Carthage,
le 7 novembre 1997
Discours
du Président Zine El Abidine Ben Ali
à l'occasion du dixième anniversaire du Changement
Au
Nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux
Citoyens,
Citoyennes,
Nous célébrons aujourd'hui, avec beaucoup de
fierté, le dixième anniversaire du Changement
en même temps que nous entamons une nouvelle décennie,
avec une confiance inébranlable et une détermination
inflexible à relever les défis et à gagner
les enjeux. Grâce à la persévérance
de son peuple et à son adhésion convaincue au
mouvement de réforme, la Tunisie est aujourd'hui une
nation de labeur et d'espérance et un havre de sécurité
et d'ambition.
Dix
années se sont écoulées depuis que nous
avons pris l'initiative de soustraire le pays à l'état
de dégradation dans lequel il était plongé
et qui obscurcissait devant lui tous les horizons, en même
temps qu'il aggravait les dangers qui pesaient sur sa souveraineté
et sur sa sécurité politique, sociale et économique,
entamant grandement la crédibilité de la Tunisie
sur la scène internationale.
Tout
en rappelant cela, nous renouvelons l'engagement que nous
avons pris envers notre peuple de continuer à uvrer
sans relâche et à ne ménager aucun effort
ni sacrifice, tous ensemble au service de la Tunisie, sur
chaque pouce de son territoire si cher à nos curs,
et dans chaque poste de production et de créativité,
pour que les jours sombres du passé se perdent dans
l'oubli et pour que nous ne nous en souvenions que pour mieux
aiguiser notre volonté d'agir, afin de sauvegarder
nos acquis et de faire en sorte qu'ils soient à la
mesure de nos ambitions.
Citoyens,
Citoyennes,
Notre peuple est fier de tout ce qui a été fait
pour la Tunisie, au cours de cette période, si courte
dans l'existence des peuples. Il est fier de ces réalisations
qui ont assuré les pas de la Tunisie sur le chemin
du progrès et de la prospérité et l'ont
métamorphosée sur tous les plans. Cette période
aura été celle du Changement durant laquelle
se sont enracinés les fondements de l'Etat de droit
et s'est conforté l'édifice républicain.
Et
si le Changement, en tant que projet, nous a permis de rouvrir
les portes de l'espoir et de définir les fondements
de ce projet dans la Déclaration du 7 novembre, il
est devenu, aujourd'hui, une réalité concrète,
dont toutes les composantes se sont mises en place, grâce
au concours apporté à son édification
par les forces vives de notre peuple et à l'impulsion
donnée à la cadence de sa construction par les
potentialités et les énergies de ses fils et
de ses filles. Nous nous sommes attachés à revitaliser
cet esprit ayant toujours fait la force et le rayonnement
de ce peuple, tout au long de son histoire trois fois millénaire.
L'adhésion
des Tunisiens et des Tunisiennes au Changement, dès
les premiers instants, ne fut pas une simple réaction
à la conjoncture qui prévalait alors, mais une
manifestation de leur maturité et le prolongement du
courant réformateur que notre peuple connut depuis
le milieu du siècle dernier, tout autant que la pérennisation
de la flamme nationaliste qui a invariablement alimenté
ses batailles de libération et la volonté constructive
qui l'a animé dans la mise en place des fondements
de l'Etat moderne.
Les
réformes que nous avons eu l'initiative d'entreprendre,
à tous les niveaux, en affranchissant les libertés,
en restaurant la primauté de la loi, en consacrant
la démocratie et le pluralisme et en protégeant
les droits de l'Homme, procédaient d'une lecture lucide
de notre expérience historique, de nos réalités
sociales et des variations de notre environnement. Nous les
avons fait progresser à pas sûrs, les prémunissant
contre les risques de retour en arrière et les sauts
dans l'inconnu.
Nous
n'avons pas été pris de court par les bouleversements
qui se sont produits dans le monde, car nous avons été
des précurseurs dans nos choix. Nous n'avons pas, non
plus, été influencés par les vagues de
flux et de reflux engendrées par ces mutations, du
moment que nos orientations sont patriotiques et que notre
voie est authentiquement tunisienne, puisant, dans Carthage,
son expérience millénaire et sa dimension méditerranéenne,
empruntant, à Kairouan, son authenticité arabo-musulmane
et son rayonnement au Maghreb et au Machrek et, à Tunis
et la Zitouna, la modération, l'ouverture, la tolérance
et l'esprit de juste milieu.
Nous
avons la ferme conviction que la destinée d'un peuple,
quel qu'il soit, ne peut être déterminée
que par son propre génie, et que les modèles
préconçus et les solutions toutes faites ne
peuvent réussir ni perdurer, parce qu'ils n'ont pas
de racines. Les expériences de tant de pays n'ont-elles
pas démontré toute l'exactitude de cette règle
? En ce sens que nous avons vu l'espoir naissant se muer en
désespoir, la stabilité en chaos et en résurgence
des dangers passés.
Nous
avons érigé le consensus en valeur effective,
aidant à la progression du processus démocratique
et pluraliste et à son évolution, à l'abri
des risques de discorde et d'affrontement susceptibles d'ébranler
les constantes et les valeurs de référence et
d'ouvrir des brèches par lesquelles pourraient s'engouffrer
l'extrémisme et le fanatisme.
Les
mécanismes que nous avons mis en place pour associer
le citoyen à la définition des choix fondamentaux
et à l'analyse des questions d'importance nationale,
à travers les consultations et la concertation permanente
entre les partenaires politiques et sociaux, de même
que pour la consolidation des fondements de la société
civile et le renforcement du rôle de la femme et de
son égalité avec l'homme, sont le fruit de la
connaissance que nous avons de notre société
et de notre approche dans la mise en uvre du projet
du Changement.
Les
événements qui émaillent l'histoire contemporaine
montrent que de nombreux peuples ont eu à payer au
prix fort, aux plans humain, économique et social,
leurs mutations, parce qu'ils n'ont pas pu maîtriser
la méthodologie. Nous nous sommes préoccupés,
quant à nous, d'éviter pareils risques à
notre peuple, en comptant sur toutes ses catégories
et couches sociales, pour réaliser les aspirations
et objectifs nationaux, sans marginalisation ni exclusion
et dans un cadre de solidarité qui est désormais,
au cur de la communion de tous les fils et filles de
cette nation, qu'ils soient résidents en Tunisie ou
à l'étranger.
Citoyens,
Citoyennes,
Nous nous trouvions confrontés, en 1987, à des
défis énormes qui ne souffraient aucun retard
et que nous avons pris sur nous-même d'attaquer de front
pour soustraire le pays à la banqueroute et à
l'immobilisme.
En
effet, le taux d'endettement extérieur était,
à l'époque, de l'ordre de 60% du Produit National
Brut, avec un service de la dette qui représentait
28% des recettes courantes, et cela parallèlement à
la régression des réserves en devises, tombées
au plus bas niveau enregistré par l'économie
nationale en trente années d'indépendance, tandis
que le taux d'inflation dépassait 8%.
