Carthage, le 7 novembre 1993
Discours
du Président Zine El Abidine Ben Ali
à l'occasion de la commémoration
du VIème anniversaire du 7 Novembre
Au
nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux
Citoyens,
Citoyennes,
Voilà six ans, jour pour jour, intervenait le Changement
du 7 novembre 1987. Ç'aura été une période
certes courte, mais combien riche en acquis et en réalisations.
Déclenchée dans le calme et la sérénité,
l'oeuvre du changement et du redressement a pris ses racines
et puisé ses principes dans l'authenticité de
notre peuple, comme dans le patrimoine de sa civilisation
si féconde en valeurs patriotiques, en tolérance
et en modération. Le Changement est venu sauver la
Tunisie de l'état de dépérissement et
de découragement dans lequel elle se trouvait et inaugurer
pour les Tunisiens et les Tunisiennes une ère nouvelle,
faite de confiance et d'espérance, en réalisant
la réconciliation nationale et en entreprenant, avec
assurance et sûreté, de transcender les séquelles
du passé, de jeter les bases de la société
civile et de consacrer l'Etat de droit.
Aujourd'hui,
la Tunisie est en droit d'être fière des acquis
et des réalisations accomplis par le 7 novembre dans
les divers domaines, tout autant que de la sécurité
et de la stabilité qu'il a instaurées, de la
foi et de l'enthousiasme qu'il a su insuffler à son
peuple pour le modelage de son présent et la construction
de son avenir.
Citoyens,
Citoyennes,
Nous avions évoqué, en de précédentes
circonstances, les étapes importantes qui ont été
franchies sur la voie de la réforme et du redressement
dans tous les domaines, ainsi que les innombrables acquis
que notre pays a enregistrés au plan économique
et qui l'ont hissé à une position enviable dans
le concert des nations et lui ont permis de gagner l'estime
des institutions internationales.
La
conjoncture mondiale difficile dont les retombées n'ont
épargné aucun pays, y compris les pays évolués,
ne nous aura pas empêchés de relever de grands
défis dont les plus importants ne sont autres que la
garantie des équilibres financiers, l'amélioration
des indices de l'endettement, la maîtrise de l'inflation
et la réalisation d'un taux de croissance compatible
avec les objectifs que nous avons fixés dans le huitième
Plan.
Loin
d'être le fait du hasard, ces résultats sont
le fruit d'une oeuvre de redressement à la fois résolue
et assidue, qui s'est poursuivie tout au long de six années,
dans le cadre d'une stratégie cohérente, qui
se distingue par sa globalité et sa pondération.
Ils sont aussi le fruit des efforts conjugués de tous
les partenaires sociaux, autant que du sérieux et du
zèle des Tunisiens.
Ces
résultats combien positifs nous auront permis de conférer
à notre économie une invulnérabilité
propre à l'aider à faire face aux défis
extérieurs. C'est, du reste, ce qui nous a encouragés
à annoncer, à la fin de l'année dernière,
l'instauration de la convertibilité courante du Dinar,
dans le but de faciliter les transactions des investisseurs
et des exportateurs.
Toutefois,
ces résultats, par-delà leur caractère
éminemment positif, ne nous font pas perdre de vue
les difficultés que nos pourrions rencontrer. Je dirais
même qu'autant nous sommes fiers de ces résultats,
autant nous devons faire preuve de vigilance et être
attentifs aux défis que peut recéler l'avenir.
L'oeuvre
de réforme est un processus continu et non pas une
étape transitoire, ni une opération ponctuelle
dictée par des considérations conjoncturelles.
Dans
le cadre de l'uvre de développement global, nous
avons engagé une réforme structurelle profonde
du secteur financier, en confiant aux banques la responsabilité
d'octroyer les prêts, la Banque Centrale étant
chargée du contrôle ultérieur. En contrepartie,
nous avons établi des règles préventives
pour organiser l'action des banques et garantir leur équilibre.
De la sorte, les autorités monétaires supérieures
peuvent se consacrer à la réflexion constante
sur les problèmes majeurs de l'économie, en
vue de concevoir les solutions qu'impose chaque étape
et qui puissent assurer la conciliation entre la préservation
de la stabilité et de la valeur de la monnaie, d'une
part, et la nécessité de garantir le financement
de l'économie et de stimuler l'investissement, d'autre
part.
Et,
compte tenu du rôle important que les prêts jouent
en la matière, il est indispensable de veiller à
ce que les taux d'intérêt ne deviennent pas une
entrave à l'initiative ni à l'investissement.
A
la lumière des résultats encourageants que nous
avons réalisés en matière de maîtrise
de l'inflation, grâce à la conjonction des efforts
de toutes les forces de production et à la baisse des
taux d'intérêt, sur la scène mondiale,
et dans le cadre de notre souci d'assurer un surcroît
d'incitations propres à renforcer l'initiative et d'aider
les entreprises en facilitant davantage les conditions de
financement, nous avons décidé de faire baisser
de deux points le taux d'intérêt des prêts,
en sus de la réduction que nous avions décidée,
l'an dernier et cette année. Nous avons donné
des directives à la Banque Centrale en vue d'examiner
les voies et moyens de renforcer davantage le financement
bancaire, sur la base des critères d'efficacité
et des priorités de l'économie nationale. Cette
décision sera suivie d'un ensemble de mesures d'accompagnement
destinées à garantir la cohésion du système
de financement.
