Carthage, le 7 novembre 1996
Discours
du Président Zine El Abidine Ben Ali
à l'occasion de la célébration
du IXème anniversaire du Changement
Au
Nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux
Citoyens,
Citoyennes,
Nous célébrons, aujourd'hui, le neuvième
anniversaire du Changement, à l'heure où notre
pays regarde vers l'avenir avec assurance et détermination,
et avec le sérieux qui caractérise son peuple,
son amour du travail, sa propension constante vers le mieux-être
et son adhésion clairvoyante aux choix du Changement,
par fidélité à l'histoire de la Tunisie,
aux sacrifices consentis par ses martyrs et à l'héritage
des pionniers de la Réforme et du Mouvement national.
Nous
avons pris sur nous même de mobiliser les énergies
patentes de notre peuple, pour le progrès et la gloire
de la Tunisie, dans le cadre des valeurs républicaines
et de l'Etat de droit. Les acquis et les réalisations
qui ont été accomplies dans notre pays, avec
la contribution agissante de tous, confortent notre confiance
en l'avenir et renforcent notre volonté de nous engager
dans cette nouvelle étape du processus du Changement,
avec une détermination renouvelée et une conviction
toujours régénérée.
Citoyens,
Citoyennes,
Nos choix de développement sont venus consacrer les
valeurs de pondération et de modération qui
sont l'apanage de la société tunisienne. Nous
n'avons fait prévaloir, en effet, aucune dimension
au détriment des autres, ni une catégorie aux
dépens d'une autre, ni une région par rapport
à une autre. Nous nous sommes employés à
réaliser la complémentarité et l'équilibre
entre les réformes politiques, économiques et
sociales, tant nous sommes convaincus que le développement
de l'une quelconque d'entre elles au détriment des
autres ne peut que perturber notre marche vers le développement
et favoriser les risques de cassure et de disparité.
Si
nous avons opté pour une démarche progressive
et sûre, pour être au diapason de l'évolution
de la société et de ses mutations, c'est parce
que nous sommes persuadés qu'il s'agit là du
meilleur garant de la réussite et de la continuité,
et du meilleur moyen d'éviter les à-coups que
d'autres expériences ont connus ailleurs dans le monde,
faute de tenir compte de ces principes et de l'impératif
de globalité des réformes et de leur insertion
dans un processus cohérent.
Aussi
nous sommes-nous préoccupés, lorsque nous avons
opté pour la libération de l'initiative, la
restructuration de l'économie nationale et la promotion
de ses composantes, de ne pas nous limiter aux solutions conjoncturelles,
connaissant les incidences sociales que celles-ci peuvent
avoir, ni nous contenter de les accompagner de mesures habituelles,
limitées dans leur envergure comme dans leurs effets.
Nous
avons fondé notre approche du développement
sur la liaison étroite entre les dimensions économique
et sociale, et intégré nos réformes sociales
dans une vision cohérente et humaniste dans ses fondements
comme dans ses finalités, de manière à
garantir au citoyen ses droits fondamentaux à une vie
digne, à un milieu décent et à un environnement
sain. Nous nous sommes également employés à
assurer au Tunisien les attributs de la citoyenneté,
en confortant ses chances en matière d'emploi, de revenus
et de participation à la vie publique. Nous avons en
outre consolidé les secteurs de la santé, de
l'habitat et de l'enseignement, tout en veillant à
garantir l'intégrité du tissu social, au niveau
de la famille, de la solidarité entre les générations
et de la protection des catégories économiquement
faibles.
Ce
faisant, nous n'avons négligé aucune région,
si éloignée ou difficilement accessible soit-elle,
afin qu'aucune partie de la société ne reste
à l'écart du développement national.
C'est dans cette optique que nous avons créé
le Fonds de Solidarité Nationale et ravivé en
notre peuple, le sens de la bienfaisance et de l'entraide,
pour que cette réalisation qui est si caractéristique
de l'expérience de notre pays, soit l'un des pôles
de notre politique en faveur de la répartition équitable
des fruits du développement et de l'égalité
des chances entre tous les citoyens, partout où ils
se trouvent. Aussi avons-nous inclus dans le champ d'intervention
du FSN des programmes de production et d'emploi, dans le but
d'en intégrer les bénéficiaires dans
le circuit de l'économie et de consolider leurs sources
de revenus.
Citoyens,
Citoyennes,
A travers l'approche stratégique que nous avons adoptée,
nous avons oeuvré à doter notre pays des attributs
essentiels du développement durable et à le
préparer au mieux aux exigences d'une croissance continue
et harmonieuse et à l'assimilation des mutations mondiales
et de leurs difficultés potentielles.