C'est
la raison pour laquelle nous avons pris des mesures d'urgence
pour corriger la situation. Ces mesures, nonobstant leur importance,
n'ont pas, toutefois, été suffisantes pour construire
une économie assurant au pays force et invulnérabilité,
garantissant la lutte contre les difficultés intérieures
et extérieures et favorisant l'amélioration
des niveaux de revenu et de vie, tout particulièrement
dans le contexte des grands bouleversements mondiaux.
C'est
ce qui nous a amenés à hâter la libération
de l'initiative privée, la consécration des
mécanismes du marché et la garantie d'un surcroît
d'efficience à l'économie nationale, afin qu'elle
puisse s'ouvrir sur son environnement extérieur, à
travers de profondes réformes, d'où nous n'avons
exclu aucun secteur.
Ces
réformes ont conduit l'économie du pays à
une situation tout à fait nouvelle, avec une plus grande
diversification et une capacité de réaction
plus vive aux variations internationales.
En
effet, de 1987 à 1997, le taux de croissance du PIB
a atteint en moyenne 4,5 % par an, malgré les années
de sécheresse et les fluctuations mondiales. Le taux
d'inflation est tombé à moins de 4%, ce qui
a consolidé la crédibilité du pays dans
son environnement extérieur et a permis, au cours de
ces deux dernières années, de prendre pied sur
les marchés financiers mondiaux, avec confiance et
assurance. En outre, nos avoirs actuels en devises représentent
près de trois mois et demi de paiements extérieurs,
alors qu'ils étaient à leur niveau le plus bas
au début de 1987; ce qui, à l'époque,
avait failli mettre le pays en état de cessation de
paiements.
Cette
vitalité a permis de doubler le revenu moyen par tête
aux prix courants, au cours de la décennie écoulée,
et de porter les créations d'emplois à un niveau
supérieur à 90% du volume global des demandes
additionnelles. Nous avons également poursuivi sans
interruption, les majorations salariales, grâce à
une politique contractuelle dont nous avons mis en place les
fondements et consolidé les mécanismes et qui
ont consacré la prise de conscience des partenaires
sociaux et leur attachement aux valeurs de dialogue et à
l'intérêt national.
De
surcroît et dans le cadre de l'action que nous menons
avec régularité et constance pour conforter
le pouvoir d'achat des citoyens à faible revenu, nous
annonçons, aujourd'hui, notre décision de majorer,
pour la seconde fois, le salaire minimum garanti, dans les
secteurs agricole et non agricole que nous avions déjà
augmenté en juillet dernier, de sorte que le taux d'accroissement
du salaire minimum garanti pour cette année soit, au
total, à peu près équivalent au taux
moyen d'accroissement des salaires dans le secteur privé,
soit environ 5%.
Citoyens,
Citoyennes,
L'ouverture de l'économie nationale, son homogénéité
et son accession à un degré de maturité
qui l'a habilitée à conclure, en 1995, un accord
d'association et de libre-échange avec l'Union Européenne
et à prendre pied dans de nouveaux marchés,
constituent les caractéristiques d'une situation nouvelle
qui n'a pas été réalisée au moyen
d'une approche étroite ne tenant compte que de l'aspect
économique, mais a été le résultat
d'une complémentarité et d'une corrélation
entre la dimension économique et la dimension sociale.
Celle-ci étant indispensable pour prévenir les
risques de marginalisation et de déséquilibre
entre les régions et les catégories sociales,
conférer une dimension humaniste noble à l'action
économique et en répartir les fruits avec équité
et efficacité.
Les
différents indices montrent à l'évidence
le degré d'évolution de la qualité de
la vie du citoyen tunisien. En effet, l'espérance de
vie à la naissance est passée, en moyenne, de
68 ans, en 1987, à 72 ans, aujourd'hui. Cette amélioration
s'explique par la politique sociale cohérente que nous
avons mise en uvre dans les domaines de la santé,
de l'habitat, de la protection de l'environnement, de l'enseignement
et de la couverture sociale, ainsi que par les programmes
réalisés au bénéfice des catégories
économiquement faibles, les mécanismes de la
solidarité nationale et la sollicitude envers la famille,
l'enfance et la jeunesse. C'est ce qui traduit notre profonde
conviction que le développement est sans signification
s'il ne réalise pas le bonheur de l'être humain,
sous ses divers aspects, à travers une approche humaniste
de la liberté économique, qui est, elle aussi,
une approche authentiquement tunisienne et un choix national
à la faveur duquel nous avons pu aller au-delà
des limites des mesures conventionnelles auxquelles certains
pays ont eu recours, parallèlement à la restructuration
de leurs économies.
Les
résultats obtenus attestent de la pertinence de ce
choix, en dépit de son coût qui peut paraître
élevé aux yeux de certains et de la pression
qui en découle sur le budget de l'Etat. Il s'agit,
en fait, d'un investissement dans les ressources humaines,
qu'une évaluation purement économique et financière
peut ne pas faire apparaître, mais dont la rentabilité
est évidente à tous points de vue, à
moyen et long termes.
La
maîtrise du croît démographique, dont le
taux est tombé de 2,3% en 1987 à 1,6 % en 1996,
s'est accompagnée d'une modification quantitative et
qualitative importante de la structure démographique
du pays. En effet, il s'est produit un changement au niveau
de la répartition des habitants entre les campagnes
et les villes, celles-ci abritant, aujourd'hui, plus de 61%
de la population, contre 52,8% en 1984, du fait de la croissance
économique et urbaine et de la dynamique générale
enregistrée dans le pays. Les conditions de vie se
sont sensiblement améliorées, le pourcentage
de logements rudimentaires, par exemple, étant tombé
de 8,8% à 2,7% au cours de la décennie écoulée.
Citoyens,
Citoyennes,
Les acquis réalisés au profit de la femme procèdent
de l'essence même de nos choix. C'est qu'à nos
yeux, il ne saurait y avoir de réforme sans la femme
et qu'une nation ne saurait réaliser d'acquis sans
que soient renforcés ceux de la femme.
Notre
action pour la promotion de la femme et la famille ne s'est
pas limitée à certains programmes partiels ou
spéciaux, nous l'avons, en revanche, inscrite dans
un cadre civilisationnel et de développement global
dont le principe et la finalité sont la consécration
de l'égalité dans les droits et devoirs et l'association
de la femme aux divers aspects et domaines de la vie publique.
La
femme tunisienne a prouvé sa maturité, sa compétence,
son dévouement et son adhésion aux orientations
du changement. En effet, la femme représente l'un des
appuis de l'édifice national dont nous sommes fiers
et l'une des images de la modernité dans notre pays.
