse compter
sur toutes ses potentialités.
Nous
avons opéré de nombreuses réformes profondes
dans cette direction. Nous avons mis en place les mécanismes,
les incitations et les encouragements qui permettent d'accélérer
les mutations sociales dans le cadre de ce processus. Il appartient
à toutes les parties agissantes au sein de la société
civile, et tout particulièrement aux associations,
aux organisations et aux différentes forces vives,
d'uvrer, aujourd'hui, à approfondir davantage
la prise de conscience vis-à-vis de ces enjeux et de
l'importance qu'il y a à continuer de renforcer nos
acquis dans ces quatre secteurs qui concernent la femme, la
jeunesse, la famille et l'enfance. Car, les courants de la
mondialisation, dans leur dimension culturelle, risquent de
saper, pour peu que nous ne sachions pas nous y adapter judicieusement,
les attributs mêmes de notre culture, notre modèle
de société et la distribution des rôles
en son sein.
Nous
avons la ferme conviction que l'ouverture et la réussite,
dans le contexte de la mondialisation, ne peuvent se réaliser
que pour les sociétés qui sont solidement enracinées
dans leur propre identité, fortes de la cohésion
de toutes leurs composantes, et dont les attributs de la personnalité
sont équilibrées.
Notre
décision de multiplier par deux le budget de la Culture
et de l'augmenter graduellement jusqu'à atteindre la
proportion de 1% du budget de l'Etat durant l'exercice 2004,
procède de notre foi en le rôle de la culture
dans ce domaine, et de notre attachement à protéger
l'homme de lettres, le créateur et l'artiste dans notre
pays. C'est que, pour nous, il n'y a pas de culture sans hommes
de lettres, sans créateurs et sans artistes qui soient
à-même d'apporter le plus, tout en étant
solidement ancrés à nos racines culturelles,
maîtrisant les attributs de la modernité, refusant
le repli sur soi, tout en barrant le chemin à tout
risque d'aliénation.
Nous
voulons que notre pays reste un pôle durable de rayonnement
de notre culture, dans son environnement, en même temps
qu'un modèle toujours actuel d'une société
modérée, équilibrée et imbue des
valeurs de concorde et de solidarité.
Mesdames,
Messieurs,
Nous avons fondé le processus démocratique dans
notre pays, sur un ensemble de constantes qui incluent le
principe de la participation, le respect du droit à
la différence, la liberté d'opinion et la liberté
de choisir; le consensus ayant toujours été
la règle de base dans les relations entre les différentes
forces politiques et sociales du pays.
En
matière de relations sociales, nous sommes fiers des
acquis qui ont été réalisés en
Tunisie, alors qu'ils ne sont plus si aisément réalisables
dans bon nombre d'autres pays.
Nous sommes tout aussi fiers d'enregistrer, aujourd'hui, ce
taux de présence respectable parmi les élus
du peuple, de représentants des partis d'opposition.
Nous avons du reste veillé à garantir cette
présence en amendant, à plusieurs reprises,
le Code électoral.
Notre
vu est que cette nouvelle réalité pluraliste
produise l'effet escompté dans la consolidation accrue
des partis politiques et la stimulation du dialogue national,
dans le cadre des principes et des valeurs de la République
et dans le respect des libertés, au sein d'une société
civile dont la cohésion demeure solide.
Dans
le but de renforcer ce climat hautement civilisé dont
nous avons pu prendre si clairement la mesure lors des récentes
élections, et dans le souci de garantir à l'opération
électorale davantage de transparence, nous nous proposons
de soumettre à votre auguste assemblée un projet
de loi portant amendement du Code électoral. Cet amendement
introduira l'obligation pour tout électeur de prendre
un exemplaire de toutes les feuilles de vote, avant d'entrer
dans l'isoloir, afin que nul ne puisse plus arguer, à
l'avenir, de l'existence d'une quelconque forme d'influence
exercée sur les électeurs. Cet amendement prendra
effet dès les prochaines élections municipales
de mai 2000.
Pour
conforter ces choix, et compte tenu de l'importance du rôle
de l'information dans le renforcement du dialogue national
et de la liberté d'expression ainsi que dans l'enracinement
de la culture démocratique, et dans le but de concrétiser
ce que j'avais annoncé, le 10 octobre dernier, à
l'ouverture de la campagne électorale, concernant mon
intention de présenter à votre auguste assemblée,
un projet de loi qui portera amendement du Code de la presse,
et concernera certaines dispositions de ce texte dans le but
de promouvoir ce secteur, dans ses différentes dimensions.
A
travers cet amendement, nous veillerons à réfréner
le réflexe d'autocensure qui continue d'entraver l'action
des journalistes et la production médiatique, en général,
et qui est sans doute imputable aux sanctions corporelles
que prévoient certains articles de ce Code, et cela
à l'exclusion des sanctions applicables à quiconque
s'avise de porter préjudice à la réputation
d'autrui ou de porter atteinte à la dignité.
Nous considérons que c'est là le minimum que
nous puissions admettre, afin de préserver l'exercice
de la liberté de l'information, dans un cadre d'éthique
et de comportement civilisé acceptable.
L'exercice
de la liberté d'opinion ne signifie en aucune manière
la liberté de diffamer ou de porter des accusations
infondées semblables à celles qui sont propagées
de temps à autre, à l'intérieur ou à
l'extérieur.
Je
tiens à souligner, dans ce contexte, que nous ouvrirons
les enquêtes qui s'imposent au sujet de tous les abus
qui viendraient à être signalés, afin
que la justice dise son mot à l'encontre de quiconque
serait reconnu coupable en la matière, et pour que
ceux qui s'avisent de répandre semblables allégations
en répondent devant la loi, lorsqu'il s'avère
qu'elles sont sans fondement.
Nous
voulons faire progresser not.
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