L'an
prochain, notre pays verra se parachever les grandes réformes
fondamentales engagées dans le domaine de la libéralisation
économique, avec l'entrée en application du
nouveau Code d'encouragement des investissements ; en même
temps que se poursuivra la réforme de l'appareil administratif,
que démarrera l'activité des zones franches
et que se préparera notre pays à devenir un
centre d'arbitrage en matière de commerce international.
Ceci outre les réalisations programmées en matière
d'infrastructure et dans bien d'autres domaines tels que la
législation sociale, les relations interprofessionnelles,
l'éducation, la formation, etc...
L'année
à venir est appelée à marquer un tournant
décisif, eu égard au chemin parcouru dans l'exécution
du Plan, aux opportunités qui s'offriront au développement
et aux conditions propices dont bénéficieront
les entreprises et les agents économiques pour l'exploration
des perspectives d'avenir, surtout maintenant que nous avons
réussi à établir un programme triennal
de majoration des salaires.
Ce
qui nous aura encouragés à engager cette nouvelle
expérience, c'est bien la réussite du premier
programme triennal d'augmentation des salaires, qui a couvert
les trois années précédentes. En effet,
ce programme a permis, entre autres résultats notables,
de sauvegarder le pouvoir d'achat des travailleurs et d'inciter
les entreprises à s'atteler à l'amélioration
de la qualité de leur production, à l'accroissement
de son volume et au renforcement de leur efficacité,
pour pouvoir faire face aux nouveaux défis engendrés
par la mondialisation de l'économie et l'intensification
de la concurrence sur les marchés internationaux.
Nul
n'ignore que ces nouvelles augmentations salariales interviennent
dans une conjoncture dont les incertitudes et les défis
ont poussé bien des pays à comprimer les frais
de production, à geler les salaires, voire à
les réduire, à alléger les chartes sociales
et même à supprimer des emplois et à transférer
les entreprises d'un pays à un autre, dans un souci
de rentabilité et de gain. Voilà bien pourquoi
nous considérons, pour notre part, que ces nouvelles
majorations constituent un pari sur l'avenir, tant nous nous
fions au sens que tous les partenaires ont, dans notre pays,
de la valeur de l'effort consenti sur ce plan, malgré
les difficultés que je viens de citer. Nous sommes
confiants qu'ils sauront faire en sorte que soit amorti l'impact
de ces majorations sur le coût du produit national et
que soit consolidée la compétitivité
de nos produits sur le marché mondial.
Citoyens,
Citoyennes,
De nos jours, le monde assiste à une formidable explosion
dans tous les volets du savoir, de la science et de la technologie.
Chaque jour apporte son lot de découvertes, d'inventions
et d'innovations, à telle enseigne qu'il est pratiquement
impossible d'en assimiler les résultats ou d'en suivre
l'évolution. Aussi est-ce pour mieux nous intégrer
dans ce mouvement et garantir à nos jeunes le maximum
de chances de réussite, de participation et d'apport,
que nous avons pris soin, dès les premiers jours du
Changement, de réexaminer la situation dans les domaines
de la jeunesse, de l'éducation et de la formation,
afin de la redresser et de lui donner l'impulsion nécessaire,
pour que ces secteurs se mettent au diapason des progrès
universels et en tirent profit. Pour ce faire, nous avons
introduit des réformes dans le système d'éducation,
d'enseignement et de formation professionnelle. Nous avons
également pris des mesures et promulgué des
législations en vue de revitaliser l'action scientifique
dans notre pays. Nous avons créé un Secrétariat
d'Etat pour la recherche scientifique et la technologie.
Dans
le courant de cette année, nous avons en outre donné
des instructions pour la construction d'une cité des
sciences, d'un centre national de sciences et de technologie
nucléaires et d'un institut d'études stratégiques.
Nous avons, de surcroît, augmenté le budget de
la recherche scientifique. Ceci en plus des grands projets
d'infrastructure réalisés ou programmés
dans le domaine des sports, de la culture et de l'éducation.
Notre finalité, en cela, est de former une élite
de compétences imbues des valeurs de civilisation et
de patriotisme et appelées à être à
la fois la source et le support de notre oeuvre de développement
qu'elles auront à doter, chaque fois, des moyens requis
pour progresser et s'épanouir.
L'Etat
a, ainsi, fait du développement des ressources humaines
l'une de ses tâches essentielles, pour la réalisation
des projets et objectifs nationaux, qu'ils soient économiques
ou sociaux. Voilà bien pourquoi nous nous employons
constamment à prendre soin de toutes les catégories
et compétences, à les promouvoir et à
les préparer au mieux pour la contribution à
l'exécution de nos plans de développement et
à la garantie de l'équilibre de notre société,
de sa stabilité et de son progrès.