Nous
avons, également, choisi de parier sur l'enfance qui
symbolise l'avenir. Nous avons amélioré les
législations dans le but de la protéger. Nous
avons été l'un des premiers Etats à promulguer
un code spécial des droits de l'enfant. De même,
nous avons créé des structures et mécanismes
pour l'encadrer et lui assurer une éducation saine
non seulement à travers la réforme éducative
et l'institution de l'enseignement obligatoire jusqu'à
l'âge de seize ans, mais également au sein de
la famille, dans le milieu scolaire et social en général
et au niveau de la protection sanitaire. Le taux de scolarisation
des enfants âgés de 6 à 12 ans est passé
de 86,7 pour cent en 1987 à près de 93 pour
cent, en plus de l'amélioration de la santé
scolaire, de la réalisation des plus hauts taux de
vaccination, de la généralisation des activités
culturelles et sportives et de la création de centres
d'initiation à l'informatique.
Il
s'agit de préparer pleinement nos enfants à
affronter les défis de demain et de leur inculquer
le sens de la citoyenneté avec tous ses attributs dont,
en particulier, l'attachement à la Tunisie et à
son étendard et la conscience des droits et devoirs.
En
misant sur la jeunesse avec laquelle nous avons dialogué
en maintes occasions et que nous avons tenu à associer
effectivement à la conception des contours de l'avenir
et à la vie publique, nous prenons appui sur la confiance
que nous avons en nos jeunes générations, et
en leur aptitude à la participation et à l'innovation.
Le changement est fier de la jeunesse tunisienne parce qu'elle
représente l'un des facteurs de l'espoir en l'avenir.
Citoyens,
Citoyennes,
La réforme profonde et globale de notre éducation,
sous tous ses aspects, a figuré parmi les priorités
du programme de la décennie écoulée.
Nous avons appelé les forces vives du pays à
y participer et pris les dispositions pratiques pour garantir
la démocratisation de l'enseignement, à tous
les niveaux. Nous avons procédé à la
réforme des programmes scolaires, enrichi les filières
du cycle secondaire, modernisé les méthodes
d'animation culturelle et sensibilisé la société
civile au devoir de veiller sur les écoles et de les
entretenir. Ce qui a permis d'aboutir à des résultats
encourageants, en ce qui concerne tant l'accroissement des
taux de réussite et la réduction des taux d'échec
et d'interruption de la scolarité, que l'amélioration
du niveau des diplômes des écoles tunisiennes,
à tous les cycles de l'enseignement.
Aujourd'hui
que nous avons gagné la bataille de la quantité,
nous nous devons d'uvrer encore plus et mieux pour gagner
le pari de l'excellence afin de promouvoir davantage notre
Ecole, dans un monde aux défis multiples, marqué
par la rapidité des mutations et où il n'y a
de place que pour ceux qui savent maîtriser tout ce
qui fait la force des nations : les sciences approfondies,
les technologies de pointe et les valeurs de la modernité
renouvelée.
Il
va sans dire que la force des peuples se mesure à l'aune
de leur maîtrise du savoir et à leurs compétences.
Aussi, avons-nous accordé à la réforme
de l'Université, aux plans quantitatif et qualitatif,
une place fondamentale dans les programmes du changement.
De ce fait, le nombre des institutions universitaires est
passé de 49, en 1987, à 90 en 1997.
Nous
avons parié sur l'intelligence, qui représente
le choix idéal pour un peuple dont la principale richesse
est précisément l'intelligence de ses enfants.
Nous ne nous sommes pas contentés d'assurer à
tout bachelier le droit d'accéder à l'Université
mais avons, également, renforcé ce principe
démocratique, en créant des pôles d'excellence
à l'intention des plus compétents parmi nos
fils et nos filles.
Et
si nous avons axé nos efforts sur la promotion du secteur
de la formation professionnelle, en tant que partie intégrante
du système éducatif, et sur la modernisation
de ses structures, de ses équipements, de ses programmes
et de ses méthodes, nous sommes déterminés
à imprimer une impulsion nouvelle à ce secteur,
à travers une stratégie ambitieuse que nous
avons entrepris d'appliquer avec le démarrage du 9è
plan.
Notre
conviction est profonde quant au rôle de la culture
dans l'épanouissement des énergies créatrices,
la consécration des fondements civilisationnels de
la société, la garantie de son développement
et de son équilibre et le renforcement des attributs
de son identité nationale.
Nous
nous employons constamment à ce que la culture tunisienne
prenne pied sur la scène de la compétition internationale.
Car, les nouvelles réalités mondiales nous imposent
d'y avoir une présence agissante et d'enrichir, d'une
façon marquante, notre culture, de manière à
éviter à nos spécificités de se
diluer dans la mondialisation et de disparaître face
à d'autres cultures et à consacrer notre apport
à la civilisation universelle.
Nous
avons, depuis l'aube du Changement, uvré à
soustraire la culture à la marginalisation dans laquelle
elle s'était enlisée. Nous avons ouvert les
horizons de la production en toute liberté et quiétude,
frayé la voie au développement de la créativité
et accordé un intérêt particulier à
notre patrimoine civilisationnel et aux créateurs.
C'est qu'il ne saurait y avoir de culture de haut niveau sans
créateurs compétents ni élites nationales
qualifiées.
C'est,
pour nous, un motif de fierté que de clore cette décennie
au moment où Tunis est capitale culturelle en cette
année qui coïncide avec l'achèvement de
la décennie mondiale du développement culturel,
tant cela reflète le prestige dont jouit notre pays
à l'étranger et la place qu'occupe notre culture
dans son environnement.
Citoyens,
Citoyennes,
Le secteur des communications, avec toutes ses composantes,
ses techniques évoluées et ses réseaux
modernes est devenu un facteur d'impulsion du développement
dans tous les domaines et un corollaire du progrès
des Etats. Le rythme rapide de l'évolution technologique
que connaît le monde des communications est, désormais,
un élément fondamental de la dynamisation de
l'interaction culturelle, de la coopération scientifique
et des échanges commerciaux et financiers ainsi que
dans l'organisation du travail et la structuration des entreprises.
C'est ce qui a eu pour effet de bouleverser les méthodes
conventionnelles, en usage dans ces domaines, de modifier
les modes classiques et d'influer sur le comportement des
individus et des collectivités.
Ce
secteur est l'espace dans lequel se rejoignent la production
matérielle des sociétés, leur création
culturelle, leur produit médiatique et leurs réseaux
de relations. Aussi, lui avons-nous accordé, depuis
le Changement, une attention particulière comme le
montrent, par exemple, le taux de croissance de ce secteur
qui a été de 15 pour cent, annuellement, durant
la décennie écoulée et la multiplication
par trois du nombre des abonnés au réseau téléphonique.
Nous
avons, également, connecté notre pays au réseau
mondial Internet, afin de permettre aux entreprises économiques,
aux institutions universitaires, aux structures de la recherche
et autres de mettre à profit les possibilités
de communication que leur offre ce réseau et les opportunités
illimitées d'échanger des données et
des expériences, de transférer d es technologies,
d'exporter et de faire connaître la Tunisie à
l'étranger.