La
rationalité de notre démarche et la pertinence
de nos choix se sont confirmées à travers le
degré d'invulnérabilité auquel est parvenue
notre économie nationale, l'amélioration de
son aptitude à interagir avec l'étranger, la
diversification du système de production et le relèvement
du taux de rentabilité et d'efficacité dans
les différents secteurs. D'importants acquis ont pu
voir le jour, en dépit des incidences négatives
de la conjoncture internationale et des variations climatiques.
Ainsi, le taux de croissance s'est élevé en
moyenne à 4,6% au cours de ces dernières années,
tandis que le rythme des exportations progressait de 7% en
moyenne ; ce qui illustre les étapes que l'économie
nationale a franchies au plan de l'ouverture sur l'extérieur,
tout autant que le renforcement de sa compétitivité.
Ces
performances encourageantes se sont accompagnées de
la création de près de 290 mille emplois nouveaux,
durant le huitième Plan, outre la préservation
du niveau des transferts sociaux et des dépenses sociales,
qui a été maintenu dans les limites de 19% du
Produit Intérieur Brut, ainsi que la poursuite des
augmentations de salaires tout au long des neuf années
écoulées, contrairement à ce qui se produit
dans bon nombre d'autres pays. Ceci en plus des mesures qui
ont été adoptées en vue d'améliorer
les conditions de travail et de consolider le climat social.
Le
secteur de la santé, pour sa part, a atteint dans notre
pays un niveau élevé de développement,
comme en témoignent divers indicateurs au nombre desquels
je citerais l'augmentation de l'espérance de vie à
la naissance, qui a dépassé 71 ans en moyenne
et la diminution du taux de mortalité infantile, qui
est tombé à moins de 30 pour mille.
Nous
avons par ailleurs accordé au secteur de l'habitat
une place particulière, tant il représente l'un
des attributs de la dignité en même temps qu'un
facteur de stabilité et de quiétude. Nous avons
ainsi consenti à ce secteur, des encouragements et
des incitations qui lui permettent tout à la fois de
répondre aux besoins des diverses catégories
sociales et de tenir compte des données spécifiques
des catégories à faibles revenus. Nous veillerons
à donner à ce secteur une nouvelle impulsion,
afin d'enrichir quantitativement et qualitativement notre
patrimoine d'habitat et de conforter notre développement
économique et social.
Convaincus
que nous sommes que l'action sociale dans l'ensemble de ces
secteurs, constitue à la fois un devoir national et
une responsabilité engageant l'ensemble de la collectivité,
nous avons encouragé la formation d'associations à
l'effet d'appuyer les efforts de l'Etat dans les domaines
de la solidarité et de l'entraide entre les différentes
couches de la société.
Citoyens,
Citoyennes,
C'est une nouvelle étape de notre processus de développement
que nous entamons, à l'heure où la conjoncture
mondiale connaît les mutations les plus profondes. Nous
nous devons d'exploiter au mieux toutes les opportunités
et toutes les possibilités qui s'offrent à nous,
pour hisser la Tunisie au rang des pays développés.
Cet
objectif, nous ne pourrons l'atteindre qu'en mobilisant toutes
les énergies et en renforçant, auprès
de tous les citoyens, la conviction que la réussite
de la stratégie d'avenir constitue un devoir national
et une responsabilité engageant toutes les parties
et tous les individus, partout où ils se trouvent.
Voilà bien ce qui commande à chacun d'entre
nous, le devoir de faire preuve de labeur de persévérance,
de sérieux et d'amour du travail bien fait, d'utiliser
au mieux l'intégralité du temps de production
et de rompre définitivement avec des phénomènes
qui sont des entraves à l'efficacité et à
la productivité, des phénomènes tels
que l'absentéisme et les périodes de congé
prolongées, mal organisées et mal réparties.
La
célébration du neuvième anniversaire
du Changement intervient dans une période qui constitue,
en quelque sorte, la charnière entre deux plans de
développement, celui du parachèvement des réformes,
d'une part, et celui de la préparation d'une étape
nouvelle, d'autre part. Il s'agit d'une phase privilégiée
de notre progression vers le siècle prochain. C'est
la raison pour laquelle nous avons intégré le
neuvième Plan dans une approche à long terme,
fondée sur des études stratégiques préliminaires
couvrant l'ensemble des secteurs et dimensions qui sont en
rapport avec la réalisation du développement
durable, tels que la protection de l'environnement et le développement
des ressources en eau. C'est que l'une des significations
pérennes du Changement réside dans le devoir
de respecter les droits des générations à
venir.
