DISCOURS

Carthage, le 7 novembre 1997

Discours du Président Zine El Abidine Ben Ali
à l'occasion du dixième anniversaire du Changement

Au Nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux

Citoyens,
Citoyennes,

Nous célébrons aujourd'hui, avec beaucoup de fierté, le dixième anniversaire du Changement en même temps que nous entamons une nouvelle décennie, avec une confiance inébranlable et une détermination inflexible à relever les défis et à gagner les enjeux. Grâce à la persévérance de son peuple et à son adhésion convaincue au mouvement de réforme, la Tunisie est aujourd'hui une nation de labeur et d'espérance et un havre de sécurité et d'ambition.

Dix années se sont écoulées depuis que nous avons pris l'initiative de soustraire le pays à l'état de dégradation dans lequel il était plongé et qui obscurcissait devant lui tous les horizons, en même temps qu'il aggravait les dangers qui pesaient sur sa souveraineté et sur sa sécurité politique, sociale et économique, entamant grandement la crédibilité de la Tunisie sur la scène internationale.

Tout en rappelant cela, nous renouvelons l'engagement que nous avons pris envers notre peuple de continuer à œuvrer sans relâche et à ne ménager aucun effort ni sacrifice, tous ensemble au service de la Tunisie, sur chaque pouce de son territoire si cher à nos cœurs, et dans chaque poste de production et de créativité, pour que les jours sombres du passé se perdent dans l'oubli et pour que nous ne nous en souvenions que pour mieux aiguiser notre volonté d'agir, afin de sauvegarder nos acquis et de faire en sorte qu'ils soient à la mesure de nos ambitions.

Citoyens,
Citoyennes,

Notre peuple est fier de tout ce qui a été fait pour la Tunisie, au cours de cette période, si courte dans l'existence des peuples. Il est fier de ces réalisations qui ont assuré les pas de la Tunisie sur le chemin du progrès et de la prospérité et l'ont métamorphosée sur tous les plans. Cette période aura été celle du Changement durant laquelle se sont enracinés les fondements de l'Etat de droit et s'est conforté l'édifice républicain.

Et si le Changement, en tant que projet, nous a permis de rouvrir les portes de l'espoir et de définir les fondements de ce projet dans la Déclaration du 7 novembre, il est devenu, aujourd'hui, une réalité concrète, dont toutes les composantes se sont mises en place, grâce au concours apporté à son édification par les forces vives de notre peuple et à l'impulsion donnée à la cadence de sa construction par les potentialités et les énergies de ses fils et de ses filles. Nous nous sommes attachés à revitaliser cet esprit ayant toujours fait la force et le rayonnement de ce peuple, tout au long de son histoire trois fois millénaire.

L'adhésion des Tunisiens et des Tunisiennes au Changement, dès les premiers instants, ne fut pas une simple réaction à la conjoncture qui prévalait alors, mais une manifestation de leur maturité et le prolongement du courant réformateur que notre peuple connut depuis le milieu du siècle dernier, tout autant que la pérennisation de la flamme nationaliste qui a invariablement alimenté ses batailles de libération et la volonté constructive qui l'a animé dans la mise en place des fondements de l'Etat moderne.

Les réformes que nous avons eu l'initiative d'entreprendre, à tous les niveaux, en affranchissant les libertés, en restaurant la primauté de la loi, en consacrant la démocratie et le pluralisme et en protégeant les droits de l'Homme, procédaient d'une lecture lucide de notre expérience historique, de nos réalités sociales et des variations de notre environnement. Nous les avons fait progresser à pas sûrs, les prémunissant contre les risques de retour en arrière et les sauts dans l'inconnu.

Nous n'avons pas été pris de court par les bouleversements qui se sont produits dans le monde, car nous avons été des précurseurs dans nos choix. Nous n'avons pas, non plus, été influencés par les vagues de flux et de reflux engendrées par ces mutations, du moment que nos orientations sont patriotiques et que notre voie est authentiquement tunisienne, puisant, dans Carthage, son expérience millénaire et sa dimension méditerranéenne, empruntant, à Kairouan, son authenticité arabo-musulmane et son rayonnement au Maghreb et au Machrek et, à Tunis et la Zitouna, la modération, l'ouverture, la tolérance et l'esprit de juste milieu.

Nous avons la ferme conviction que la destinée d'un peuple, quel qu'il soit, ne peut être déterminée que par son propre génie, et que les modèles préconçus et les solutions toutes faites ne peuvent réussir ni perdurer, parce qu'ils n'ont pas de racines. Les expériences de tant de pays n'ont-elles pas démontré toute l'exactitude de cette règle ? En ce sens que nous avons vu l'espoir naissant se muer en désespoir, la stabilité en chaos et en résurgence des dangers passés.

Nous avons érigé le consensus en valeur effective, aidant à la progression du processus démocratique et pluraliste et à son évolution, à l'abri des risques de discorde et d'affrontement susceptibles d'ébranler les constantes et les valeurs de référence et d'ouvrir des brèches par lesquelles pourraient s'engouffrer l'extrémisme et le fanatisme.

Les mécanismes que nous avons mis en place pour associer le citoyen à la définition des choix fondamentaux et à l'analyse des questions d'importance nationale, à travers les consultations et la concertation permanente entre les partenaires politiques et sociaux, de même que pour la consolidation des fondements de la société civile et le renforcement du rôle de la femme et de son égalité avec l'homme, sont le fruit de la connaissance que nous avons de notre société et de notre approche dans la mise en œuvre du projet du Changement.

Les événements qui émaillent l'histoire contemporaine montrent que de nombreux peuples ont eu à payer au prix fort, aux plans humain, économique et social, leurs mutations, parce qu'ils n'ont pas pu maîtriser la méthodologie. Nous nous sommes préoccupés, quant à nous, d'éviter pareils risques à notre peuple, en comptant sur toutes ses catégories et couches sociales, pour réaliser les aspirations et objectifs nationaux, sans marginalisation ni exclusion et dans un cadre de solidarité qui est désormais, au cœur de la communion de tous les fils et filles de cette nation, qu'ils soient résidents en Tunisie ou à l'étranger.

Citoyens,
Citoyennes,

Nous nous trouvions confrontés, en 1987, à des défis énormes qui ne souffraient aucun retard et que nous avons pris sur nous-même d'attaquer de front pour soustraire le pays à la banqueroute et à l'immobilisme.

En effet, le taux d'endettement extérieur était, à l'époque, de l'ordre de 60% du Produit National Brut, avec un service de la dette qui représentait 28% des recettes courantes, et cela parallèlement à la régression des réserves en devises, tombées au plus bas niveau enregistré par l'économie nationale en trente années d'indépendance, tandis que le taux d'inflation dépassait 8%.