Nous
avons fait de cette dixième année du changement
celle de l'insertion dans le monde de l'informatique et de
la réalisation de la mutation qualitative dans le domaine
des communications pour élever les prestations au niveau
de la qualité mondiale tout en réduisant leurs
coûts, tant nous sommes convaincus que cela est de nature
à favoriser l'accélération du rythme
du développement et à contribuer à l'élimination
des obstacles qui se dressent devant la dynamique de l'économie.
Cet
effort vient compléter l'action menée, durant
la décennie écoulée, pour promouvoir
l'infrastructure au niveau tant du renforcement du réseau
des routes et des ponts que de la consolidation des voies
urbaines et des pistes agricoles. Un effort qui se poursuivra
durant le plan actuel et s'intensifiera dans tous les domaines,
conformément aux instructions que j'ai données
à l'occasion du neuvième anniversaire du Changement,
de sorte que le volume des investissements dans ce secteur
progresse de 60 pour cent par rapport au huitième plan.
Vous
réalisez, assurément, l'importance de la contribution
du Fonds de Solidarité Nationale dans ce domaine, à
travers ses actions visant à sortir les zones d'ombre
de leur isolement, à les doter du téléphone,
à bitumer les routes et pistes qui les relient au reste
du pays, sans compter les équipements et les services
collectifs de base. Tout cela permet, aujourd'hui, aux habitants
de ces zones de s'intégrer dans le circuit économique.
Nous
avons couronné les réalisations accomplies à
ce niveau, durant la décennie, par la création
de la Banque Tunisienne de Solidarité qui a trouvé
une large adhésion populaire à travers la souscription
massive des citoyens à son capital. Nous entendons
voir cette nouvelle institution constituer un mécanisme
efficient pour ouvrir la voie aux artisans et aux titulaires
de diplômes de formation, hommes et femmes, des zones
d'ombre et d'ailleurs, afin qu'ils puissent réaliser
leur promotion sociale, en s'adonnant à des activités
artisanales ou économiques et en se prenant en charge,
rompant, ainsi, avec les mentalités qui étouffaient
l'esprit d'initiative.
L'agriculture
étant un secteur stratégique occupant une place
particulière dans notre histoire et notre civilisation,
lié à la réalisation de la sécurité
alimentaire et revêtant une dimension en rapport avec
le concept de souveraineté nationale, nous avons uvré,
depuis le Changement, à instaurer une politique cohérente
pour promouvoir ce secteur à travers la préservation
des ressources naturelles et la rationalisation de leur exploitation,
la diversification du produit agricole, la promotion des techniques
qui en assurent la maîtrise, notamment en ce qui concerne
les denrées de base et l'impulsion de la recherche
scientifique et de la formation.
Il
s'agit d'une politique à laquelle ont adhéré
ceux qui exercent dans ce secteur. La production s'est, de
la sorte, accrue de 31 pour cent, depuis le Changement, par
rapport à la décennie précédente.
Des résultats remarquables ont été réalisés
dans d'importants domaines tels ceux de la céréaliculture,
de l'huile et du lait. Ces résultats se sont répercutés
sur la balance commerciale alimentaire, le taux moyen de couverture
ayant atteint, annuellement, 83 pour cent durant la période
allant de 1990 à 1996, alors qu'il n'était que
de 50 pour cent dans les années quatre-vingts.
Cependant,
l'agriculture passe par une étape transitoire qui aura
de profonds effets dont le principal est une concurrence plus
vive, à l'intérieur comme à l'extérieur,
qui nécessite une mutation qualitative devenue impérieuse,
particulièrement au niveau de la gestion des ressources
et de la maîtrise de la technologie, de manière
à améliorer la compétitivité du
produit national pour qu'il réponde aux critères
de qualité et de coût et puisse s'imposer sur
les marchés intérieur et extérieur.
C'est
ce que nous nous employons à réaliser en entamant
la mise à niveau du secteur que nous avons ordonné
d'entreprendre, il y a quelques mois, dans la mesure où
nous n'avons pas d'autres choix que de réussir et remporter
les défis auxquels nous faisons face.
Nous
avons renforcé cet effort en encourageant le partenariat
dans le secteur agricole, en attirant les investissements
pour le moderniser, en y favorisant le transfert des technologies
de pointe et en développant l'exportation de ses produits.
Tout
en considérant que notre agriculture se doit impérativement
d'atteindre à l'avenir un haut niveau d'efficacité,
il est aujourd'hui indispensable d'identifier les meilleurs
moyens d'éliminer les facteurs qui entravent la réalisation
de cet objectif et tout particulièrement le morcellement
des exploitations et l'existence de propriétés
aux superficies réduites.
On
ne pourra pas atteindre de hauts niveaux de rendements qui
s'élèvent, par exemple, au niveau des normes
internationales en matière de production céréalière
alors que 53 % des exploitations sont d'une superficie inférieure
à 5 hectares. C'est une situation qui s'aggrave d'une
décennie à l'autre du fait du rétrécissement
de la superficie de ces exploitations tant et si bien qu'il
n'existe aujourd'hui que 3% de fermes dont la superficie est
supérieure à 50 hectares.
C'est
pour cela que nous avons donné des instructions en
vue de rechercher les meilleures mesures et méthodes
d'organisation pour remédier à cette situation
sans, pour autant, porter atteinte aux intérêts
de l'agriculteur ou de sa famille et pour encourager l'exploitation
des superficies qui répondent aux normes d'efficacité
et de rentabilité de manière à profiter
à la fois à l'agriculteur et à l'économie
nationale et à garantir la couverture de nos besoins
en produits agricoles de base. Cela doit se faire dans le
cadre d'une consultation nationale à laquelle devront
participer toutes les parties concernées.
L'Etat
a, par ailleurs, uvré à rationaliser la
gestion des terres domaniales agricoles, à les restructurer
et à les préserver contre le morcellement, l'abandon
et les abus.
Nous allons veiller à ce que les propriétés
de l'Etat contribuent plus efficacement à l'effort
de développement intégral et qu'elles soient
exploitées de la meilleure façon qui soit, en
fournissant les terrains nécessaires à la réalisation
des projets d'infrastructure, à l'exécution
du plan stratégique des ressources en eau, à
la création des zones industrielles et à l'aménagement
des lotissements pour les logements sociaux.
Citoyens,
Citoyennes,
Le pays a franchi une étape importante sur la voie
de la libéralisation de l'économie, de la consolidation
de l'entreprise, de la promotion du tissu industriel et de
la mise en uvre du programme de privatisation qui connaîtra
une nouvelle impulsion, à partir de cette année.
Les
importations ont été libérées
dans une proportion de 97%, la contribution de nos exportations
au produit intérieur brut s'est accrue pour atteindre
plus de 42% , alors que ce taux ne dépassait guère
34% en 1987.
Nous
nous emploierons résolument à atteindre les
objectifs du 9è Plan, qui visent une croissance des
exportations à un taux moyen de 6% par an, à
prix constants, et impulser les exportations des industries
manufacturières qui représenteront, selon les
prévisions,plus de 85% de l'ensemble de nos ventes,
tout en en diversifiant la distribution géographique.