Nous
nous sommes employés à faire en sorte que le
neuvième Plan reflète les conclusions de la
consultation nationale qui a été organisée
en 1995, pour l'exploration des perspectives du vingt-et-unième
siècle, avec la contribution de toutes les parties.
Nous avons par la suite étendu cette consultation aux
jeunes, tant nous avons foi en leur rôle vital dans
la stimulation de notre processus de développement
et la garantie de sa continuité au fil des générations.
Car, la construction de l'avenir est une oeuvre qui ne peut
s'accomplir sans la participation des jeunes.
Nous
sommes fermement déterminés à hisser
les régions au rang de partenaire responsable et agissant,
non seulement dans la définition de la stratégie
d'avenir et de ses objectifs, mais aussi dans sa concrétisation
et sa réussite. Dans cette optique, nous accorderons
une attention accrue aux régions intérieures
et à la zone intermédiaire, pour en faire un
trait-d'union entre le littoral et le reste du pays.
Citoyens,
Citoyennes,
C'est le schéma de développement et les objectifs
ambitieux que nous avons fixés pour le pays, pour les
années à venir, qui nous ont incités
à adopter la mise à niveau intégrale
de l'économie nationale, comme devise et axe central
du neuvième Plan, s'agissant de promouvoir nos entreprises
à un niveau de compétence, d'organisation et
de maîtrise de la qualité, des coûts et
des techniques modernes de production, qui l'habilite à
affronter la concurrence mondiale.
Il
ne peut y avoir de progrès sans l'enracinement de la
culture de l'excellence et de la compétition en vue
d'atteindre le mieux constant. De surcroît, il est devenu
impératif d'identifier de nouvelles sources pour la
croissance et l'amélioration de la productivité.
C'est ce qui doit inciter les partenaires sociaux, tant au
sein de l'entreprise que dans son environnement, à
assumer leurs responsabilités dans l'approfondissement
de la prise de conscience vis-à-vis des exigences de
l'étape en cours, et à accomplir le travail
voulu, avec zèle et assiduité, à tous
les niveaux, pour assurer la réussite de la mise à
niveau pour laquelle l'Etat a aménagé le cadre
requis, ainsi que les conditions et les encouragements appropriés.
Au
cours du prochain Plan, nous porterons nos efforts sur la
consolidation de l'infrastructure dans les secteurs du transport
et des communications, en tant que supports stratégiques
du développement de la production et de son écoulement.
Dans cette perspective, nous avons donné des instructions
en vue de l'élaboration d'un programme cohérent
pour l'aménagement et l'élargissement de plus
de 2500 kilomètres de routes et de 2000 kilomètres
de pistes agricoles, outre l'extension du réseau d'autoroutes,
la construction d'échangeurs dans les grandes villes,
l'amélioration des routes secondaires, ainsi que le
renforcement et la modernisation du réseau de communications
téléphoniques.
Nous
avons en outre inclus dans le Plan, la création de
pas moins de 26 nouvelles zones industrielles, dans les diverses
régions du pays. Ces zones qui couvriront au total
plus de 600 hectares entièrement aménagés,
offriront aux entreprises économiques les meilleures
conditions d'installation et de production.
Citoyens,
Citoyennes,
Les indices prometteurs que nous commençons à
observer au niveau de la réalisation ou de notre rapprochement
de l'auto-suffisance, dans bon nombre de produits alimentaires,
témoignent de l'aptitude de l'agriculture tunisienne
à satisfaire la majeure partie de nos besoins alimentaires.
Gagner ce pari, dans le contexte des développements
rapides qui se produisent dans le domaine agricole partout
dans le monde, est une entreprise qui exige de toutes les
parties un labeur quotidien et continu, en même temps
qu'une prise de conscience profonde face aux défis
qui guetteront ce secteur pendant la période à
venir, surtout après le parachèvement de la
mise en place d'une zone de libre échange avec l'Union
Européenne.
Nous comptons sur les compétences tunisiennes, chercheurs
et ingénieurs, pour encadrer nos agriculteurs afin
qu'ils puissent se préparer pour la mise à niveau
de leur secteur et le renforcement de ses aptitudes à
faire face à la concurrence intérieure et extérieure.
Il
appartient, en outre, aux animateurs de ce secteur, de redoubler
d'efforts pour promouvoir le tissu agricole et agro-alimentaire
et pour accorder aux circuits de production, de conditionnement,
de transformation et de commercialisation, l'attention qu'ils
méritent, afin de ne pas être pris au dépourvu
par une production trop abondante, la chute des prix de certains
produits, ou par des années difficiles.