C'est la raison pour laquelle nous avons pris des mesures d'urgence pour corriger la situation. Ces mesures, nonobstant leur importance, n'ont pas, toutefois, été suffisantes pour construire une économie assurant au pays force et invulnérabilité, garantissant la lutte contre les difficultés intérieures et extérieures et favorisant l'amélioration des niveaux de revenu et de vie, tout particulièrement dans le contexte des grands bouleversements mondiaux.

C'est ce qui nous a amenés à hâter la libération de l'initiative privée, la consécration des mécanismes du marché et la garantie d'un surcroît d'efficience à l'économie nationale, afin qu'elle puisse s'ouvrir sur son environnement extérieur, à travers de profondes réformes, d'où nous n'avons exclu aucun secteur.

Ces réformes ont conduit l'économie du pays à une situation tout à fait nouvelle, avec une plus grande diversification et une capacité de réaction plus vive aux variations internationales.

En effet, de 1987 à 1997, le taux de croissance du PIB a atteint en moyenne 4,5 % par an, malgré les années de sécheresse et les fluctuations mondiales. Le taux d'inflation est tombé à moins de 4%, ce qui a consolidé la crédibilité du pays dans son environnement extérieur et a permis, au cours de ces deux dernières années, de prendre pied sur les marchés financiers mondiaux, avec confiance et assurance. En outre, nos avoirs actuels en devises représentent près de trois mois et demi de paiements extérieurs, alors qu'ils étaient à leur niveau le plus bas au début de 1987; ce qui, à l'époque, avait failli mettre le pays en état de cessation de paiements.

Cette vitalité a permis de doubler le revenu moyen par tête aux prix courants, au cours de la décennie écoulée, et de porter les créations d'emplois à un niveau supérieur à 90% du volume global des demandes additionnelles. Nous avons également poursuivi sans interruption, les majorations salariales, grâce à une politique contractuelle dont nous avons mis en place les fondements et consolidé les mécanismes et qui ont consacré la prise de conscience des partenaires sociaux et leur attachement aux valeurs de dialogue et à l'intérêt national.

De surcroît et dans le cadre de l'action que nous menons avec régularité et constance pour conforter le pouvoir d'achat des citoyens à faible revenu, nous annonçons, aujourd'hui, notre décision de majorer, pour la seconde fois, le salaire minimum garanti, dans les secteurs agricole et non agricole que nous avions déjà augmenté en juillet dernier, de sorte que le taux d'accroissement du salaire minimum garanti pour cette année soit, au total, à peu près équivalent au taux moyen d'accroissement des salaires dans le secteur privé, soit environ 5%.

Citoyens,
Citoyennes,

L'ouverture de l'économie nationale, son homogénéité et son accession à un degré de maturité qui l'a habilitée à conclure, en 1995, un accord d'association et de libre-échange avec l'Union Européenne et à prendre pied dans de nouveaux marchés, constituent les caractéristiques d'une situation nouvelle qui n'a pas été réalisée au moyen d'une approche étroite ne tenant compte que de l'aspect économique, mais a été le résultat d'une complémentarité et d'une corrélation entre la dimension économique et la dimension sociale. Celle-ci étant indispensable pour prévenir les risques de marginalisation et de déséquilibre entre les régions et les catégories sociales, conférer une dimension humaniste noble à l'action économique et en répartir les fruits avec équité et efficacité.

Les différents indices montrent à l'évidence le degré d'évolution de la qualité de la vie du citoyen tunisien. En effet, l'espérance de vie à la naissance est passée, en moyenne, de 68 ans, en 1987, à 72 ans, aujourd'hui. Cette amélioration s'explique par la politique sociale cohérente que nous avons mise en œuvre dans les domaines de la santé, de l'habitat, de la protection de l'environnement, de l'enseignement et de la couverture sociale, ainsi que par les programmes réalisés au bénéfice des catégories économiquement faibles, les mécanismes de la solidarité nationale et la sollicitude envers la famille, l'enfance et la jeunesse. C'est ce qui traduit notre profonde conviction que le développement est sans signification s'il ne réalise pas le bonheur de l'être humain, sous ses divers aspects, à travers une approche humaniste de la liberté économique, qui est, elle aussi, une approche authentiquement tunisienne et un choix national à la faveur duquel nous avons pu aller au-delà des limites des mesures conventionnelles auxquelles certains pays ont eu recours, parallèlement à la restructuration de leurs économies.

Les résultats obtenus attestent de la pertinence de ce choix, en dépit de son coût qui peut paraître élevé aux yeux de certains et de la pression qui en découle sur le budget de l'Etat. Il s'agit, en fait, d'un investissement dans les ressources humaines, qu'une évaluation purement économique et financière peut ne pas faire apparaître, mais dont la rentabilité est évidente à tous points de vue, à moyen et long termes.

La maîtrise du croît démographique, dont le taux est tombé de 2,3% en 1987 à 1,6 % en 1996, s'est accompagnée d'une modification quantitative et qualitative importante de la structure démographique du pays. En effet, il s'est produit un changement au niveau de la répartition des habitants entre les campagnes et les villes, celles-ci abritant, aujourd'hui, plus de 61% de la population, contre 52,8% en 1984, du fait de la croissance économique et urbaine et de la dynamique générale enregistrée dans le pays. Les conditions de vie se sont sensiblement améliorées, le pourcentage de logements rudimentaires, par exemple, étant tombé de 8,8% à 2,7% au cours de la décennie écoulée.

Citoyens,
Citoyennes,

Les acquis réalisés au profit de la femme procèdent de l'essence même de nos choix. C'est qu'à nos yeux, il ne saurait y avoir de réforme sans la femme et qu'une nation ne saurait réaliser d'acquis sans que soient renforcés ceux de la femme.

Notre action pour la promotion de la femme et la famille ne s'est pas limitée à certains programmes partiels ou spéciaux, nous l'avons, en revanche, inscrite dans un cadre civilisationnel et de développement global dont le principe et la finalité sont la consécration de l'égalité dans les droits et devoirs et l'association de la femme aux divers aspects et domaines de la vie publique.

La femme tunisienne a prouvé sa maturité, sa compétence, son dévouement et son adhésion aux orientations du changement. En effet, la femme représente l'un des appuis de l'édifice national dont nous sommes fiers et l'une des images de la modernité dans notre pays.