En
considérant l'investissement extérieur comme
un appui essentiel à l'effort national et un instrument
efficient du transfert de la technologie et d'appui à
l'intégration dans l'économie mondiale, nous
nous fondons, en cela, sur une approche moderne du partenariat
et des modes de coopération équilibrée
entre les peuples, de manière à favoriser la
confrontation des expériences entre les producteurs
et à contribuer à la mise à niveau de
l'économie nationale.
Cette
politique a trouvé un écho favorable auprès
de nombreux investisseurs étrangers, de sorte que le
flux de capitaux s'est élevé, durant la dernière
décennie, à plus du double de l'ensemble des
investissements extérieurs réalisés avant
1987, ce qui a permis de créer près de 80 mille
postes d'emploi nouveaux et de renforcer l'exportation.
A
cette occasion, j'adresse aux chefs d'entreprises étrangères,
établies dans notre pays, l'expression de ma considération
pour leur contribution à la dynamique de l'économie
nationale. Nous nous attacherons à renforcer davantage
cet effort et à encourager cette dynamique, tout en
intensifiant l'action visant à faire connaître
les opportunités offertes à l'investissement
extérieur, au service des intérêts de
toutes les parties.
Citoyens,
Citoyennes,
La mondialisation à laquelle nous avons choisi d'adhérer,
avec confiance et conviction, pose devant nous de grands défis
que nous sommes tenus de relever. Elle nous offre des opportunités
que nous devons mettre à profit. Le démantèlement
des frontières et la levée des obstacles devant
les échanges, les investissements et les services ouvrent,
pour nous, de nouveaux horizons qui nous incitent impérativement
à élaborer des stratégies pour y évoluer
et y demeurer présents et agissants.
Le
monde vit des mutations sans précédent qui déboucheront
sur une situation dont les contours n'ont pas encore été
définis. L'avenir nous réserve des connaissances,
des techniques, des industries, des professions et des méthodes
de travail, d'enseignement et de loisir qu'il n'est pas aisé
de définir aujourd'hui.
C'est
ce qui commande de rationaliser l'approche prospective de
ces mutations. Aussi avons-nous considéré les
études stratégiques et prospectives comme le
moyen approprié pour la conception de l'uvre
de développement. Tout au long de la décennie
écoulée, nous avons été attentifs
aux changements dans notre environnement pour ne pas en être
surpris et afin de renforcer les aspects positifs de notre
démarche et de préserver la place de choix que
nous occupons dans notre espace.
Nous
accédons aujourd'hui à une nouvelle décennie
pour édifier des ponts solides, vers le siècle
prochain, et imprimer un nouvel élan au progrès
de notre pays et à sa prospérité, après
avoir parachevé une décennie de profondes réformes
et de changement radical, dans tous les domaines et tous les
secteurs.
Ce
sera la décennie de la persévérance et
du labeur, l'ère de l'action, de l'effort accru et
de l'excellence, pour nous hisser à un niveau d'invulnérabilité
qui garantisse l'avenir de nos générations futures.
La
fin de cette décennie, coïncidant avec le terme
de l'exécution du programme de mise à niveau
intégrale et le parachèvement de l'application
de l'accord d'association et de libre-échange avec
l'Union Européenne, l'économie tunisienne sera,
à cette échéance, dans une situation
nouvelle, différente de par sa structure, ses compétences
et ses potentialités, une fois menés à
terme deux plans de développement successifs, à
savoir les 9e et 10e plans.
Vous
saisissez, sans doute, que cette mutation qualitative apparaîtra
aussi dans la transformation des contours de la société
tunisienne; c'est ainsi, en effet, que le revenu par tête
atteindrait, selon les prévisions, 5.000 dinars en
2007 et que la population avoisinerait 10 millions 800 mille
habitants, en dépit de la baisse du croît démographique
à un taux annuel de 1,3% en 2008.
Les
projections font ressortir, également, l'amélioration
continue de la qualité et du niveau de vie sur plusieurs
plans, avec l'accroissement de la moyenne de l'espérance
de vie à la naissance à plus de 74 ans et la
concentration d'environ 65 % de la population dans les villes,
dans la mesure où le rythme d'évolution actuel
se poursuivrait. Le nombre d'étudiants s'élèverait,
quant à lui, à près de 275 mille.
Ce
sont là des indicateurs positifs qui incitent à
l'optimisme, mais qui nous placent devant de nouveaux défis,
exigeant un effort national considérable et une action
inlassable.
Parmi les défis les plus importants, figure la réalisation
des objectifs nationaux en matière d'emploi et de maîtrise
du taux de chômage qui demeurent notre priorité
absolue, à tous les niveaux, y compris l'emploi des
diplômés dont le nombre s'accroîtra. Nous
sommes déterminés, en la matière, à
persévérer dans la consécration du principe
de la démocratisation de l'enseignement et du droit
de chaque citoyen de se hisser aux plus hauts degrés
possibles.
Aussi
ordonnons-nous, aujourd'hui, la tenue d'une conférence
nationale, regroupant toutes les parties, à l'effet
d'examiner tous les schémas et toutes les solutions
possibles pour traiter le problème de l'emploi dans
ses différentes dimensions, y compris au niveau du
code du travail, sur la base des données actuelles
et des prévisions d'avenir.
Par
la même occasion, j'appelle à ce que soit entamée,
dès à présent, l'élaboration du
plan relatif à la mise à niveau du secteur des
services qui compte parmi les secteurs pourvoyeurs d'emplois
pour les compétences et les personnes qualifiées
dans les diverses branches de spécialisation, afin
de nous préparer dans l'immédiat à faire
face à la compétitivité, d'une part,
et compte tenu, également, de son rôle essentiel
dans le soutien au programme de mise à niveau des secteurs
de l'industrie et de l'agriculture, d'autre part.
C'est
que, à l'aube du XXIe siècle, on ne peut concevoir
une économie forte et avancée, sans évolution
du secteur des services.
Dans
le but de mieux nous adapter à ces mutations et d'y
réagir à temps, nous ordonnons, en ce jour,
d'engager un processus de réforme profonde et d'envergure
du système statistique et de production des données
statistiques et leur analyse, par la promotion de l'Institut
National de la Statistique et des différentes structures
liées à ce domaine, dont l'Ecole supérieure
de la statistique, programmée au cours du 9e plan,
sous une forme indépendante des structures administratives.
L'objectif est de pallier les insuffisances du système
actuel, compte tenu des impératifs de l'étape
et d'accroître la périodicité de production
des données statistiques, leur traitement instantané
et la célérité dans leur exploitation,
outre la nécessité d'acquérir la capacité
de traiter quantitativement et qualitativement, et avec la
célérité requise, le flot volumineux
de données statistiques provenant des marchés
extérieurs et de nos partenaires à l'étranger.
