DISCOURS

Carthage, le 7 novembre 1996

Discours du Président Zine El Abidine Ben Ali
à l'occasion de la célébration
du IXème anniversaire du Changement

Au Nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux

Citoyens,
Citoyennes,

Nous célébrons, aujourd'hui, le neuvième anniversaire du Changement, à l'heure où notre pays regarde vers l'avenir avec assurance et détermination, et avec le sérieux qui caractérise son peuple, son amour du travail, sa propension constante vers le mieux-être et son adhésion clairvoyante aux choix du Changement, par fidélité à l'histoire de la Tunisie, aux sacrifices consentis par ses martyrs et à l'héritage des pionniers de la Réforme et du Mouvement national.

Nous avons pris sur nous même de mobiliser les énergies patentes de notre peuple, pour le progrès et la gloire de la Tunisie, dans le cadre des valeurs républicaines et de l'Etat de droit. Les acquis et les réalisations qui ont été accomplies dans notre pays, avec la contribution agissante de tous, confortent notre confiance en l'avenir et renforcent notre volonté de nous engager dans cette nouvelle étape du processus du Changement, avec une détermination renouvelée et une conviction toujours régénérée.

Citoyens,
Citoyennes,

Nos choix de développement sont venus consacrer les valeurs de pondération et de modération qui sont l'apanage de la société tunisienne. Nous n'avons fait prévaloir, en effet, aucune dimension au détriment des autres, ni une catégorie aux dépens d'une autre, ni une région par rapport à une autre. Nous nous sommes employés à réaliser la complémentarité et l'équilibre entre les réformes politiques, économiques et sociales, tant nous sommes convaincus que le développement de l'une quelconque d'entre elles au détriment des autres ne peut que perturber notre marche vers le développement et favoriser les risques de cassure et de disparité.

Si nous avons opté pour une démarche progressive et sûre, pour être au diapason de l'évolution de la société et de ses mutations, c'est parce que nous sommes persuadés qu'il s'agit là du meilleur garant de la réussite et de la continuité, et du meilleur moyen d'éviter les à-coups que d'autres expériences ont connus ailleurs dans le monde, faute de tenir compte de ces principes et de l'impératif de globalité des réformes et de leur insertion dans un processus cohérent.

Aussi nous sommes-nous préoccupés, lorsque nous avons opté pour la libération de l'initiative, la restructuration de l'économie nationale et la promotion de ses composantes, de ne pas nous limiter aux solutions conjoncturelles, connaissant les incidences sociales que celles-ci peuvent avoir, ni nous contenter de les accompagner de mesures habituelles, limitées dans leur envergure comme dans leurs effets.

Nous avons fondé notre approche du développement sur la liaison étroite entre les dimensions économique et sociale, et intégré nos réformes sociales dans une vision cohérente et humaniste dans ses fondements comme dans ses finalités, de manière à garantir au citoyen ses droits fondamentaux à une vie digne, à un milieu décent et à un environnement sain. Nous nous sommes également employés à assurer au Tunisien les attributs de la citoyenneté, en confortant ses chances en matière d'emploi, de revenus et de participation à la vie publique. Nous avons en outre consolidé les secteurs de la santé, de l'habitat et de l'enseignement, tout en veillant à garantir l'intégrité du tissu social, au niveau de la famille, de la solidarité entre les générations et de la protection des catégories économiquement faibles.

Ce faisant, nous n'avons négligé aucune région, si éloignée ou difficilement accessible soit-elle, afin qu'aucune partie de la société ne reste à l'écart du développement national. C'est dans cette optique que nous avons créé le Fonds de Solidarité Nationale et ravivé en notre peuple, le sens de la bienfaisance et de l'entraide, pour que cette réalisation qui est si caractéristique de l'expérience de notre pays, soit l'un des pôles de notre politique en faveur de la répartition équitable des fruits du développement et de l'égalité des chances entre tous les citoyens, partout où ils se trouvent. Aussi avons-nous inclus dans le champ d'intervention du FSN des programmes de production et d'emploi, dans le but d'en intégrer les bénéficiaires dans le circuit de l'économie et de consolider leurs sources de revenus.

Citoyens,
Citoyennes,

A travers l'approche stratégique que nous avons adoptée, nous avons oeuvré à doter notre pays des attributs essentiels du développement durable et à le préparer au mieux aux exigences d'une croissance continue et harmonieuse et à l'assimilation des mutations mondiales et de leurs difficultés potentielles.