La
gestion rationnelle de nos ressources en eau constitue un
devoir patriotique dont le consommateur tout autant que l'industriel,
l'entreprise touristique et l'agriculteur, doivent saisir
toute l'importance. Nous avons d'ores et déjà
avancé considérablement dans la mise en oeuvre
de la stratégie nationale de mobilisation des ressources
en eau, la vulgarisation des techniques d'économie
dans la consommation de l'eau et son utilisation rationnelle.
Nous nous emploierons à parachever l'exécution
de cette stratégie, pour la réalisation de nos
objectifs en la matière, à travers la construction
de barrages, d'aménagement de lacs collinaires et le
forage de puits profonds, d'autant que nos compétences
nationales se sont consolidées dans ce domaine.
Citoyens,
Citoyennes,
La conjoncture présente impose l'octroi d'une attention
accrue aux ressources humaines, tant au sein de l'entreprise
que dans son environnement, de manière à acquérir
de hautes compétences et qualifications. Aussi avons-nous
accordé une attention particulière à
la formation professionnelle, dont nous avons diversifié
les branches et les spécialités, tout en rationalisant
davantage leur adéquation aux besoins des différents
secteurs, en vue d'assurer quelques 60 mille postes de formation,
d'ici la fin du neuvième Plan.
La
Tunisie n'a ménagé aucun effort pour promouvoir
l'éducation et la formation. A cet égard, nous
exhortons le personnel éducatif à déployer
les efforts nécessaires pour que l'école soit
au diapason de son époque, en choisissant les programmes
les plus efficaces et en épargnant aux élèves
et étudiants les méthodes didactiques et les
"bourrages de crâne". De nos jours, en effet,
l'explosion des connaissances impose la concentration des
efforts sur la nécessité de doter l'élève
des aptitudes essentielles requises pour assimiler la substance
du savoir, sans négliger tout élément
nouveau. C'est là un équilibre qui se situe
dans le droit-fil de l'appel que nous avions lancé
en vue de la réflexion concernant l'école de
demain, une école qui prépare pour l'avenir
sans éluder le présent.
Le
Changement a parié sur la femme Tunisienne. Ce qui
est rassurant quant aux perspectives d'avenir de celle-ci,
c'est l'augmentation notable du taux de scolarisation des
filles, d'une année à l'autre. Cette année,
ce taux a été, en moyenne générale,
supérieur à 89%, tandis que le taux d'inscription
des filles en première année de l'enseignement
de base passait à près de 99%. De même,
le pourcentage de jeunes filles dans les sections scientifiques,
techniques et économiques de l'enseignement secondaire,
s'est élevé à plus de 52% de l'ensemble
des élèves inscrits dans ces sections.
De
surcroît, nous avons accordé une sollicitude
particulière à l'enseignement supérieur,
en prévision de l'accroissement prévisible du
nombre des étudiants durant les années à
venir, et cela en oeuvrant à assurer la capacité
d'accueil requise, à la création de nouveaux
pôles universitaires et à l'adéquation
des différentes filières et spécialisations
par rapport aux besoins du pays en compétences de haut
niveau.
L'intégration
de la recherche scientifique dans la dynamique du développement,
dans ses diverses dimensions, représente, dans ce contexte,
une nécessité impérative, si nous voulons
acquérir les connaissances théoriques les plus
avancées et assimiler les sciences appliquées
les plus modernes.
Si
j'évoque ce problème, c'est pour insister une
fois de plus, sur la nécessité d'accorder un
soin particulier à la recherche tant théorique
que pratique, dans les humanités et les sciences sociales,
en vue d'assurer la réussite de la mise à niveau,
de réaliser un bond qualitatif authentique et d'être
en mesure de réagir aux effets sociaux et culturels
du progrès. Il s'agit, en effet, de domaines qui permettent
de comprendre de manière plus approfondie, les différents
phénomènes et variations, et d'assurer l'équilibre
entre les aspects matériels de la vie de société,
d'une part, et les aspects sociaux et intellectuels, d'autre
part. C'est que les expériences ont démontré
la relativité des approches en la matière, d'un
pays à un autre, et l'impératif qu'il y a, pour
chaque société, d'y posséder ses potentialités
propres.
Citoyens,
Citoyennes,
Dans la stimulation de notre processus de développement,
nous avons compté, d'abord et surtout, sur nous mêmes,
tout en nous attachant à promouvoir notre coopération
et notre partenariat avec les pays frères et amis et
les institutions internationales et régionales, s'agissant
là de facteurs d'appui à l'effort national.