Nous
allons confier à un comité d'experts et de spécialistes
l'élaboration des approches possibles de cette réalisation
indispensable pour mettre à la disposition des décideurs,
aux différents niveaux, une matière statistique
crédible ayant une efficience et une portée
pratique, avec une périodicité proche de celle
des pays évolués.
L'année
2007 coïncidera également, d'après les
prévisions démographiques, avec la fin de la
pression engendrée par le rythme du croît démographique
accéléré des périodes précédentes,
dans la mesure où le nombre des élèves
de l'enseignement de base régressera pour se concentrer
dans les cycles secondaire et supérieur, plus généralement,
l'on s'attend à des changements au niveau de la structure
démographique de la population. C'est ce qui nous appelle
à investir dans la qualité de nos ressources
humaines et à uvrer pour atteindre les plus hauts
niveaux au plan de la modernisation des voies, méthodes
et techniques des systèmes d'éducation, d'enseignement
supérieur et de formation professionnelle.
Compte
tenu du rôle que jouent aujourd'hui, les réseaux
modernes de communication dans la circulation des informations
et le soutien à la scolarité, la promotion de
la pédagogie et de l'enseignement à distance,
pour l'allégement du coût qui en découle,
en évitant certains investissements classiques, nous
ordonnons qu'il soit procédé à l'étude
de cette question sous ses différents aspects par une
commission spécialisée, avant de la soumettre
à une consultation nationale préalablement au
démarrage des premières étapes d'élaboration
du Xe plan, en l'an 2000. Il s'agit, en l'occurrence, d'avoir
une conception claire de l'école de demain, à
tous les niveaux de l'enseignement, de manière à
répondre à nos besoins quantitatifs et qualitatifs
croissants, en prenant en considération les possibilités
du pays, les nouvelles caractéristiques du marché
de l'emploi et les nouveaux modes de travail qui commencent
à envahir les sociétés modernes.
Afin
de préparer, dès à présent, la
plate-forme à une telle évolution et à
l'effet d'améliorer le rendement du système
éducatif, nous ordonnons, aujourd'hui, de généraliser
la connexion au réseau Internet de toutes nos institutions
universitaires et de recherche scientifique, la connexion
des lycées et collèges devant suivre par étapes,
d'ici la fin du plan actuel, avec la .perspective de relier
les écoles primaires à ce réseau dans
l'étape suivante.
Nous
prenons cette initiative pour que notre pays ne reste pas
à l'écart de la dynamique mondiale moderne et
pour que nos jeunes générations entrent de plain-pied
dans le siècle prochain, en étant imbues des
valeurs du travail, de la réussite et de l'excellence.
La
Méditerranée sera, sans doute, à la fin
de la prochaine décennie, un espace qui abritera un
demi milliard d'individus, un vaste marché et une grande
opportunité pour la Tunisie. Nous uvrons, dans
ce contexte, pour que le développement soit équilibré
entre les deux rives de la Méditerranée afin
d'y renforcer la stabilité et la sécurité,
d'offrir le maximum d'opportunités à tous, de
réduire les disparités sociales et de faire
reculer la pauvreté. Ainsi disparaîtraient de
nombreuses causes qui alimentaient l'extrémisme, le
fanatisme et le repli sur soi, sous ses formes ethnique et
religieuse, aussi bien au Nord qu'au Sud de la Méditerranée.
Les
mutations prévisibles dans notre région et dans
le monde, à la faveur du développement du partenariat,
les espoirs que nous fondons sur l'instauration de la paix
et de la coopération en Méditerranée
orientale et occidentale nous incitent, dès à
présent, à développer de plus grandes
aptitudes à agir dans cet espace et à pénétrer
ses marchés.
Un
tel objectif n'est pas seulement tributaire de la réalisation
des programmes inclus dans les plans de développement
et des diverses initiatives, mais requiert aussi une nouvelle
mentalité et un comportement dont les références
sont les valeurs de travail, de persévérance
et d'audace, et la prospection des horizons les plus larges
pour notre pays qui est, certes, petit par sa taille géographique,
mais grand par son passé et sa gloire.
La
réalisation d'un tel objectif n'est pas hors de la
portée des fils et des filles de cette nation, héritiers
de Carthage capitale de la mer dont les comptoirs commerciaux
s'étendaient du Moyen-Orient jusqu'aux rivages de l'Atlantique
et de Kairouan, qui constituait un trait d'union entre Bagdad
et l'Andalousie et entre les royaumes du Nord et les territoires
du Sud.
Le temps de la mentalité d'assistance et d'assisté
est révolu. Il n'y a plus de place que pour le sérieux
et l'effort chez un peuple uni et solidaire, apportant son
aide aux plus faibles mais rejetant ceux qui refusent de compter
sur eux-mêmes.
Citoyens,
Citoyennes,
La prochaine décennie constituera une étape
marquante dans le processus de consolidation des fondements
de la République, le renforcement des acquis réalisés
pendant la décennie écoulée, en vue de
raffermir les bases de l'Etat de droit, d'assurer l'indépendance
de la justice, de confirmer, dans le texte et la pratique,
la démocratie et le pluralisme, de promouvoir les droits
de l'Homme, de les protéger et d'en diffuser la culture,
dans le cadre d'une approche globale et cohérente.
Notre
attachement à l'Etat de droit et notre souci de respecter
la Constitution et d'en garantir la primauté, nous
avaient conduit à créer, dès les premiers
jours du Changement, un Conseil Constitutionnel que nous avons
fait évoluer, par étapes, jusqu'à l'inclure
dans le texte même de la Constitution.
Si
la présentation à ce Conseil des projets de
loi fondamentale et autres projets de loi ordinaire, relatifs
aux droits et aux libertés, est obligatoire avant de
les soumettre à la Chambre des députés
et après leur adoption de sa part, dans certains cas,
les avis du Conseil Constitutionnel ne sont pas contraignants
au regard de la loi, même si nous nous sommes souciés
de nous conformer à tous les avis qu'il avait émis.
Pour
couronner le processus d'évolution du Conseil Constitutionnel,
nous avons décidé de présenter un projet
de loi constitutionnelle visant à donner un caractère
contraignant aux avis du Conseil pour l'ensemble des pouvoirs.
Après
l'amendement de la Constitution, dans le sens d'un renforcement
de la place des partis politiques, d'une participation accrue
des jeunes, de la consolidation de l'égalité
entre la femme et l'homme et d'une plus grande consécration
de la souveraineté populaire, à travers l'élargissement
de l'aire du référendum, nous allons apporter,
comme je l'ai annoncé, des amendements au code électoral.
Car, nous sommes conscients de la situation des jeunes partis
et soucieux de leur assurer les meilleures conditions pour
qu'ils puissent évoluer.
Les
résultats des dernières élections ont
démontré que les systèmes électoraux
traditionnels, y compris celui de la proportionnelle, ne répondaient
pas à nos besoins en cette étape de nos mutations
politiques. Nous sommes parvenus, en ce qui concerne les élections
législatives, à concevoir un mode de scrutin
qui a permis à l'opposition, en 1994, de faire son
entrée pour la première fois à la Chambre
des députés. Nous maintiendrons donc ce système
en raison de son efficience.