Nous avons, également, choisi de parier sur l'enfance qui symbolise l'avenir. Nous avons amélioré les législations dans le but de la protéger. Nous avons été l'un des premiers Etats à promulguer un code spécial des droits de l'enfant. De même, nous avons créé des structures et mécanismes pour l'encadrer et lui assurer une éducation saine non seulement à travers la réforme éducative et l'institution de l'enseignement obligatoire jusqu'à l'âge de seize ans, mais également au sein de la famille, dans le milieu scolaire et social en général et au niveau de la protection sanitaire. Le taux de scolarisation des enfants âgés de 6 à 12 ans est passé de 86,7 pour cent en 1987 à près de 93 pour cent, en plus de l'amélioration de la santé scolaire, de la réalisation des plus hauts taux de vaccination, de la généralisation des activités culturelles et sportives et de la création de centres d'initiation à l'informatique.

Il s'agit de préparer pleinement nos enfants à affronter les défis de demain et de leur inculquer le sens de la citoyenneté avec tous ses attributs dont, en particulier, l'attachement à la Tunisie et à son étendard et la conscience des droits et devoirs.

En misant sur la jeunesse avec laquelle nous avons dialogué en maintes occasions et que nous avons tenu à associer effectivement à la conception des contours de l'avenir et à la vie publique, nous prenons appui sur la confiance que nous avons en nos jeunes générations, et en leur aptitude à la participation et à l'innovation. Le changement est fier de la jeunesse tunisienne parce qu'elle représente l'un des facteurs de l'espoir en l'avenir.

Citoyens,
Citoyennes,

La réforme profonde et globale de notre éducation, sous tous ses aspects, a figuré parmi les priorités du programme de la décennie écoulée. Nous avons appelé les forces vives du pays à y participer et pris les dispositions pratiques pour garantir la démocratisation de l'enseignement, à tous les niveaux. Nous avons procédé à la réforme des programmes scolaires, enrichi les filières du cycle secondaire, modernisé les méthodes d'animation culturelle et sensibilisé la société civile au devoir de veiller sur les écoles et de les entretenir. Ce qui a permis d'aboutir à des résultats encourageants, en ce qui concerne tant l'accroissement des taux de réussite et la réduction des taux d'échec et d'interruption de la scolarité, que l'amélioration du niveau des diplômes des écoles tunisiennes, à tous les cycles de l'enseignement.

Aujourd'hui que nous avons gagné la bataille de la quantité, nous nous devons d'œuvrer encore plus et mieux pour gagner le pari de l'excellence afin de promouvoir davantage notre Ecole, dans un monde aux défis multiples, marqué par la rapidité des mutations et où il n'y a de place que pour ceux qui savent maîtriser tout ce qui fait la force des nations : les sciences approfondies, les technologies de pointe et les valeurs de la modernité renouvelée.

Il va sans dire que la force des peuples se mesure à l'aune de leur maîtrise du savoir et à leurs compétences. Aussi, avons-nous accordé à la réforme de l'Université, aux plans quantitatif et qualitatif, une place fondamentale dans les programmes du changement. De ce fait, le nombre des institutions universitaires est passé de 49, en 1987, à 90 en 1997.

Nous avons parié sur l'intelligence, qui représente le choix idéal pour un peuple dont la principale richesse est précisément l'intelligence de ses enfants. Nous ne nous sommes pas contentés d'assurer à tout bachelier le droit d'accéder à l'Université mais avons, également, renforcé ce principe démocratique, en créant des pôles d'excellence à l'intention des plus compétents parmi nos fils et nos filles.

Et si nous avons axé nos efforts sur la promotion du secteur de la formation professionnelle, en tant que partie intégrante du système éducatif, et sur la modernisation de ses structures, de ses équipements, de ses programmes et de ses méthodes, nous sommes déterminés à imprimer une impulsion nouvelle à ce secteur, à travers une stratégie ambitieuse que nous avons entrepris d'appliquer avec le démarrage du 9è plan.

Notre conviction est profonde quant au rôle de la culture dans l'épanouissement des énergies créatrices, la consécration des fondements civilisationnels de la société, la garantie de son développement et de son équilibre et le renforcement des attributs de son identité nationale.

Nous nous employons constamment à ce que la culture tunisienne prenne pied sur la scène de la compétition internationale. Car, les nouvelles réalités mondiales nous imposent d'y avoir une présence agissante et d'enrichir, d'une façon marquante, notre culture, de manière à éviter à nos spécificités de se diluer dans la mondialisation et de disparaître face à d'autres cultures et à consacrer notre apport à la civilisation universelle.

Nous avons, depuis l'aube du Changement, œuvré à soustraire la culture à la marginalisation dans laquelle elle s'était enlisée. Nous avons ouvert les horizons de la production en toute liberté et quiétude, frayé la voie au développement de la créativité et accordé un intérêt particulier à notre patrimoine civilisationnel et aux créateurs. C'est qu'il ne saurait y avoir de culture de haut niveau sans créateurs compétents ni élites nationales qualifiées.

C'est, pour nous, un motif de fierté que de clore cette décennie au moment où Tunis est capitale culturelle en cette année qui coïncide avec l'achèvement de la décennie mondiale du développement culturel, tant cela reflète le prestige dont jouit notre pays à l'étranger et la place qu'occupe notre culture dans son environnement.

Citoyens,
Citoyennes,

Le secteur des communications, avec toutes ses composantes, ses techniques évoluées et ses réseaux modernes est devenu un facteur d'impulsion du développement dans tous les domaines et un corollaire du progrès des Etats. Le rythme rapide de l'évolution technologique que connaît le monde des communications est, désormais, un élément fondamental de la dynamisation de l'interaction culturelle, de la coopération scientifique et des échanges commerciaux et financiers ainsi que dans l'organisation du travail et la structuration des entreprises. C'est ce qui a eu pour effet de bouleverser les méthodes conventionnelles, en usage dans ces domaines, de modifier les modes classiques et d'influer sur le comportement des individus et des collectivités.

Ce secteur est l'espace dans lequel se rejoignent la production matérielle des sociétés, leur création culturelle, leur produit médiatique et leurs réseaux de relations. Aussi, lui avons-nous accordé, depuis le Changement, une attention particulière comme le montrent, par exemple, le taux de croissance de ce secteur qui a été de 15 pour cent, annuellement, durant la décennie écoulée et la multiplication par trois du nombre des abonnés au réseau téléphonique.

Nous avons, également, connecté notre pays au réseau mondial Internet, afin de permettre aux entreprises économiques, aux institutions universitaires, aux structures de la recherche et autres de mettre à profit les possibilités de communication que leur offre ce réseau et les opportunités illimitées d'échanger des données et des expériences, de transférer d es technologies, d'exporter et de faire connaître la Tunisie à l'étranger.