Depuis
le Changement et jusqu'à fin 1995, le volume de l'investissement
extérieur a totalisé près de 2700 millions
de dinars, dont 533 millions de dinars durant les premières
années du Plan. C'est ce qui a permis l'implantation
de plus de 840 projets industriels et la création de
plus de 56 mille emplois nouveaux.
Je
tiens à saisir cette occasion pour exprimer toute notre
fierté et notre considération pour la réaction
positive de nos partenaires étrangers, dans les domaines
de la coopération financière et de l'investissement,
ce qui illustre bien la crédibilité de notre
pays et la confiance sans cesse accrue dont il jouit désormais
dans le monde de la finance et des affaires.
La
préparation de l'étape à venir en matière
de libéralisation des échanges commerciaux,
suite à l'ouverture de l'économie tunisienne
aux marchés extérieurs, commande d'agir dès
maintenant en vue d'assurer la compétitivité
de nos entreprises. A cet égard, il est naturel que
nous accordions aux entreprises tunisiennes ou étrangères
exclusivement exportatrices établies dans notre pays,
la priorité dans l'accès au marché national,
de manière à consolider l'effort qu'elles déploient
dans la création d'emplois et la contribution qu'elles
apportent à l'économie nationale. Aussi avons-nous
donné des directives en vue de la révision du
régime auquel ces entreprises sont actuellement soumises
et qui les empêche de commercialiser plus de 20% de
leur production sur le marché intérieur en accord
avec la progression du pays vers la libéralisation
des échanges avec l'extérieur.
Nous
avons en outre donné des instructions en vue d'engager
des négociations avec les autres pays auxquels nous
lient des relations commerciales, hors de l'Union Européenne,
de manière à harmoniser leurs tarifs douaniers
avec ceux de la Tunisie, à l'instar du système
appliqué dans le cadre de l'accord de partenariat avec
l'Europe.
Au
vu des progrès accomplis dans le domaine de la maîtrise
du taux d'inflation et dans le but de faciliter les conditions
de financement et de crédit, pour stimuler l'investissement
et le dynamisme des entreprises tunisiennes, nous avons décidé
de réduire d'un point la moyenne du taux d'intérêt
pratiqué sur le marché monétaire, parallèlement
à la réduction de deux points, de la prime de
couverture des risques de change pour les banques de développement,
et cela en matière de crédits à l'investissement.
C'est ce qui permettra de progresser graduellement vers l'assouplissement
souhaité des taux d'intérêt, en tant qu'instrument
d'équilibrage du marché monétaire et
un des facteurs de dynamisme économique.
D'un
autre côté, nous avons également ordonné
l'allégement, à raison de deux points, des charges
sociales de l'entreprise, ce qui constitue un stimulant supplémentaire
en faveur de la mise à niveau de celle-ci, de l'amélioration
de son efficacité et de la préservation de ses
fonctions sociales, et ceci en plus de la simplification des
conditions d'allégement de la contribution au régime
assurance-maladie géré par la Caisse Nationale
de Sécurité Sociale, pour les entreprises qui
souscrivent aux régimes d'assurance groupe.
Nous
avons également décidé d'exempter les
salariés du paiement de la dernière tranche,
programmée pour le 1er juillet 1997, de l'augmentation
de leur cotisation à la Caisse de Sécurité
Sociale, au titre du régime de retraite.
Citoyens,
Citoyennes,
Tout au long de son histoire, la Tunisie s'est toujours distinguée
par son rayonnement intellectuel et culturel et ses apports
féconds au savoir universel. Les progrès qui
s'accomplissent aujourd'hui dans le monde, nous commandent
d'oeuvrer à hisser notre production culturelle à
un niveau qui lui permette de gagner les paris de la mondialisation
dans ce domaine et d'avoir une présence active sur
la scène internationale, contribuant ce faisant à
la consolidation de notre identité civilisationnelle
et à la réalisation des ambitions de notre peuple.
Depuis
le Changement, nous nous sommes préoccupés de
réhabiliter la culture et d'en encourager les créateurs.
Nous avons adopté vis-à-vis de ce secteur, pour
une politique qui tient compte de la richesse de notre patrimoine
national et de la nécessité d'en assurer la
conservation, tout en favorisant la diffusion des hautes valeurs
intellectuelles et universelles.
Le
fait que l'UNESCO ait choisi la Tunisie comme capitale culturelle
pour l'année 1997, est une reconnaissance de son statut
civilisationnel et des importants acquis réalisés
depuis le Changement. Nous nous emploierons à faire
de cette année une étape lumineuse dans notre
progression culturelle nationale, et constitue une occasion
propice à un effort accru pour faire connaître
nos créateurs et diffuser leurs oeuvres à l'étranger.