Nous
proclamons, aujourd'hui, notre décision de renforcer
ce mode de scrutin afin que l'opposition puisse disposer d'environ
20 pour cent au moins du nombre total des sièges à
la Chambre des députés, et ce, par le biais
de l'augmentation du nombre des sièges répartis
au niveau national, alors que le nombre des sièges
réservés aux circonscriptions demeurera quasiment
stable, en dépit de la croissance de la population,
réaffirmant ainsi notre volonté d'impulser encore
davantage le pluralisme au sein du Parlement.
Notre
attachement à faire progresser le pluralisme vaut tout
autant pour les conseils municipaux et nous nous emploierons
à l'y promouvoir, à l'occasion des prochaines
élections municipales, en fixant, notamment, un plafond
que la liste ayant obtenu le plus de voix ne pourra pas dépasser,
ce qui doit garantir aux autres listes un nombre minimum de
sièges se situant dans une proportion de 20 pour cent
au moins. Il peut arriver même qu'une seule liste concurrente
obtienne 20 pour cent des sièges même si l'écart
est grand entre cette liste et celle arrivée en première
position.
Nous
avons délibérément choisi de fixer un
tel plafond, après que l'expérience eut démontré
que la proportionnelle ne garantit pas de manière efficace
l'entrée de l'opposition aux conseils municipaux, en
dépit des avantages que présente ce mode de
scrutin et des chances réelles qu'il offre aux petits
partis.
Faire
progresser le processus pluraliste dans le pays demeure au
premier rang de nos préoccupations personnelles et
nous nous attacherons à réaliser cet objectif
grâce à ces amendements et en recherchant une
formule permettant, au moins pendant une période transitoire,
de multiplier les candidatures à la présidence
de la République pour les prochaines élections
présidentielles.
Le
dialogue sérieux et la coopération entre les
pouvoirs législatif et exécutif sont parmi les
fondements essentiels de notre conception de l'exercice du
pouvoir. La Chambre des députés a pris l'initiative,
avec l'accord du gouvernement, d'organiser des séances
plénières, en dehors du cadre traditionnel,
consacrées au dialogue et à la discussion entre
les représentants du peuple et les membres du gouvernement,
au sujet des principales questions et orientations ainsi que
des politiques sectorielles.
Compte
tenu du succès de cette expérience, j'appelle
à en fixer les règles et la périodicité,
afin que ces séances soient une occasion d'approfondir
la réflexion sur les questions posées, conformément
au rôle de la Chambre des députés qui
y gagnerait en efficience, que ce soit à travers le
débat au sujet des questions importantes ou de l'heure,
ou encore à travers le travail purement législatif.
Nous
invitons les médias audiovisuels et la presse écrite
à informer l'opinion publique du contenu de ce dialogue
et du travail de la Chambre des députés, de
manière générale, afin qu'elle suive
de la meilleure manière qui soit les grandes questions
nationales et les affaires de la vie publique.
Citoyens,
Citoyennes,
Notre foi profonde en les droits de l'Homme, notre conviction
quant à la nécessité d'en consacrer la
lettre, l'esprit et la pratique, et notre attachement à
la primauté de la Constitution, nous ont conduit à
réviser les lois qui pourraient limiter les libertés,
en violation du texte de la Constitution. C'est pourquoi nous
ordonnons, aujourd'hui, la révision de la loi relative
à l'octroi des passeports, sur la base de la liberté
de circulation à l'intérieur du pays et à
l'extérieur. La Constitution garantit, en effet, au
citoyen l'exercice de ce droit, dans les limites de la loi.
Cela ne doit pas cependant ouvrir la voie à un usage
inconsidéré de cette liberté. Aussi cette
révision fera-t-elle du juge, la seule référence
pour ce qui est de l'interdiction du voyage ou du retrait
du document de voyage.
L'information
a joué, au cours de cette décennie, un rôle
important dans la consolidation des fondements de la société
civile, l'impulsion du dialogue entre les forces nationales
et le renforcement de l'entente, de l'esprit d'entraide et
de la solidarité entre tous les Tunisiens.
Afin
de permettre à l'information d'accomplir plus aisément
sa mission, nous avons élaboré un plan cohérent
dans ses mécanismes comme dans ses dimensions, de telle
sorte que ce secteur trouve sa place dans la dynamique des
mutations mondiales. Pour couronner cette orientation, nous
avons supprimé le Secrétariat d'Etat à
l'Information. Nous comptons sur une prise de conscience des
hommes des médias et sur leur maturité pour
placer leur profession au-dessus de toutes les tentations
qui s'y rattachent, et qui sont si nombreuses dans le monde
de la presse.
Il
est dans l'ordre des choses, alors que nous entamons une nouvelle
décennie, d'aspirer, dans une prochaine étape,
à une presse évoluée et audacieuse, capable
de création, d'innovation et de critique constructive,
à une époque où il est impératif
d'accélérer le rythme de la production, dans
tous les domaines. L'information est, en effet, une mission
de civilisation et un domaine où la concurrence est
vive, en cette époque de mondialisation et d'ouverture
de l'espace.
Même
si la presse nationale a connu, depuis le Changement, une
évolution notable, que nous n'avons cessé d'appuyer,
il n'en demeure pas moins que la promotion de l'information
au niveau de sa fonction politique et éducative, ne
peut être du seul ressort de l'Etat. La responsabilité
de faire évoluer l'information et le discours médiatique
incombe à toutes les parties et, en premier lieu, aux
journalistes eux-mêmes. L'Etat a mis sur pied différentes
garanties légales à même de protéger
les journalistes contre toute tutelle ou ingérence
dans leur champ d'activité.
Dès
lors que nous renouvelons l'appel aux responsables des entreprises
de presse pour qu'ils parient sur la qualité, fassent
évoluer le discours médiatique afin qu'il atteigne
un niveau remarquable, et abordent les questions avec honnêteté,
audace et sérieux, les gens de la profession n'ont
plus aucune justification pour se dérober à
leurs responsabilités, ou recourir aux solutions de
facilité en faisant prévaloir l'autocensure.
Il
est également de la responsabilité de ceux qui
sont concernés à différents niveaux,
d'accepter la critique et les avis contraires avec toute la
sérénité de celui qui croit, dans les
propos et les actes, à la liberté d'expression.
Nous
appelons, en outre, ceux qui travaillent dans le domaine de
la télévision à diversifier davantage
les espaces de dialogue, à transmettre les préoccupations
de l'opinion publique et à enrichir les programmes
pour qu'ils reflètent la richesse que recèle
la société tunisienne et la diversité
de ses tendances culturelles et politiques.
Citoyens,
Citoyennes,
Nous avons fait en sorte que l'interaction entre notre politique
intérieure et notre politique extérieure soit
solide et que la diplomatie tunisienne soit le reflet des
orientations du Changement qui sont fondées sur la
consécration de l'identité arabo-musulmane,
de l'appartenance africaine et méditer-ranéenne
et de l'intérêt national sur la base des nobles
principes et des hautes valeurs de notre peuple.