La rationalité de notre démarche et la pertinence de nos choix se sont confirmées à travers le degré d'invulnérabilité auquel est parvenue notre économie nationale, l'amélioration de son aptitude à interagir avec l'étranger, la diversification du système de production et le relèvement du taux de rentabilité et d'efficacité dans les différents secteurs. D'importants acquis ont pu voir le jour, en dépit des incidences négatives de la conjoncture internationale et des variations climatiques. Ainsi, le taux de croissance s'est élevé en moyenne à 4,6% au cours de ces dernières années, tandis que le rythme des exportations progressait de 7% en moyenne ; ce qui illustre les étapes que l'économie nationale a franchies au plan de l'ouverture sur l'extérieur, tout autant que le renforcement de sa compétitivité.

Ces performances encourageantes se sont accompagnées de la création de près de 290 mille emplois nouveaux, durant le huitième Plan, outre la préservation du niveau des transferts sociaux et des dépenses sociales, qui a été maintenu dans les limites de 19% du Produit Intérieur Brut, ainsi que la poursuite des augmentations de salaires tout au long des neuf années écoulées, contrairement à ce qui se produit dans bon nombre d'autres pays. Ceci en plus des mesures qui ont été adoptées en vue d'améliorer les conditions de travail et de consolider le climat social.

Le secteur de la santé, pour sa part, a atteint dans notre pays un niveau élevé de développement, comme en témoignent divers indicateurs au nombre desquels je citerais l'augmentation de l'espérance de vie à la naissance, qui a dépassé 71 ans en moyenne et la diminution du taux de mortalité infantile, qui est tombé à moins de 30 pour mille.

Nous avons par ailleurs accordé au secteur de l'habitat une place particulière, tant il représente l'un des attributs de la dignité en même temps qu'un facteur de stabilité et de quiétude. Nous avons ainsi consenti à ce secteur, des encouragements et des incitations qui lui permettent tout à la fois de répondre aux besoins des diverses catégories sociales et de tenir compte des données spécifiques des catégories à faibles revenus. Nous veillerons à donner à ce secteur une nouvelle impulsion, afin d'enrichir quantitativement et qualitativement notre patrimoine d'habitat et de conforter notre développement économique et social.

Convaincus que nous sommes que l'action sociale dans l'ensemble de ces secteurs, constitue à la fois un devoir national et une responsabilité engageant l'ensemble de la collectivité, nous avons encouragé la formation d'associations à l'effet d'appuyer les efforts de l'Etat dans les domaines de la solidarité et de l'entraide entre les différentes couches de la société.

Citoyens,
Citoyennes,

C'est une nouvelle étape de notre processus de développement que nous entamons, à l'heure où la conjoncture mondiale connaît les mutations les plus profondes. Nous nous devons d'exploiter au mieux toutes les opportunités et toutes les possibilités qui s'offrent à nous, pour hisser la Tunisie au rang des pays développés.

Cet objectif, nous ne pourrons l'atteindre qu'en mobilisant toutes les énergies et en renforçant, auprès de tous les citoyens, la conviction que la réussite de la stratégie d'avenir constitue un devoir national et une responsabilité engageant toutes les parties et tous les individus, partout où ils se trouvent. Voilà bien ce qui commande à chacun d'entre nous, le devoir de faire preuve de labeur de persévérance, de sérieux et d'amour du travail bien fait, d'utiliser au mieux l'intégralité du temps de production et de rompre définitivement avec des phénomènes qui sont des entraves à l'efficacité et à la productivité, des phénomènes tels que l'absentéisme et les périodes de congé prolongées, mal organisées et mal réparties.

La célébration du neuvième anniversaire du Changement intervient dans une période qui constitue, en quelque sorte, la charnière entre deux plans de développement, celui du parachèvement des réformes, d'une part, et celui de la préparation d'une étape nouvelle, d'autre part. Il s'agit d'une phase privilégiée de notre progression vers le siècle prochain. C'est la raison pour laquelle nous avons intégré le neuvième Plan dans une approche à long terme, fondée sur des études stratégiques préliminaires couvrant l'ensemble des secteurs et dimensions qui sont en rapport avec la réalisation du développement durable, tels que la protection de l'environnement et le développement des ressources en eau. C'est que l'une des significations pérennes du Changement réside dans le devoir de respecter les droits des générations à venir.