L'information,
quant à elle, joue un rôle essentiel dans le
renforcement de la dynamique que vit notre pays. Elle est
investie d'une responsabilité particulière dans
la consolidation de la culture démocratique et des
valeurs et principes du pluralisme culturel et politique.
Tout
au long de la période écoulée, nous avons
oeuvré à hisser ce secteur au niveau souhaité
et à favoriser son intégration dans la révolution
que connaît le secteur des communications, afin de faire
mieux connaître notre civilisation, nos acquis et nos
réalisations.
Ce
sont là autant d'efforts qui ont conduit au raffermissement
du tissu médiatique et à l'extension de l'espace
des communications intérieures et extérieures,
qui vient de se consolider à la faveur de la connexion
au plus grand réseau informatique mondial et auquel
s'ajoute, à compter d'aujourd'hui, le démarrage
du TELETEXTE. Celui-ci met désormais à la portée
des citoyens et des usagers étrangers, divers services
en plusieurs langues, facilite leurs travaux et leurs conditions
de vie quotidiennes et fournit à l'information, les
moyens et les données requises pour qu'elle assume
sa fonction et renforce son rendement, dans les meilleures
conditions.
Tout
en soulignant la vitalité qui caractérise ce
secteur, nous estimons que le discours médiatique continue
d'avoir besoin d'un surcroît d'évolution et de
requérir l'élimination de certaines habitudes
anciennes qui n'ont plus de justification dans un climat démocratique
et pluraliste dans lequel sont respectées les règles
de déontologie de la profession, ainsi que la liberté
d'opinion et d'expression.
Compte-tenu
de l'importance du rôle dévolu à l'information
destinée à la jeunesse, dans l'initiation à
la citoyenneté, au comportement civilisé et
à une culture saine, ainsi que de l'espace que ce secteur
offre à l'expression et à la créativité,
nous avons ordonné l'extension de l'aire d'émission
et de couverture de la Radio des Jeunes, de manière
à porter de 12 heures à 18 heures consécutives
par jour le temps d'émission et à permettre
à toute la population du pays, dans toutes les régions,
de capter ses programmes.
Dans
le but d'encourager la participation des compétences,
experts, spécialistes et autres personnes attaché
à la production et au travail journalistiques, nous
avons donné des directives en vue d'accroître
le volume du travail journalistique occasionnel non soumis
à cotisation à la sécurité sociale.
Citoyens,
Citoyennes,
Les droits de l'Homme dans leur acception exhaustive, font
partie des constantes et des choix fondamentaux du Changement
que nous nous employons quotidiennement à consacrer,
au niveau tant des législations que des institutions
et de la pratique.
Nous
sommes soucieux de consacrer les droits de tous, que ce soit
au moyen des réformes que nous avons introduites dans
l'organisation des tribunaux et dans les procédures
devant la justice, ou bien à travers la consécration
du principe de la gratuité de la justice, au moyen
de la suppression de la taxe de publication et de l'exemption
des droits d'enregistrement d'un ensemble de jugements ayant
trait à des aspects sociaux. Toutefois, l'on constate
que dans nombre d'affaires, le justiciable en bon droit se
trouve dans l'impossibilité de mettre en application
le jugement rendu en sa faveur ou de faire recours contre
un jugement, du fait que ces procédures sont subordonnées
au paiement des frais d'enregistrement préalablement
à l'obtention des copies exécutoires des jugements.
C'est ce qui empêche tout particulièrement les
justiciables à faible revenu, de rentrer dans leurs
droits. Aussi avons-nous ordonné l'examen des méthodes
qui permettent de faciliter l'exécution des jugements,
moyennant leur enregistrement aux frais minima, dans une première
étape, puis le paiement de la taxe proportionnelle
exigible, après l'exécution du jugement, étant
entendu que les citoyens économiquement faibles ou
démunis en seront dispensés, suivant des critères
objectifs et équitables.
Dès
le début du Changement, nous avons supprimé
la peine de travaux forcés et ratifié sans aucune
réserve la Convention Internationale contre la Torture.
C'est le respect que nous vouons à l'être humain
qui, nous a incité, depuis que nous avons accédé
à la Présidence de la République, à
ne pas entériner, avec les pouvoirs dont nous sommes
investi, l'exécution des condamnations à la
peine capitale, sauf en de très rares circonstances.
Dans certains autres cas, nous avons commué ces peines
en détention à perpétuité. Nous
continuerons d'agir selon ce principe et de le consacrer,
tant nous avons foi en le droit imprescriptible à la
vie.