Nous avons fait de cette dixième année du changement celle de l'insertion dans le monde de l'informatique et de la réalisation de la mutation qualitative dans le domaine des communications pour élever les prestations au niveau de la qualité mondiale tout en réduisant leurs coûts, tant nous sommes convaincus que cela est de nature à favoriser l'accélération du rythme du développement et à contribuer à l'élimination des obstacles qui se dressent devant la dynamique de l'économie.

Cet effort vient compléter l'action menée, durant la décennie écoulée, pour promouvoir l'infrastructure au niveau tant du renforcement du réseau des routes et des ponts que de la consolidation des voies urbaines et des pistes agricoles. Un effort qui se poursuivra durant le plan actuel et s'intensifiera dans tous les domaines, conformément aux instructions que j'ai données à l'occasion du neuvième anniversaire du Changement, de sorte que le volume des investissements dans ce secteur progresse de 60 pour cent par rapport au huitième plan.

Vous réalisez, assurément, l'importance de la contribution du Fonds de Solidarité Nationale dans ce domaine, à travers ses actions visant à sortir les zones d'ombre de leur isolement, à les doter du téléphone, à bitumer les routes et pistes qui les relient au reste du pays, sans compter les équipements et les services collectifs de base. Tout cela permet, aujourd'hui, aux habitants de ces zones de s'intégrer dans le circuit économique.

Nous avons couronné les réalisations accomplies à ce niveau, durant la décennie, par la création de la Banque Tunisienne de Solidarité qui a trouvé une large adhésion populaire à travers la souscription massive des citoyens à son capital. Nous entendons voir cette nouvelle institution constituer un mécanisme efficient pour ouvrir la voie aux artisans et aux titulaires de diplômes de formation, hommes et femmes, des zones d'ombre et d'ailleurs, afin qu'ils puissent réaliser leur promotion sociale, en s'adonnant à des activités artisanales ou économiques et en se prenant en charge, rompant, ainsi, avec les mentalités qui étouffaient l'esprit d'initiative.

L'agriculture étant un secteur stratégique occupant une place particulière dans notre histoire et notre civilisation, lié à la réalisation de la sécurité alimentaire et revêtant une dimension en rapport avec le concept de souveraineté nationale, nous avons œuvré, depuis le Changement, à instaurer une politique cohérente pour promouvoir ce secteur à travers la préservation des ressources naturelles et la rationalisation de leur exploitation, la diversification du produit agricole, la promotion des techniques qui en assurent la maîtrise, notamment en ce qui concerne les denrées de base et l'impulsion de la recherche scientifique et de la formation.

Il s'agit d'une politique à laquelle ont adhéré ceux qui exercent dans ce secteur. La production s'est, de la sorte, accrue de 31 pour cent, depuis le Changement, par rapport à la décennie précédente. Des résultats remarquables ont été réalisés dans d'importants domaines tels ceux de la céréaliculture, de l'huile et du lait. Ces résultats se sont répercutés sur la balance commerciale alimentaire, le taux moyen de couverture ayant atteint, annuellement, 83 pour cent durant la période allant de 1990 à 1996, alors qu'il n'était que de 50 pour cent dans les années quatre-vingts.

Cependant, l'agriculture passe par une étape transitoire qui aura de profonds effets dont le principal est une concurrence plus vive, à l'intérieur comme à l'extérieur, qui nécessite une mutation qualitative devenue impérieuse, particulièrement au niveau de la gestion des ressources et de la maîtrise de la technologie, de manière à améliorer la compétitivité du produit national pour qu'il réponde aux critères de qualité et de coût et puisse s'imposer sur les marchés intérieur et extérieur.

C'est ce que nous nous employons à réaliser en entamant la mise à niveau du secteur que nous avons ordonné d'entreprendre, il y a quelques mois, dans la mesure où nous n'avons pas d'autres choix que de réussir et remporter les défis auxquels nous faisons face.

Nous avons renforcé cet effort en encourageant le partenariat dans le secteur agricole, en attirant les investissements pour le moderniser, en y favorisant le transfert des technologies de pointe et en développant l'exportation de ses produits.

Tout en considérant que notre agriculture se doit impérativement d'atteindre à l'avenir un haut niveau d'efficacité, il est aujourd'hui indispensable d'identifier les meilleurs moyens d'éliminer les facteurs qui entravent la réalisation de cet objectif et tout particulièrement le morcellement des exploitations et l'existence de propriétés aux superficies réduites.

On ne pourra pas atteindre de hauts niveaux de rendements qui s'élèvent, par exemple, au niveau des normes internationales en matière de production céréalière alors que 53 % des exploitations sont d'une superficie inférieure à 5 hectares. C'est une situation qui s'aggrave d'une décennie à l'autre du fait du rétrécissement de la superficie de ces exploitations tant et si bien qu'il n'existe aujourd'hui que 3% de fermes dont la superficie est supérieure à 50 hectares.

C'est pour cela que nous avons donné des instructions en vue de rechercher les meilleures mesures et méthodes d'organisation pour remédier à cette situation sans, pour autant, porter atteinte aux intérêts de l'agriculteur ou de sa famille et pour encourager l'exploitation des superficies qui répondent aux normes d'efficacité et de rentabilité de manière à profiter à la fois à l'agriculteur et à l'économie nationale et à garantir la couverture de nos besoins en produits agricoles de base. Cela doit se faire dans le cadre d'une consultation nationale à laquelle devront participer toutes les parties concernées.

L'Etat a, par ailleurs, œuvré à rationaliser la gestion des terres domaniales agricoles, à les restructurer et à les préserver contre le morcellement, l'abandon et les abus.
Nous allons veiller à ce que les propriétés de l'Etat contribuent plus efficacement à l'effort de développement intégral et qu'elles soient exploitées de la meilleure façon qui soit, en fournissant les terrains nécessaires à la réalisation des projets d'infrastructure, à l'exécution du plan stratégique des ressources en eau, à la création des zones industrielles et à l'aménagement des lotissements pour les logements sociaux.

Citoyens,
Citoyennes,

Le pays a franchi une étape importante sur la voie de la libéralisation de l'économie, de la consolidation de l'entreprise, de la promotion du tissu industriel et de la mise en œuvre du programme de privatisation qui connaîtra une nouvelle impulsion, à partir de cette année.

Les importations ont été libérées dans une proportion de 97%, la contribution de nos exportations au produit intérieur brut s'est accrue pour atteindre plus de 42% , alors que ce taux ne dépassait guère 34% en 1987.

Nous nous emploierons résolument à atteindre les objectifs du 9è Plan, qui visent une croissance des exportations à un taux moyen de 6% par an, à prix constants, et impulser les exportations des industries manufacturières qui représenteront, selon les prévisions,plus de 85% de l'ensemble de nos ventes, tout en en diversifiant la distribution géographique.