Nous nous sommes employés à faire en sorte que le neuvième Plan reflète les conclusions de la consultation nationale qui a été organisée en 1995, pour l'exploration des perspectives du vingt-et-unième siècle, avec la contribution de toutes les parties. Nous avons par la suite étendu cette consultation aux jeunes, tant nous avons foi en leur rôle vital dans la stimulation de notre processus de développement et la garantie de sa continuité au fil des générations. Car, la construction de l'avenir est une oeuvre qui ne peut s'accomplir sans la participation des jeunes.

Nous sommes fermement déterminés à hisser les régions au rang de partenaire responsable et agissant, non seulement dans la définition de la stratégie d'avenir et de ses objectifs, mais aussi dans sa concrétisation et sa réussite. Dans cette optique, nous accorderons une attention accrue aux régions intérieures et à la zone intermédiaire, pour en faire un trait-d'union entre le littoral et le reste du pays.

Citoyens,
Citoyennes,

C'est le schéma de développement et les objectifs ambitieux que nous avons fixés pour le pays, pour les années à venir, qui nous ont incités à adopter la mise à niveau intégrale de l'économie nationale, comme devise et axe central du neuvième Plan, s'agissant de promouvoir nos entreprises à un niveau de compétence, d'organisation et de maîtrise de la qualité, des coûts et des techniques modernes de production, qui l'habilite à affronter la concurrence mondiale.

Il ne peut y avoir de progrès sans l'enracinement de la culture de l'excellence et de la compétition en vue d'atteindre le mieux constant. De surcroît, il est devenu impératif d'identifier de nouvelles sources pour la croissance et l'amélioration de la productivité. C'est ce qui doit inciter les partenaires sociaux, tant au sein de l'entreprise que dans son environnement, à assumer leurs responsabilités dans l'approfondissement de la prise de conscience vis-à-vis des exigences de l'étape en cours, et à accomplir le travail voulu, avec zèle et assiduité, à tous les niveaux, pour assurer la réussite de la mise à niveau pour laquelle l'Etat a aménagé le cadre requis, ainsi que les conditions et les encouragements appropriés.

Au cours du prochain Plan, nous porterons nos efforts sur la consolidation de l'infrastructure dans les secteurs du transport et des communications, en tant que supports stratégiques du développement de la production et de son écoulement. Dans cette perspective, nous avons donné des instructions en vue de l'élaboration d'un programme cohérent pour l'aménagement et l'élargissement de plus de 2500 kilomètres de routes et de 2000 kilomètres de pistes agricoles, outre l'extension du réseau d'autoroutes, la construction d'échangeurs dans les grandes villes, l'amélioration des routes secondaires, ainsi que le renforcement et la modernisation du réseau de communications téléphoniques.

Nous avons en outre inclus dans le Plan, la création de pas moins de 26 nouvelles zones industrielles, dans les diverses régions du pays. Ces zones qui couvriront au total plus de 600 hectares entièrement aménagés, offriront aux entreprises économiques les meilleures conditions d'installation et de production.

Citoyens,
Citoyennes,

Les indices prometteurs que nous commençons à observer au niveau de la réalisation ou de notre rapprochement de l'auto-suffisance, dans bon nombre de produits alimentaires, témoignent de l'aptitude de l'agriculture tunisienne à satisfaire la majeure partie de nos besoins alimentaires. Gagner ce pari, dans le contexte des développements rapides qui se produisent dans le domaine agricole partout dans le monde, est une entreprise qui exige de toutes les parties un labeur quotidien et continu, en même temps qu'une prise de conscience profonde face aux défis qui guetteront ce secteur pendant la période à venir, surtout après le parachèvement de la mise en place d'une zone de libre échange avec l'Union Européenne.
Nous comptons sur les compétences tunisiennes, chercheurs et ingénieurs, pour encadrer nos agriculteurs afin qu'ils puissent se préparer pour la mise à niveau de leur secteur et le renforcement de ses aptitudes à faire face à la concurrence intérieure et extérieure.

Il appartient, en outre, aux animateurs de ce secteur, de redoubler d'efforts pour promouvoir le tissu agricole et agro-alimentaire et pour accorder aux circuits de production, de conditionnement, de transformation et de commercialisation, l'attention qu'ils méritent, afin de ne pas être pris au dépourvu par une production trop abondante, la chute des prix de certains produits, ou par des années difficiles.