Nous
avons la volonté inébranlable de continuer à
consolider le processus démocratique et pluraliste
que nous avons choisi pour la Tunisie, dans le cadre des principes
républicains, des valeurs de l'Etat de droit et de
la consultation du peuple en tout ce qui se rapporte à
ses grandes causes. En maintes circonstances, nous avons affirmé
notre attachement à faire évoluer les législations,
pour les adapter aux mutations sociales, et à envisager,
le cas échéant, la révision des articles
de la Constitution, à la lumière de ces mêmes
principes.
Dans
le sens de la consécration de la souveraineté
du peuple et de l'expression de sa volonté, nous nous
emploierons à élargir l'aire du référendum
prévu par la Constitution. Ceci outre l'amendement
de certaines dispositions du Code électoral, afin de
garantir aux partis d'opposition, davantage de chances de
remporter des sièges au sein des conseils municipaux,
conformément à l'annonce que j'avais faite lors
de la célébration du huitième anniversaire
du Changement, et de consacrer nos choix en faveur de la consolidation
accrue des libertés et de la concrétisation
du pluralisme au sein des instances représentatives.
Nous
nous attacherons à consulter en la matière,
les partis politiques et les organisations nationales, ainsi
que les compétences et autres partenaires au sein de
la société civile, de manière à
matérialiser les constantes qui sont les nôtres
et qui visent à associer toutes les parties aux principaux
problèmes qui intéressent la marche du pays.
D'un
autre côté, nous avons donné des instructions
en vue de l'élaboration du cadre législatif
qui doit régir le financement public des partis, de
manière à renforcer les ressources de ces derniers
et de garantir l'accomplissement de leur rôle politique
et de leurs fonctions d'encadrement, de diffusion de la culture
démocratique et de mobilisation des forces vives du
pays, pour le plus grand bien de la Tunisie et de ses intérêts.
Un projet de loi dans ce sens, sera soumis à la Chambre
des Députés au cours de la session actuelle.
Citoyens,
Citoyennes,
La sollicitude dont nous entourons les Tunisiens établis
à l'étranger, est l'une de nos constantes. Nous
sommes déterminés à continuer d'oeuvrer
assidûment à entretenir l'amour de la patrie
parmi les nouvelles générations de l'émigration,
et cela au moyen des nombreux programmes qui leur sont destinés
et du renforcement de l'encadrement de la femme et de la famille
résidant à l'étranger, de manière
à raffermir les liens qui les unissent à la
Tunisie et à favoriser l'équilibre de leur personnalité
et la confirmation de leur identité.
Nous
sommes fiers de la richesse humaine qui caractérise
les colonies tunisiennes établies à l'étranger.
Nous sommes également fiers de leurs élites
et de leurs compétences qui apportent leur concours
au renforcement du rayonnement de notre pays et à la
consolidation de son prestige. A cet égard, je voudrais
insister, une fois de plus, sur la nécessité
d'offrir davantage d'opportunités et d'encouragements
à ces élites pour qu'elles apportent leur participation
aux divers volets de la vie nationale.
Citoyens,
Citoyennes,
La Tunisie a apporté son soutien à toutes les
causes justes dans le monde. Elle ne s'est jamais départie
de ses positions constantes qui se fondent sur les principes
de paix, de coopération et de solidarité.
Depuis
les positions qui sont les nôtres, nous déployons
des efforts sincères pour contribuer à l'éloignement
du spectre de la misère et de la faim dans le monde
et à la prévention des dangers de discorde,
de conflit et de guerre dans bon nombre de ses régions,
afin que l'être humain puisse se consacrer à
la construction d'un avenir sûr, en harmonie avec les
progrès accomplis par l'humanité dans les divers
domaines.
Nous
nous sommes invariablement préoccupés de respecter
la légalité internationale et les valeurs de
fraternité humaine, en nous attachant au respect de
la souveraineté des Etats et du droit des peuples à
l'autodétermination, ainsi qu'à l'impératif
de rupture avec la politique des "deux poids, deux mesures"
qui a, en maintes circonstances, affaibli la cohésion
de la communauté internationale et l'efficacité
du système onusien.
Tout
en le rappelant, nous réaffirmons nos choix et nos
constantes historiques et civilisationnelles qui sous-tendent
nos relations avec notre environnement international tant
immédiat que lointain.
L'unité
Maghrébine est une ambition historique de l'ensemble
de nos peuples et un objectif stratégique que nous
nous employons avec le plus grand sérieux, à
concrétiser. Nous avons le ferme espoir de réaliser
nos ambitions dans ce domaine, à la faveur de la volonté
qui anime nos frères, les dirigeants des Etats de l'Union
du Maghreb Arabe, et de leur attachement à transcender
les difficultés conjoncturelles qui peuvent surgir
sur la voie du parachèvement de l'édifice maghrébin.