En considérant l'investissement extérieur comme un appui essentiel à l'effort national et un instrument efficient du transfert de la technologie et d'appui à l'intégration dans l'économie mondiale, nous nous fondons, en cela, sur une approche moderne du partenariat et des modes de coopération équilibrée entre les peuples, de manière à favoriser la confrontation des expériences entre les producteurs et à contribuer à la mise à niveau de l'économie nationale.

Cette politique a trouvé un écho favorable auprès de nombreux investisseurs étrangers, de sorte que le flux de capitaux s'est élevé, durant la dernière décennie, à plus du double de l'ensemble des investissements extérieurs réalisés avant 1987, ce qui a permis de créer près de 80 mille postes d'emploi nouveaux et de renforcer l'exportation.

A cette occasion, j'adresse aux chefs d'entreprises étrangères, établies dans notre pays, l'expression de ma considération pour leur contribution à la dynamique de l'économie nationale. Nous nous attacherons à renforcer davantage cet effort et à encourager cette dynamique, tout en intensifiant l'action visant à faire connaître les opportunités offertes à l'investissement extérieur, au service des intérêts de toutes les parties.

Citoyens,
Citoyennes,

La mondialisation à laquelle nous avons choisi d'adhérer, avec confiance et conviction, pose devant nous de grands défis que nous sommes tenus de relever. Elle nous offre des opportunités que nous devons mettre à profit. Le démantèlement des frontières et la levée des obstacles devant les échanges, les investissements et les services ouvrent, pour nous, de nouveaux horizons qui nous incitent impérativement à élaborer des stratégies pour y évoluer et y demeurer présents et agissants.

Le monde vit des mutations sans précédent qui déboucheront sur une situation dont les contours n'ont pas encore été définis. L'avenir nous réserve des connaissances, des techniques, des industries, des professions et des méthodes de travail, d'enseignement et de loisir qu'il n'est pas aisé de définir aujourd'hui.

C'est ce qui commande de rationaliser l'approche prospective de ces mutations. Aussi avons-nous considéré les études stratégiques et prospectives comme le moyen approprié pour la conception de l'œuvre de développement. Tout au long de la décennie écoulée, nous avons été attentifs aux changements dans notre environnement pour ne pas en être surpris et afin de renforcer les aspects positifs de notre démarche et de préserver la place de choix que nous occupons dans notre espace.

Nous accédons aujourd'hui à une nouvelle décennie pour édifier des ponts solides, vers le siècle prochain, et imprimer un nouvel élan au progrès de notre pays et à sa prospérité, après avoir parachevé une décennie de profondes réformes et de changement radical, dans tous les domaines et tous les secteurs.

Ce sera la décennie de la persévérance et du labeur, l'ère de l'action, de l'effort accru et de l'excellence, pour nous hisser à un niveau d'invulnérabilité qui garantisse l'avenir de nos générations futures.

La fin de cette décennie, coïncidant avec le terme de l'exécution du programme de mise à niveau intégrale et le parachèvement de l'application de l'accord d'association et de libre-échange avec l'Union Européenne, l'économie tunisienne sera, à cette échéance, dans une situation nouvelle, différente de par sa structure, ses compétences et ses potentialités, une fois menés à terme deux plans de développement successifs, à savoir les 9e et 10e plans.

Vous saisissez, sans doute, que cette mutation qualitative apparaîtra aussi dans la transformation des contours de la société tunisienne; c'est ainsi, en effet, que le revenu par tête atteindrait, selon les prévisions, 5.000 dinars en 2007 et que la population avoisinerait 10 millions 800 mille habitants, en dépit de la baisse du croît démographique à un taux annuel de 1,3% en 2008.

Les projections font ressortir, également, l'amélioration continue de la qualité et du niveau de vie sur plusieurs plans, avec l'accroissement de la moyenne de l'espérance de vie à la naissance à plus de 74 ans et la concentration d'environ 65 % de la population dans les villes, dans la mesure où le rythme d'évolution actuel se poursuivrait. Le nombre d'étudiants s'élèverait, quant à lui, à près de 275 mille.

Ce sont là des indicateurs positifs qui incitent à l'optimisme, mais qui nous placent devant de nouveaux défis, exigeant un effort national considérable et une action inlassable.
Parmi les défis les plus importants, figure la réalisation des objectifs nationaux en matière d'emploi et de maîtrise du taux de chômage qui demeurent notre priorité absolue, à tous les niveaux, y compris l'emploi des diplômés dont le nombre s'accroîtra. Nous sommes déterminés, en la matière, à persévérer dans la consécration du principe de la démocratisation de l'enseignement et du droit de chaque citoyen de se hisser aux plus hauts degrés possibles.

Aussi ordonnons-nous, aujourd'hui, la tenue d'une conférence nationale, regroupant toutes les parties, à l'effet d'examiner tous les schémas et toutes les solutions possibles pour traiter le problème de l'emploi dans ses différentes dimensions, y compris au niveau du code du travail, sur la base des données actuelles et des prévisions d'avenir.

Par la même occasion, j'appelle à ce que soit entamée, dès à présent, l'élaboration du plan relatif à la mise à niveau du secteur des services qui compte parmi les secteurs pourvoyeurs d'emplois pour les compétences et les personnes qualifiées dans les diverses branches de spécialisation, afin de nous préparer dans l'immédiat à faire face à la compétitivité, d'une part, et compte tenu, également, de son rôle essentiel dans le soutien au programme de mise à niveau des secteurs de l'industrie et de l'agriculture, d'autre part.

C'est que, à l'aube du XXIe siècle, on ne peut concevoir une économie forte et avancée, sans évolution du secteur des services.

Dans le but de mieux nous adapter à ces mutations et d'y réagir à temps, nous ordonnons, en ce jour, d'engager un processus de réforme profonde et d'envergure du système statistique et de production des données statistiques et leur analyse, par la promotion de l'Institut National de la Statistique et des différentes structures liées à ce domaine, dont l'Ecole supérieure de la statistique, programmée au cours du 9e plan, sous une forme indépendante des structures administratives. L'objectif est de pallier les insuffisances du système actuel, compte tenu des impératifs de l'étape et d'accroître la périodicité de production des données statistiques, leur traitement instantané et la célérité dans leur exploitation, outre la nécessité d'acquérir la capacité de traiter quantitativement et qualitativement, et avec la célérité requise, le flot volumineux de données statistiques provenant des marchés extérieurs et de nos partenaires à l'étranger.