La gestion rationnelle de nos ressources en eau constitue un devoir patriotique dont le consommateur tout autant que l'industriel, l'entreprise touristique et l'agriculteur, doivent saisir toute l'importance. Nous avons d'ores et déjà avancé considérablement dans la mise en oeuvre de la stratégie nationale de mobilisation des ressources en eau, la vulgarisation des techniques d'économie dans la consommation de l'eau et son utilisation rationnelle. Nous nous emploierons à parachever l'exécution de cette stratégie, pour la réalisation de nos objectifs en la matière, à travers la construction de barrages, d'aménagement de lacs collinaires et le forage de puits profonds, d'autant que nos compétences nationales se sont consolidées dans ce domaine.

Citoyens,
Citoyennes,

La conjoncture présente impose l'octroi d'une attention accrue aux ressources humaines, tant au sein de l'entreprise que dans son environnement, de manière à acquérir de hautes compétences et qualifications. Aussi avons-nous accordé une attention particulière à la formation professionnelle, dont nous avons diversifié les branches et les spécialités, tout en rationalisant davantage leur adéquation aux besoins des différents secteurs, en vue d'assurer quelques 60 mille postes de formation, d'ici la fin du neuvième Plan.

La Tunisie n'a ménagé aucun effort pour promouvoir l'éducation et la formation. A cet égard, nous exhortons le personnel éducatif à déployer les efforts nécessaires pour que l'école soit au diapason de son époque, en choisissant les programmes les plus efficaces et en épargnant aux élèves et étudiants les méthodes didactiques et les "bourrages de crâne". De nos jours, en effet, l'explosion des connaissances impose la concentration des efforts sur la nécessité de doter l'élève des aptitudes essentielles requises pour assimiler la substance du savoir, sans négliger tout élément nouveau. C'est là un équilibre qui se situe dans le droit-fil de l'appel que nous avions lancé en vue de la réflexion concernant l'école de demain, une école qui prépare pour l'avenir sans éluder le présent.

Le Changement a parié sur la femme Tunisienne. Ce qui est rassurant quant aux perspectives d'avenir de celle-ci, c'est l'augmentation notable du taux de scolarisation des filles, d'une année à l'autre. Cette année, ce taux a été, en moyenne générale, supérieur à 89%, tandis que le taux d'inscription des filles en première année de l'enseignement de base passait à près de 99%. De même, le pourcentage de jeunes filles dans les sections scientifiques, techniques et économiques de l'enseignement secondaire, s'est élevé à plus de 52% de l'ensemble des élèves inscrits dans ces sections.

De surcroît, nous avons accordé une sollicitude particulière à l'enseignement supérieur, en prévision de l'accroissement prévisible du nombre des étudiants durant les années à venir, et cela en oeuvrant à assurer la capacité d'accueil requise, à la création de nouveaux pôles universitaires et à l'adéquation des différentes filières et spécialisations par rapport aux besoins du pays en compétences de haut niveau.

L'intégration de la recherche scientifique dans la dynamique du développement, dans ses diverses dimensions, représente, dans ce contexte, une nécessité impérative, si nous voulons acquérir les connaissances théoriques les plus avancées et assimiler les sciences appliquées les plus modernes.

Si j'évoque ce problème, c'est pour insister une fois de plus, sur la nécessité d'accorder un soin particulier à la recherche tant théorique que pratique, dans les humanités et les sciences sociales, en vue d'assurer la réussite de la mise à niveau, de réaliser un bond qualitatif authentique et d'être en mesure de réagir aux effets sociaux et culturels du progrès. Il s'agit, en effet, de domaines qui permettent de comprendre de manière plus approfondie, les différents phénomènes et variations, et d'assurer l'équilibre entre les aspects matériels de la vie de société, d'une part, et les aspects sociaux et intellectuels, d'autre part. C'est que les expériences ont démontré la relativité des approches en la matière, d'un pays à un autre, et l'impératif qu'il y a, pour chaque société, d'y posséder ses potentialités propres.

Citoyens,
Citoyennes,

Dans la stimulation de notre processus de développement, nous avons compté, d'abord et surtout, sur nous mêmes, tout en nous attachant à promouvoir notre coopération et notre partenariat avec les pays frères et amis et les institutions internationales et régionales, s'agissant là de facteurs d'appui à l'effort national.