Nous
devons d'autant plus hâter le pas dans cette direction
que le volume des échanges entre les Etats de l'union
est presque insignifiant par rapport à celui des échanges
avec l'extérieur. C'est ce qui nous incite à
oeuvrer davantage, de concert avec nos frères au sein
de l'UMA, en vue de concrétiser le projet de zone de
libre échange, afin que l'Union Maghrébine devienne
réellement une zone d'excellence et un pôle actif
dans nos transactions avec les autres partenaires et notamment
avec l'Union Européenne et les autres pays de la Méditerranée.
Voilà
bien ce qui, à l'évidence, est en parfaite harmonie
avec nos efforts continus en faveur du renforcement de l'action
arabe commune, de la consolidation de ses cadres et plateformes
et de la dynamisation des relations de fraternité et
de voisinage entre pays frères.
Autant
nous avions exprimé notre satisfaction, lors des premières
phases du démarrage du processus de paix au Moyen Orient,
autant nous proclamons aujourd'hui notre vive préoccupation
au vu des à-coups qui marquent les pourparlers israélo-palestiniens,
d'une part, et de l'interruption du processus au niveau israélo-syrien
et israélo-libanais, d'autre part, du fait de l'attitude
intransigeante d'Israël. Il est indispensable que tous
les efforts, et tout particulièrement ceux des deux
co-parrains de la paix, se conjuguent pour faire avancer ces
négociations et assurer le respect des accords signés
et la consécration du principe : "la terre contre
la paix".
Réaliser
ces objectifs est essentiel pour la propagation de la paix
et de la stabilité et la garantie des chances de développement
et de coopération dans toute la région méditerranéenne.
Nous continuons d'oeuvrer, d'autre part, en faveur de la levée
du blocus imposé à l'encontre des peuples libyen
et irakien frères, et cela dans le cadre du respect
de la légalité internationale et de la préservation
des droits et de la souveraineté de ces deux pays.
Nous
poursuivrons en outre nos démarches en faveur de la
consécration du droit du continent africain à
un avenir stable et sûr, au développement et
au progrès pour que puisse être circonscrit le
conflit en cours dans la région des grands lacs et
dont les retombées commencent à s'étendre
aux pays voisins, mettant en danger toute la partie centrale
du continent africain.
A
cette occasion, nous exhortons tous les Etats membres de l'Organisation
de l'Unité Africaine à apporter un surcroît
de soutien et de contribution aux efforts de paix et de conciliation
et au renforcement du mécanisme créé
dans le cadre de cette organisation, pour le règlement
et la prévention des conflits.
Nous
sommes persuadés que les valeurs de tolérance,
de coopération et de solidarité, sont autant
de fondements qu'il appartient à la communauté
internationale d'oeuvrer à concrétiser dans
ses relations avec les différents mécanismes
onusiens et régionaux. L'humanité tout entière
est tenue, à l'heure où elle aborde un siècle
nouveau, de déployer des efforts réels et sincères,
pour consacrer ces idéaux, afin de garantir le devenir
de tous ses peuples, dans une époque marquée
par l'interdépendance des intérêts, la
complexité des mécanismes de la mondialisation,
et le développement des sciences, des technologies
et des conditions de bien-être, sans que régressent
pour autant les moyens de destruction et de mort. C'est que
les nouvelles réalités des relations internationales
commandent la mise en place d'éthiques universelles
régissant ces relations et de constantes que tous se
devront de respecter, pour que la terre soit un monde de sécurité,
de paix et de coopération pour nos générations
à venir.
Citoyens,
Citoyennes,
C'est un nouvel élan que nous voulons donner au processus
du Changement, et une détermination inflexible en vue
de faire avancer la Tunisie que nous voulons concrétiser
à travers le labeur et l'effort. C'est aussi une étape
nouvelle dans laquelle nous voulons nous engager avec le maximum
de chances de réussite.
Le
peuple tunisien, fidèle à sa civilisation, à
son histoire et aux choix du Changement; ce peuple qui a su,
par son enthousiasme, sa solidarité et sa détermination,
démontrer que la Tunisie appartient à tous les
Tunisiens et que tous les Tunisiens sont au service de la
Tunisie, saura également, de par la volonté
qui est la sienne, être une fois de plus au rendez-vous
de l'histoire, pour la gloire de la patrie et par fidélité
aux engagements pris.
Dieu
Tout-Puissant a dit :"Honorez vos promesses. La promesse
est une responsabilité" (Coran).
Merci
de votre attention.
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