Nous allons confier à un comité d'experts et de spécialistes l'élaboration des approches possibles de cette réalisation indispensable pour mettre à la disposition des décideurs, aux différents niveaux, une matière statistique crédible ayant une efficience et une portée pratique, avec une périodicité proche de celle des pays évolués.

L'année 2007 coïncidera également, d'après les prévisions démographiques, avec la fin de la pression engendrée par le rythme du croît démographique accéléré des périodes précédentes, dans la mesure où le nombre des élèves de l'enseignement de base régressera pour se concentrer dans les cycles secondaire et supérieur, plus généralement, l'on s'attend à des changements au niveau de la structure démographique de la population. C'est ce qui nous appelle à investir dans la qualité de nos ressources humaines et à œuvrer pour atteindre les plus hauts niveaux au plan de la modernisation des voies, méthodes et techniques des systèmes d'éducation, d'enseignement supérieur et de formation professionnelle.

Compte tenu du rôle que jouent aujourd'hui, les réseaux modernes de communication dans la circulation des informations et le soutien à la scolarité, la promotion de la pédagogie et de l'enseignement à distance, pour l'allégement du coût qui en découle, en évitant certains investissements classiques, nous ordonnons qu'il soit procédé à l'étude de cette question sous ses différents aspects par une commission spécialisée, avant de la soumettre à une consultation nationale préalablement au démarrage des premières étapes d'élaboration du Xe plan, en l'an 2000. Il s'agit, en l'occurrence, d'avoir une conception claire de l'école de demain, à tous les niveaux de l'enseignement, de manière à répondre à nos besoins quantitatifs et qualitatifs croissants, en prenant en considération les possibilités du pays, les nouvelles caractéristiques du marché de l'emploi et les nouveaux modes de travail qui commencent à envahir les sociétés modernes.

Afin de préparer, dès à présent, la plate-forme à une telle évolution et à l'effet d'améliorer le rendement du système éducatif, nous ordonnons, aujourd'hui, de généraliser la connexion au réseau Internet de toutes nos institutions universitaires et de recherche scientifique, la connexion des lycées et collèges devant suivre par étapes, d'ici la fin du plan actuel, avec la .perspective de relier les écoles primaires à ce réseau dans l'étape suivante.

Nous prenons cette initiative pour que notre pays ne reste pas à l'écart de la dynamique mondiale moderne et pour que nos jeunes générations entrent de plain-pied dans le siècle prochain, en étant imbues des valeurs du travail, de la réussite et de l'excellence.

La Méditerranée sera, sans doute, à la fin de la prochaine décennie, un espace qui abritera un demi milliard d'individus, un vaste marché et une grande opportunité pour la Tunisie. Nous œuvrons, dans ce contexte, pour que le développement soit équilibré entre les deux rives de la Méditerranée afin d'y renforcer la stabilité et la sécurité, d'offrir le maximum d'opportunités à tous, de réduire les disparités sociales et de faire reculer la pauvreté. Ainsi disparaîtraient de nombreuses causes qui alimentaient l'extrémisme, le fanatisme et le repli sur soi, sous ses formes ethnique et religieuse, aussi bien au Nord qu'au Sud de la Méditerranée.

Les mutations prévisibles dans notre région et dans le monde, à la faveur du développement du partenariat, les espoirs que nous fondons sur l'instauration de la paix et de la coopération en Méditerranée orientale et occidentale nous incitent, dès à présent, à développer de plus grandes aptitudes à agir dans cet espace et à pénétrer ses marchés.

Un tel objectif n'est pas seulement tributaire de la réalisation des programmes inclus dans les plans de développement et des diverses initiatives, mais requiert aussi une nouvelle mentalité et un comportement dont les références sont les valeurs de travail, de persévérance et d'audace, et la prospection des horizons les plus larges pour notre pays qui est, certes, petit par sa taille géographique, mais grand par son passé et sa gloire.

La réalisation d'un tel objectif n'est pas hors de la portée des fils et des filles de cette nation, héritiers de Carthage capitale de la mer dont les comptoirs commerciaux s'étendaient du Moyen-Orient jusqu'aux rivages de l'Atlantique et de Kairouan, qui constituait un trait d'union entre Bagdad et l'Andalousie et entre les royaumes du Nord et les territoires du Sud.
Le temps de la mentalité d'assistance et d'assisté est révolu. Il n'y a plus de place que pour le sérieux et l'effort chez un peuple uni et solidaire, apportant son aide aux plus faibles mais rejetant ceux qui refusent de compter sur eux-mêmes.

Citoyens,
Citoyennes,

La prochaine décennie constituera une étape marquante dans le processus de consolidation des fondements de la République, le renforcement des acquis réalisés pendant la décennie écoulée, en vue de raffermir les bases de l'Etat de droit, d'assurer l'indépendance de la justice, de confirmer, dans le texte et la pratique, la démocratie et le pluralisme, de promouvoir les droits de l'Homme, de les protéger et d'en diffuser la culture, dans le cadre d'une approche globale et cohérente.

Notre attachement à l'Etat de droit et notre souci de respecter la Constitution et d'en garantir la primauté, nous avaient conduit à créer, dès les premiers jours du Changement, un Conseil Constitutionnel que nous avons fait évoluer, par étapes, jusqu'à l'inclure dans le texte même de la Constitution.

Si la présentation à ce Conseil des projets de loi fondamentale et autres projets de loi ordinaire, relatifs aux droits et aux libertés, est obligatoire avant de les soumettre à la Chambre des députés et après leur adoption de sa part, dans certains cas, les avis du Conseil Constitutionnel ne sont pas contraignants au regard de la loi, même si nous nous sommes souciés de nous conformer à tous les avis qu'il avait émis.

Pour couronner le processus d'évolution du Conseil Constitutionnel, nous avons décidé de présenter un projet de loi constitutionnelle visant à donner un caractère contraignant aux avis du Conseil pour l'ensemble des pouvoirs.

Après l'amendement de la Constitution, dans le sens d'un renforcement de la place des partis politiques, d'une participation accrue des jeunes, de la consolidation de l'égalité entre la femme et l'homme et d'une plus grande consécration de la souveraineté populaire, à travers l'élargissement de l'aire du référendum, nous allons apporter, comme je l'ai annoncé, des amendements au code électoral. Car, nous sommes conscients de la situation des jeunes partis et soucieux de leur assurer les meilleures conditions pour qu'ils puissent évoluer.

Les résultats des dernières élections ont démontré que les systèmes électoraux traditionnels, y compris celui de la proportionnelle, ne répondaient pas à nos besoins en cette étape de nos mutations politiques. Nous sommes parvenus, en ce qui concerne les élections législatives, à concevoir un mode de scrutin qui a permis à l'opposition, en 1994, de faire son entrée pour la première fois à la Chambre des députés. Nous maintiendrons donc ce système en raison de son efficience.