Depuis le Changement et jusqu'à fin 1995, le volume de l'investissement extérieur a totalisé près de 2700 millions de dinars, dont 533 millions de dinars durant les premières années du Plan. C'est ce qui a permis l'implantation de plus de 840 projets industriels et la création de plus de 56 mille emplois nouveaux.

Je tiens à saisir cette occasion pour exprimer toute notre fierté et notre considération pour la réaction positive de nos partenaires étrangers, dans les domaines de la coopération financière et de l'investissement, ce qui illustre bien la crédibilité de notre pays et la confiance sans cesse accrue dont il jouit désormais dans le monde de la finance et des affaires.

La préparation de l'étape à venir en matière de libéralisation des échanges commerciaux, suite à l'ouverture de l'économie tunisienne aux marchés extérieurs, commande d'agir dès maintenant en vue d'assurer la compétitivité de nos entreprises. A cet égard, il est naturel que nous accordions aux entreprises tunisiennes ou étrangères exclusivement exportatrices établies dans notre pays, la priorité dans l'accès au marché national, de manière à consolider l'effort qu'elles déploient dans la création d'emplois et la contribution qu'elles apportent à l'économie nationale. Aussi avons-nous donné des directives en vue de la révision du régime auquel ces entreprises sont actuellement soumises et qui les empêche de commercialiser plus de 20% de leur production sur le marché intérieur en accord avec la progression du pays vers la libéralisation des échanges avec l'extérieur.

Nous avons en outre donné des instructions en vue d'engager des négociations avec les autres pays auxquels nous lient des relations commerciales, hors de l'Union Européenne, de manière à harmoniser leurs tarifs douaniers avec ceux de la Tunisie, à l'instar du système appliqué dans le cadre de l'accord de partenariat avec l'Europe.

Au vu des progrès accomplis dans le domaine de la maîtrise du taux d'inflation et dans le but de faciliter les conditions de financement et de crédit, pour stimuler l'investissement et le dynamisme des entreprises tunisiennes, nous avons décidé de réduire d'un point la moyenne du taux d'intérêt pratiqué sur le marché monétaire, parallèlement à la réduction de deux points, de la prime de couverture des risques de change pour les banques de développement, et cela en matière de crédits à l'investissement. C'est ce qui permettra de progresser graduellement vers l'assouplissement souhaité des taux d'intérêt, en tant qu'instrument d'équilibrage du marché monétaire et un des facteurs de dynamisme économique.

D'un autre côté, nous avons également ordonné l'allégement, à raison de deux points, des charges sociales de l'entreprise, ce qui constitue un stimulant supplémentaire en faveur de la mise à niveau de celle-ci, de l'amélioration de son efficacité et de la préservation de ses fonctions sociales, et ceci en plus de la simplification des conditions d'allégement de la contribution au régime assurance-maladie géré par la Caisse Nationale de Sécurité Sociale, pour les entreprises qui souscrivent aux régimes d'assurance groupe.

Nous avons également décidé d'exempter les salariés du paiement de la dernière tranche, programmée pour le 1er juillet 1997, de l'augmentation de leur cotisation à la Caisse de Sécurité Sociale, au titre du régime de retraite.

Citoyens,
Citoyennes,

Tout au long de son histoire, la Tunisie s'est toujours distinguée par son rayonnement intellectuel et culturel et ses apports féconds au savoir universel. Les progrès qui s'accomplissent aujourd'hui dans le monde, nous commandent d'oeuvrer à hisser notre production culturelle à un niveau qui lui permette de gagner les paris de la mondialisation dans ce domaine et d'avoir une présence active sur la scène internationale, contribuant ce faisant à la consolidation de notre identité civilisationnelle et à la réalisation des ambitions de notre peuple.

Depuis le Changement, nous nous sommes préoccupés de réhabiliter la culture et d'en encourager les créateurs. Nous avons adopté vis-à-vis de ce secteur, pour une politique qui tient compte de la richesse de notre patrimoine national et de la nécessité d'en assurer la conservation, tout en favorisant la diffusion des hautes valeurs intellectuelles et universelles.

Le fait que l'UNESCO ait choisi la Tunisie comme capitale culturelle pour l'année 1997, est une reconnaissance de son statut civilisationnel et des importants acquis réalisés depuis le Changement. Nous nous emploierons à faire de cette année une étape lumineuse dans notre progression culturelle nationale, et constitue une occasion propice à un effort accru pour faire connaître nos créateurs et diffuser leurs oeuvres à l'étranger.