C'est
pourquoi nous n'avons pas été surpris par les
mutations intervenues sur la scène internationale au
cours de la décennie écoulée et qui,
loin d'influer sur nos choix et nos positions, en ont confirmé
la justesse. Ainsi, la Tunisie a contribué avec efficience
à la conception des plans élaborés lors
des grandes rencontres internationales traitant des questions
de l'enfance et de la femme, de la population et de l'environnement
et du développement social.
Outre
l'attachement de la Tunisie à assumer pleinement son
rôle dans l'instauration de la paix et le renforcement
de la coopération et de la solidarité dans le
monde, le développement, dans ses différentes
dimensions, a constitué l'un des principaux objectifs
de la politique extérieure, dès lors que, pour
relever les défis de la mondialisation , il est impérieux
de conjuguer les efforts aux niveaux régional et international.
Ces considérations et ces principes sont nos références
et la base de notre attachement, depuis le Changement, à
l'édification de l'Union maghrébine. Nous continuerons
à déployer des efforts constants pour parachever
la construction de l'Union du Maghreb Arabe et transcender
les difficultés conjoncturelles qui entravent actuellement
sa progression.
Cette
approche trouve son complément dans l'impulsion souhaitée
à l'action arabe commune et dans notre action visant
à consacrer un partenariat euro-méditerranéen
moderne et équilibré avec l'Union européenne
dans son ensemble et au niveau bilatéral avec des pays
amis tels que la France où nous avons pu constater,
lors de notre récente visite, à quel point ses
dirigeants et son gouvernement sont soucieux d'adopter cette
saine démarche dans leur coopération avec nous.
La
Tunisie a joué, au cours de la décennie écoulée,
un rôle remarquable dans le déclenchement du
processus de paix au Moyen-Orient et dans le soutien à
ses différentes étapes, en tant que choix stratégique
palestinien et arabe, basé sur la légalité
internationale et sur ses principes, au premier rang desquels
figure celui de la terre en contrepartie de la paix, et répondant
aux aspirations des peuples de la région à la
stabilité et au progrès.
Ce
qui nous préoccupe le plus, c'est qu'Israël n'a
pas respecté ses engagements, faisant reculer le processus
de paix et provoquant un dérapage dangereux.
Nous
espérons que la communauté internationale et
notamment les co-parrains du processus de paix et l'Union
européenne intensifieront leurs efforts afin d'amener
Israël à honorer ses engagements et à respecter
les accords de paix qu'il a signés de son propre gré
et auxquels il ne saurait y avoir d'alternative pour l'instauration
de la sécurité souhaitée par tous, de
la paix et de la stabilité dans la région.
La
Tunisie continuera à apporter un soutien sûr
et solide au peuple palestinien dans sa lutte pour le recouvrement
de ses droits et l'édification de son Etat, de même
qu'aux pays frères, la Syrie et le Liban, pour la libération
de leurs territoires occupés. Nous demeurerons, également,
partie agissante dans le renforcement de la solidarité
et de l'unité des rangs arabes.
Nous
poursuivrons, en outre, nos efforts et nos démarches
en faveur de la levée de l'embargo imposé aux
peuples frères de Libye et d'Irak, afin de mettre fin
à leurs souffrances, dans le cadre de la légalité
internationale et de la préservation de la dignité
et de la souveraineté des Etats et des droits de toutes
les parties.
Nous
avons porté un intérêt particulier et
continu à notre dimension africaine. Nous avons eu
l'honneur de présider l'Organisation de l'Unité
Africaine en 1994 et de prendre des initiatives en vue de
contribuer au règlement des conflits, à l'instauration
de la sécurité et de la stabilité et
à l'appel à l'élaboration d'un plan international
pour le développement de notre continent.
Nous sommes optimistes quant aux incidences de la décision
prise par la réunion ministérielle du Conseil
de Sécurité, au mois de septembre dernier, qui
s'est engagé à accorder à l'Afrique et
à son développement la sollicitude voulue. Nous
espérons que des mesures pratiques et coordonnées
seront prises à l'effet de conforter l'essor que connaissent
certaines régions du continent, de mettre fin aux conflits
et d'éteindre les foyers de tension dans certaines
autres parties de l'Afrique.
Nous
avons uvré à étendre le champ de
nos relations internationales en les diversifiant à
travers les visites que nous avons effectuées dans
certains pays frères et amis en Afrique, en Europe,
en Asie, en Amérique du Nord et en Amérique
latine et qui ont eu un effet positif sur notre coopération
avec ces pays ainsi qu'à travers nos différentes
visites aux sièges de l'Organisation des Nations Unies,
du Parlement européen, de la FAO, de l'Organisation
Internationale du Travail, outre le rôle que nous nous
attachons à assumer au sein de la Ligue des Etats Arabes,
de l'Organisation de la Conférence Islamique et de
l'Organisation de l'Unité Africaine.
Notre
attachement constant aux principes du Changement dans nos
relations extérieures et la place qu'occupe la Tunisie,
grâce à sa crédibilité, dans ses
relations avec les pays frères et amis, nous permettront
d'aborder le 21e siècle avec confiance en l'avenir,
et détermination de gagner les paris et d'assurer à
la Tunisie la place qu'elle mérite dans l'environnement
international.
J'adresse
à nos fils et à nos filles à l'étranger
une salutation particulière, en rendant hommage à
leur patriotisme, en appréciant leur rôle dans
la préservation de l'image rayonnante de la Tunisie
et leur contribution à l'uvre de développement
et en réaffirmant notre constante sollicitude envers
eux, notre volonté de défendre leurs intérêts
et de renforcer leurs liens avec la patrie. Ils sont, en effet,
l'un des ponts qui nous relient au monde.
Nous
avons constaté auprès d'eux, lors de nos rencontres
tant en Allemagne, en Suisse et en Italie qu'au cours de notre
récente visite en France, cet enthousiasme, ce patriotisme
débordant, ce dévouement à la Tunisie,
toutes générations confondues, hommes et femmes.
Tout en saluant en eux cet attachement à la mère
patrie, nous envisageons avec eux l'avenir avec optimisme
et sérénité, car la Tunisie est dans
le cur de tous ses fils et filles qu'ils soient en Tunisie
ou à l'étranger.
Citoyens,
Citoyennes,
C'est avec ce souffle nouveau que nous abordons un siècle
nouveau ; avec aussi, la détermination accrue d'affronter
les défis, et enfin avec l'optimisme et l'assurance
de gagner les paris de l'avenir.
Nous
renouvelons ensemble l'engagement d'aller de l'avant dans
l'effort, le labeur et le sacrifice pour la Tunisie, par fidélité
à nos pères et à nos aïeux, par
loyauté envers la patrie et par attachement à
cette terre.
"Remplissez
vos engagements, car on vous en demandera des comptes"
(Coran).
Merci
de votre attention.
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