Nous proclamons, aujourd'hui, notre décision de renforcer ce mode de scrutin afin que l'opposition puisse disposer d'environ 20 pour cent au moins du nombre total des sièges à la Chambre des députés, et ce, par le biais de l'augmentation du nombre des sièges répartis au niveau national, alors que le nombre des sièges réservés aux circonscriptions demeurera quasiment stable, en dépit de la croissance de la population, réaffirmant ainsi notre volonté d'impulser encore davantage le pluralisme au sein du Parlement.

Notre attachement à faire progresser le pluralisme vaut tout autant pour les conseils municipaux et nous nous emploierons à l'y promouvoir, à l'occasion des prochaines élections municipales, en fixant, notamment, un plafond que la liste ayant obtenu le plus de voix ne pourra pas dépasser, ce qui doit garantir aux autres listes un nombre minimum de sièges se situant dans une proportion de 20 pour cent au moins. Il peut arriver même qu'une seule liste concurrente obtienne 20 pour cent des sièges même si l'écart est grand entre cette liste et celle arrivée en première position.

Nous avons délibérément choisi de fixer un tel plafond, après que l'expérience eut démontré que la proportionnelle ne garantit pas de manière efficace l'entrée de l'opposition aux conseils municipaux, en dépit des avantages que présente ce mode de scrutin et des chances réelles qu'il offre aux petits partis.

Faire progresser le processus pluraliste dans le pays demeure au premier rang de nos préoccupations personnelles et nous nous attacherons à réaliser cet objectif grâce à ces amendements et en recherchant une formule permettant, au moins pendant une période transitoire, de multiplier les candidatures à la présidence de la République pour les prochaines élections présidentielles.

Le dialogue sérieux et la coopération entre les pouvoirs législatif et exécutif sont parmi les fondements essentiels de notre conception de l'exercice du pouvoir. La Chambre des députés a pris l'initiative, avec l'accord du gouvernement, d'organiser des séances plénières, en dehors du cadre traditionnel, consacrées au dialogue et à la discussion entre les représentants du peuple et les membres du gouvernement, au sujet des principales questions et orientations ainsi que des politiques sectorielles.

Compte tenu du succès de cette expérience, j'appelle à en fixer les règles et la périodicité, afin que ces séances soient une occasion d'approfondir la réflexion sur les questions posées, conformément au rôle de la Chambre des députés qui y gagnerait en efficience, que ce soit à travers le débat au sujet des questions importantes ou de l'heure, ou encore à travers le travail purement législatif.

Nous invitons les médias audiovisuels et la presse écrite à informer l'opinion publique du contenu de ce dialogue et du travail de la Chambre des députés, de manière générale, afin qu'elle suive de la meilleure manière qui soit les grandes questions nationales et les affaires de la vie publique.

Citoyens,
Citoyennes,

Notre foi profonde en les droits de l'Homme, notre conviction quant à la nécessité d'en consacrer la lettre, l'esprit et la pratique, et notre attachement à la primauté de la Constitution, nous ont conduit à réviser les lois qui pourraient limiter les libertés, en violation du texte de la Constitution. C'est pourquoi nous ordonnons, aujourd'hui, la révision de la loi relative à l'octroi des passeports, sur la base de la liberté de circulation à l'intérieur du pays et à l'extérieur. La Constitution garantit, en effet, au citoyen l'exercice de ce droit, dans les limites de la loi. Cela ne doit pas cependant ouvrir la voie à un usage inconsidéré de cette liberté. Aussi cette révision fera-t-elle du juge, la seule référence pour ce qui est de l'interdiction du voyage ou du retrait du document de voyage.

L'information a joué, au cours de cette décennie, un rôle important dans la consolidation des fondements de la société civile, l'impulsion du dialogue entre les forces nationales et le renforcement de l'entente, de l'esprit d'entraide et de la solidarité entre tous les Tunisiens.

Afin de permettre à l'information d'accomplir plus aisément sa mission, nous avons élaboré un plan cohérent dans ses mécanismes comme dans ses dimensions, de telle sorte que ce secteur trouve sa place dans la dynamique des mutations mondiales. Pour couronner cette orientation, nous avons supprimé le Secrétariat d'Etat à l'Information. Nous comptons sur une prise de conscience des hommes des médias et sur leur maturité pour placer leur profession au-dessus de toutes les tentations qui s'y rattachent, et qui sont si nombreuses dans le monde de la presse.

Il est dans l'ordre des choses, alors que nous entamons une nouvelle décennie, d'aspirer, dans une prochaine étape, à une presse évoluée et audacieuse, capable de création, d'innovation et de critique constructive, à une époque où il est impératif d'accélérer le rythme de la production, dans tous les domaines. L'information est, en effet, une mission de civilisation et un domaine où la concurrence est vive, en cette époque de mondialisation et d'ouverture de l'espace.

Même si la presse nationale a connu, depuis le Changement, une évolution notable, que nous n'avons cessé d'appuyer, il n'en demeure pas moins que la promotion de l'information au niveau de sa fonction politique et éducative, ne peut être du seul ressort de l'Etat. La responsabilité de faire évoluer l'information et le discours médiatique incombe à toutes les parties et, en premier lieu, aux journalistes eux-mêmes. L'Etat a mis sur pied différentes garanties légales à même de protéger les journalistes contre toute tutelle ou ingérence dans leur champ d'activité.

Dès lors que nous renouvelons l'appel aux responsables des entreprises de presse pour qu'ils parient sur la qualité, fassent évoluer le discours médiatique afin qu'il atteigne un niveau remarquable, et abordent les questions avec honnêteté, audace et sérieux, les gens de la profession n'ont plus aucune justification pour se dérober à leurs responsabilités, ou recourir aux solutions de facilité en faisant prévaloir l'autocensure.

Il est également de la responsabilité de ceux qui sont concernés à différents niveaux, d'accepter la critique et les avis contraires avec toute la sérénité de celui qui croit, dans les propos et les actes, à la liberté d'expression.

Nous appelons, en outre, ceux qui travaillent dans le domaine de la télévision à diversifier davantage les espaces de dialogue, à transmettre les préoccupations de l'opinion publique et à enrichir les programmes pour qu'ils reflètent la richesse que recèle la société tunisienne et la diversité de ses tendances culturelles et politiques.

Citoyens,
Citoyennes,

Nous avons fait en sorte que l'interaction entre notre politique intérieure et notre politique extérieure soit solide et que la diplomatie tunisienne soit le reflet des orientations du Changement qui sont fondées sur la consécration de l'identité arabo-musulmane, de l'appartenance africaine et méditer-ranéenne et de l'intérêt national sur la base des nobles principes et des hautes valeurs de notre peuple.