L'information, quant à elle, joue un rôle essentiel dans le renforcement de la dynamique que vit notre pays. Elle est investie d'une responsabilité particulière dans la consolidation de la culture démocratique et des valeurs et principes du pluralisme culturel et politique.

Tout au long de la période écoulée, nous avons oeuvré à hisser ce secteur au niveau souhaité et à favoriser son intégration dans la révolution que connaît le secteur des communications, afin de faire mieux connaître notre civilisation, nos acquis et nos réalisations.

Ce sont là autant d'efforts qui ont conduit au raffermissement du tissu médiatique et à l'extension de l'espace des communications intérieures et extérieures, qui vient de se consolider à la faveur de la connexion au plus grand réseau informatique mondial et auquel s'ajoute, à compter d'aujourd'hui, le démarrage du TELETEXTE. Celui-ci met désormais à la portée des citoyens et des usagers étrangers, divers services en plusieurs langues, facilite leurs travaux et leurs conditions de vie quotidiennes et fournit à l'information, les moyens et les données requises pour qu'elle assume sa fonction et renforce son rendement, dans les meilleures conditions.

Tout en soulignant la vitalité qui caractérise ce secteur, nous estimons que le discours médiatique continue d'avoir besoin d'un surcroît d'évolution et de requérir l'élimination de certaines habitudes anciennes qui n'ont plus de justification dans un climat démocratique et pluraliste dans lequel sont respectées les règles de déontologie de la profession, ainsi que la liberté d'opinion et d'expression.

Compte-tenu de l'importance du rôle dévolu à l'information destinée à la jeunesse, dans l'initiation à la citoyenneté, au comportement civilisé et à une culture saine, ainsi que de l'espace que ce secteur offre à l'expression et à la créativité, nous avons ordonné l'extension de l'aire d'émission et de couverture de la Radio des Jeunes, de manière à porter de 12 heures à 18 heures consécutives par jour le temps d'émission et à permettre à toute la population du pays, dans toutes les régions, de capter ses programmes.

Dans le but d'encourager la participation des compétences, experts, spécialistes et autres personnes attaché à la production et au travail journalistiques, nous avons donné des directives en vue d'accroître le volume du travail journalistique occasionnel non soumis à cotisation à la sécurité sociale.

Citoyens,
Citoyennes,

Les droits de l'Homme dans leur acception exhaustive, font partie des constantes et des choix fondamentaux du Changement que nous nous employons quotidiennement à consacrer, au niveau tant des législations que des institutions et de la pratique.

Nous sommes soucieux de consacrer les droits de tous, que ce soit au moyen des réformes que nous avons introduites dans l'organisation des tribunaux et dans les procédures devant la justice, ou bien à travers la consécration du principe de la gratuité de la justice, au moyen de la suppression de la taxe de publication et de l'exemption des droits d'enregistrement d'un ensemble de jugements ayant trait à des aspects sociaux. Toutefois, l'on constate que dans nombre d'affaires, le justiciable en bon droit se trouve dans l'impossibilité de mettre en application le jugement rendu en sa faveur ou de faire recours contre un jugement, du fait que ces procédures sont subordonnées au paiement des frais d'enregistrement préalablement à l'obtention des copies exécutoires des jugements. C'est ce qui empêche tout particulièrement les justiciables à faible revenu, de rentrer dans leurs droits. Aussi avons-nous ordonné l'examen des méthodes qui permettent de faciliter l'exécution des jugements, moyennant leur enregistrement aux frais minima, dans une première étape, puis le paiement de la taxe proportionnelle exigible, après l'exécution du jugement, étant entendu que les citoyens économiquement faibles ou démunis en seront dispensés, suivant des critères objectifs et équitables.

Dès le début du Changement, nous avons supprimé la peine de travaux forcés et ratifié sans aucune réserve la Convention Internationale contre la Torture. C'est le respect que nous vouons à l'être humain qui, nous a incité, depuis que nous avons accédé à la Présidence de la République, à ne pas entériner, avec les pouvoirs dont nous sommes investi, l'exécution des condamnations à la peine capitale, sauf en de très rares circonstances. Dans certains autres cas, nous avons commué ces peines en détention à perpétuité. Nous continuerons d'agir selon ce principe et de le consacrer, tant nous avons foi en le droit imprescriptible à la vie.