C'est pourquoi nous n'avons pas été surpris par les mutations intervenues sur la scène internationale au cours de la décennie écoulée et qui, loin d'influer sur nos choix et nos positions, en ont confirmé la justesse. Ainsi, la Tunisie a contribué avec efficience à la conception des plans élaborés lors des grandes rencontres internationales traitant des questions de l'enfance et de la femme, de la population et de l'environnement et du développement social.

Outre l'attachement de la Tunisie à assumer pleinement son rôle dans l'instauration de la paix et le renforcement de la coopération et de la solidarité dans le monde, le développement, dans ses différentes dimensions, a constitué l'un des principaux objectifs de la politique extérieure, dès lors que, pour relever les défis de la mondialisation , il est impérieux de conjuguer les efforts aux niveaux régional et international. Ces considérations et ces principes sont nos références et la base de notre attachement, depuis le Changement, à l'édification de l'Union maghrébine. Nous continuerons à déployer des efforts constants pour parachever la construction de l'Union du Maghreb Arabe et transcender les difficultés conjoncturelles qui entravent actuellement sa progression.

Cette approche trouve son complément dans l'impulsion souhaitée à l'action arabe commune et dans notre action visant à consacrer un partenariat euro-méditerranéen moderne et équilibré avec l'Union européenne dans son ensemble et au niveau bilatéral avec des pays amis tels que la France où nous avons pu constater, lors de notre récente visite, à quel point ses dirigeants et son gouvernement sont soucieux d'adopter cette saine démarche dans leur coopération avec nous.

La Tunisie a joué, au cours de la décennie écoulée, un rôle remarquable dans le déclenchement du processus de paix au Moyen-Orient et dans le soutien à ses différentes étapes, en tant que choix stratégique palestinien et arabe, basé sur la légalité internationale et sur ses principes, au premier rang desquels figure celui de la terre en contrepartie de la paix, et répondant aux aspirations des peuples de la région à la stabilité et au progrès.

Ce qui nous préoccupe le plus, c'est qu'Israël n'a pas respecté ses engagements, faisant reculer le processus de paix et provoquant un dérapage dangereux.

Nous espérons que la communauté internationale et notamment les co-parrains du processus de paix et l'Union européenne intensifieront leurs efforts afin d'amener Israël à honorer ses engagements et à respecter les accords de paix qu'il a signés de son propre gré et auxquels il ne saurait y avoir d'alternative pour l'instauration de la sécurité souhaitée par tous, de la paix et de la stabilité dans la région.

La Tunisie continuera à apporter un soutien sûr et solide au peuple palestinien dans sa lutte pour le recouvrement de ses droits et l'édification de son Etat, de même qu'aux pays frères, la Syrie et le Liban, pour la libération de leurs territoires occupés. Nous demeurerons, également, partie agissante dans le renforcement de la solidarité et de l'unité des rangs arabes.

Nous poursuivrons, en outre, nos efforts et nos démarches en faveur de la levée de l'embargo imposé aux peuples frères de Libye et d'Irak, afin de mettre fin à leurs souffrances, dans le cadre de la légalité internationale et de la préservation de la dignité et de la souveraineté des Etats et des droits de toutes les parties.

Nous avons porté un intérêt particulier et continu à notre dimension africaine. Nous avons eu l'honneur de présider l'Organisation de l'Unité Africaine en 1994 et de prendre des initiatives en vue de contribuer au règlement des conflits, à l'instauration de la sécurité et de la stabilité et à l'appel à l'élaboration d'un plan international pour le développement de notre continent.
Nous sommes optimistes quant aux incidences de la décision prise par la réunion ministérielle du Conseil de Sécurité, au mois de septembre dernier, qui s'est engagé à accorder à l'Afrique et à son développement la sollicitude voulue. Nous espérons que des mesures pratiques et coordonnées seront prises à l'effet de conforter l'essor que connaissent certaines régions du continent, de mettre fin aux conflits et d'éteindre les foyers de tension dans certaines autres parties de l'Afrique.

Nous avons œuvré à étendre le champ de nos relations internationales en les diversifiant à travers les visites que nous avons effectuées dans certains pays frères et amis en Afrique, en Europe, en Asie, en Amérique du Nord et en Amérique latine et qui ont eu un effet positif sur notre coopération avec ces pays ainsi qu'à travers nos différentes visites aux sièges de l'Organisation des Nations Unies, du Parlement européen, de la FAO, de l'Organisation Internationale du Travail, outre le rôle que nous nous attachons à assumer au sein de la Ligue des Etats Arabes, de l'Organisation de la Conférence Islamique et de l'Organisation de l'Unité Africaine.

Notre attachement constant aux principes du Changement dans nos relations extérieures et la place qu'occupe la Tunisie, grâce à sa crédibilité, dans ses relations avec les pays frères et amis, nous permettront d'aborder le 21e siècle avec confiance en l'avenir, et détermination de gagner les paris et d'assurer à la Tunisie la place qu'elle mérite dans l'environnement international.

J'adresse à nos fils et à nos filles à l'étranger une salutation particulière, en rendant hommage à leur patriotisme, en appréciant leur rôle dans la préservation de l'image rayonnante de la Tunisie et leur contribution à l'œuvre de développement et en réaffirmant notre constante sollicitude envers eux, notre volonté de défendre leurs intérêts et de renforcer leurs liens avec la patrie. Ils sont, en effet, l'un des ponts qui nous relient au monde.

Nous avons constaté auprès d'eux, lors de nos rencontres tant en Allemagne, en Suisse et en Italie qu'au cours de notre récente visite en France, cet enthousiasme, ce patriotisme débordant, ce dévouement à la Tunisie, toutes générations confondues, hommes et femmes. Tout en saluant en eux cet attachement à la mère patrie, nous envisageons avec eux l'avenir avec optimisme et sérénité, car la Tunisie est dans le cœur de tous ses fils et filles qu'ils soient en Tunisie ou à l'étranger.

Citoyens,
Citoyennes,

C'est avec ce souffle nouveau que nous abordons un siècle nouveau ; avec aussi, la détermination accrue d'affronter les défis, et enfin avec l'optimisme et l'assurance de gagner les paris de l'avenir.

Nous renouvelons ensemble l'engagement d'aller de l'avant dans l'effort, le labeur et le sacrifice pour la Tunisie, par fidélité à nos pères et à nos aïeux, par loyauté envers la patrie et par attachement à cette terre.

"Remplissez vos engagements, car on vous en demandera des comptes" (Coran).

Merci de votre attention.

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