Nous avons la volonté inébranlable de continuer à consolider le processus démocratique et pluraliste que nous avons choisi pour la Tunisie, dans le cadre des principes républicains, des valeurs de l'Etat de droit et de la consultation du peuple en tout ce qui se rapporte à ses grandes causes. En maintes circonstances, nous avons affirmé notre attachement à faire évoluer les législations, pour les adapter aux mutations sociales, et à envisager, le cas échéant, la révision des articles de la Constitution, à la lumière de ces mêmes principes.

Dans le sens de la consécration de la souveraineté du peuple et de l'expression de sa volonté, nous nous emploierons à élargir l'aire du référendum prévu par la Constitution. Ceci outre l'amendement de certaines dispositions du Code électoral, afin de garantir aux partis d'opposition, davantage de chances de remporter des sièges au sein des conseils municipaux, conformément à l'annonce que j'avais faite lors de la célébration du huitième anniversaire du Changement, et de consacrer nos choix en faveur de la consolidation accrue des libertés et de la concrétisation du pluralisme au sein des instances représentatives.

Nous nous attacherons à consulter en la matière, les partis politiques et les organisations nationales, ainsi que les compétences et autres partenaires au sein de la société civile, de manière à matérialiser les constantes qui sont les nôtres et qui visent à associer toutes les parties aux principaux problèmes qui intéressent la marche du pays.

D'un autre côté, nous avons donné des instructions en vue de l'élaboration du cadre législatif qui doit régir le financement public des partis, de manière à renforcer les ressources de ces derniers et de garantir l'accomplissement de leur rôle politique et de leurs fonctions d'encadrement, de diffusion de la culture démocratique et de mobilisation des forces vives du pays, pour le plus grand bien de la Tunisie et de ses intérêts. Un projet de loi dans ce sens, sera soumis à la Chambre des Députés au cours de la session actuelle.

Citoyens,
Citoyennes,

La sollicitude dont nous entourons les Tunisiens établis à l'étranger, est l'une de nos constantes. Nous sommes déterminés à continuer d'oeuvrer assidûment à entretenir l'amour de la patrie parmi les nouvelles générations de l'émigration, et cela au moyen des nombreux programmes qui leur sont destinés et du renforcement de l'encadrement de la femme et de la famille résidant à l'étranger, de manière à raffermir les liens qui les unissent à la Tunisie et à favoriser l'équilibre de leur personnalité et la confirmation de leur identité.

Nous sommes fiers de la richesse humaine qui caractérise les colonies tunisiennes établies à l'étranger. Nous sommes également fiers de leurs élites et de leurs compétences qui apportent leur concours au renforcement du rayonnement de notre pays et à la consolidation de son prestige. A cet égard, je voudrais insister, une fois de plus, sur la nécessité d'offrir davantage d'opportunités et d'encouragements à ces élites pour qu'elles apportent leur participation aux divers volets de la vie nationale.

Citoyens,
Citoyennes,

La Tunisie a apporté son soutien à toutes les causes justes dans le monde. Elle ne s'est jamais départie de ses positions constantes qui se fondent sur les principes de paix, de coopération et de solidarité.

Depuis les positions qui sont les nôtres, nous déployons des efforts sincères pour contribuer à l'éloignement du spectre de la misère et de la faim dans le monde et à la prévention des dangers de discorde, de conflit et de guerre dans bon nombre de ses régions, afin que l'être humain puisse se consacrer à la construction d'un avenir sûr, en harmonie avec les progrès accomplis par l'humanité dans les divers domaines.

Nous nous sommes invariablement préoccupés de respecter la légalité internationale et les valeurs de fraternité humaine, en nous attachant au respect de la souveraineté des Etats et du droit des peuples à l'autodétermination, ainsi qu'à l'impératif de rupture avec la politique des "deux poids, deux mesures" qui a, en maintes circonstances, affaibli la cohésion de la communauté internationale et l'efficacité du système onusien.

Tout en le rappelant, nous réaffirmons nos choix et nos constantes historiques et civilisationnelles qui sous-tendent nos relations avec notre environnement international tant immédiat que lointain.

L'unité Maghrébine est une ambition historique de l'ensemble de nos peuples et un objectif stratégique que nous nous employons avec le plus grand sérieux, à concrétiser. Nous avons le ferme espoir de réaliser nos ambitions dans ce domaine, à la faveur de la volonté qui anime nos frères, les dirigeants des Etats de l'Union du Maghreb Arabe, et de leur attachement à transcender les difficultés conjoncturelles qui peuvent surgir sur la voie du parachèvement de l'édifice maghrébin.

Nous devons d'autant plus hâter le pas dans cette direction que le volume des échanges entre les Etats de l'union est presque insignifiant par rapport à celui des échanges avec l'extérieur. C'est ce qui nous incite à oeuvrer davantage, de concert avec nos frères au sein de l'UMA, en vue de concrétiser le projet de zone de libre échange, afin que l'Union Maghrébine devienne réellement une zone d'excellence et un pôle actif dans nos transactions avec les autres partenaires et notamment avec l'Union Européenne et les autres pays de la Méditerranée.

Voilà bien ce qui, à l'évidence, est en parfaite harmonie avec nos efforts continus en faveur du renforcement de l'action arabe commune, de la consolidation de ses cadres et plateformes et de la dynamisation des relations de fraternité et de voisinage entre pays frères.

Autant nous avions exprimé notre satisfaction, lors des premières phases du démarrage du processus de paix au Moyen Orient, autant nous proclamons aujourd'hui notre vive préoccupation au vu des à-coups qui marquent les pourparlers israélo-palestiniens, d'une part, et de l'interruption du processus au niveau israélo-syrien et israélo-libanais, d'autre part, du fait de l'attitude intransigeante d'Israël. Il est indispensable que tous les efforts, et tout particulièrement ceux des deux co-parrains de la paix, se conjuguent pour faire avancer ces négociations et assurer le respect des accords signés et la consécration du principe : "la terre contre la paix".

Réaliser ces objectifs est essentiel pour la propagation de la paix et de la stabilité et la garantie des chances de développement et de coopération dans toute la région méditerranéenne. Nous continuons d'oeuvrer, d'autre part, en faveur de la levée du blocus imposé à l'encontre des peuples libyen et irakien frères, et cela dans le cadre du respect de la légalité internationale et de la préservation des droits et de la souveraineté de ces deux pays.

Nous poursuivrons en outre nos démarches en faveur de la consécration du droit du continent africain à un avenir stable et sûr, au développement et au progrès pour que puisse être circonscrit le conflit en cours dans la région des grands lacs et dont les retombées commencent à s'étendre aux pays voisins, mettant en danger toute la partie centrale du continent africain.

A cette occasion, nous exhortons tous les Etats membres de l'Organisation de l'Unité Africaine à apporter un surcroît de soutien et de contribution aux efforts de paix et de conciliation et au renforcement du mécanisme créé dans le cadre de cette organisation, pour le règlement et la prévention des conflits.

Nous sommes persuadés que les valeurs de tolérance, de coopération et de solidarité, sont autant de fondements qu'il appartient à la communauté internationale d'oeuvrer à concrétiser dans ses relations avec les différents mécanismes onusiens et régionaux. L'humanité tout entière est tenue, à l'heure où elle aborde un siècle nouveau, de déployer des efforts réels et sincères, pour consacrer ces idéaux, afin de garantir le devenir de tous ses peuples, dans une époque marquée par l'interdépendance des intérêts, la complexité des mécanismes de la mondialisation, et le développement des sciences, des technologies et des conditions de bien-être, sans que régressent pour autant les moyens de destruction et de mort. C'est que les nouvelles réalités des relations internationales commandent la mise en place d'éthiques universelles régissant ces relations et de constantes que tous se devront de respecter, pour que la terre soit un monde de sécurité, de paix et de coopération pour nos générations à venir.

Citoyens,
Citoyennes,

C'est un nouvel élan que nous voulons donner au processus du Changement, et une détermination inflexible en vue de faire avancer la Tunisie que nous voulons concrétiser à travers le labeur et l'effort. C'est aussi une étape nouvelle dans laquelle nous voulons nous engager avec le maximum de chances de réussite.

Le peuple tunisien, fidèle à sa civilisation, à son histoire et aux choix du Changement; ce peuple qui a su, par son enthousiasme, sa solidarité et sa détermination, démontrer que la Tunisie appartient à tous les Tunisiens et que tous les Tunisiens sont au service de la Tunisie, saura également, de par la volonté qui est la sienne, être une fois de plus au rendez-vous de l'histoire, pour la gloire de la patrie et par fidélité aux engagements pris.

Dieu Tout-Puissant a dit :"Honorez vos promesses. La promesse est une responsabilité" (Coran).

Merci de votre attention.

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