C'est
dans ce cadre que se situe l'attention que l'Ere nouvelle
porte à la femme, tant celle-ci fait partie intégrante
du projet de civilisation auquel nous aspirons. Aussi est-ce
sans la moindre hésitation que, dès le début
du Changement, nous avons entrepris de consacrer les acquis
de la femme tunisienne. Nous nous sommes invariablement employés
à consolider ces acquis et à les enrichir, conformément
aux exigences inhérentes aux objectifs de l'oeuvre
de réforme intégrale.
Lors
de la célébration de la fête de la femme,
le 13 août 1992, nous avions annoncé un ensemble
de réformes d'avant-garde destinées à
parachever ces acquis et à hisser la femme tunisienne
au rang honorable qu'elle mérite au sein de la société.
Ces décisions ont, depuis, pris effet et sont devenues
des réalités patentes. La dernière touche
aura été mise à ce processus, à
travers l'établissement des fondements juridiques et
structurels de la "Caisse des Pensions", laquelle
est d'ores et déjà opérationnelle.
Comme
il me souvient de l'avoir précédemment expliqué,
la consolidation et la promotion des droits de la femme visent,
non seulement à préserver la dignité
de la femme et à renforcer sa position, mais aussi
à raffermir l'unité et la cohésion de
la famille et à garantir aux générations
montantes une croissance saine et équilibrée.
C'est là une action qui est étroitement liée
aux efforts assidus que nous déployons en vue de protéger
l'enfance, de l'éduquer et d'illustrer l'importance
de la jeunesse et de son rôle dans l'édification
du présent et de l'avenir.
Citoyens,
Citoyennes,
L'emploi est l'un des problèmes sociaux majeurs que
tous les régimes, partout dans le monde, s'emploient
à résoudre, tant sont profondes ses retombées
sur la condition de l'homme, sur le développement économique
et sur la stabilité sociale. Dans le souci de créer
le plus grand nombre possible d'emplois et de sources de subsistance,
le Gouvernement a arrêté, au cours de ces dernières
années, de nombreux programmes à l'effet de
permettre aux sans-emploi de s'insérer dans le marché
du travail et de s'intégrer dans la vie active. Ces
programmes étaient également destinés
à promouvoir les contrats d'emploi et de formation.
L'un des aspects les plus tangibles n'est autre que la programmation
de 320 mille emplois dans le huitième Plan.
L'an
prochain, nous serons en mesure, par la grâce de Dieu,
de créer 60 mille emplois, contre 55 mille cette année.
J'avais, au demeurant, ordonné le 1er mai dernier,
l'organisation d'une campagne nationale de recrutement des
titulaires de diplômes de l'enseignement supérieur.
Cette campagne aura démontré tout le degré
de conscience que les chefs d'entreprises économiques
privées ont de la nécessité de promouvoir
leurs entreprises et d'en garantir l'efficacité et
la compétitivité, à la faveur du renforcement
de l'encadrement technique de leur personnel, par le recours
aux jeunes compétences en matière de production
et de gestion. Ce faisant, ces entreprises prêtent main-forte
au gouvernement dans ses efforts pour la consolidation de
l'économie nationale et la concrétisation de
l'esprit de solidarité et d'entraide des Tunisiens.
Cette campagne aura, ainsi, été d'un puissant
appoint à l'action du Gouvernement pour la solution
du problème du chômage. Elle aura, dans le même
temps, permis à nos entreprises économiques
de prendre connaissance des jeunes compétences dont
notre pays est si riche, dans les diverses branches de spécialisation
; ces compétences qu'il est inconcevable de frustrer
de l'honneur de participer au développement du pays
et à sa prospérité.
Cette
campagne a, en outre, contribué à raffermir
les liens existant entre les services de placement et les
entreprises économiques, en harmonie avec les réformes
que nous avons opérées dans les structures de
la formation et de l'emploi. Cette orientation réformatrice
est appelée à se consolider à la faveur
des directives que nous avons données en vue de moderniser
les mécanismes d'action des services d'emploi et de
promouvoir leurs structures, dans le but de leur assurer une
participation efficace à la dynamisation du marché
de l'emploi.
Je voudrais saisir cette occasion pour exprimer mes remerciements
et ma considération aux chefs d'entreprises qui ont
répondu à l'appel et recruté de nouvelles
compétences. Mes remerciements s'adressent également
à tous ceux qui ont contribué au succès
de cette campagne nationale.
Citoyens,
Citoyennes,
Depuis la première année du changement, nous
nous sommes, certes, penchés sur certains dossiers
sociaux. Néanmoins, il nous reste encore beaucoup à
faire en ce domaine également, pour conférer
à la législation du travail le degré
d'évolution souhaité, améliorer les systèmes
de couverture sociale au profit de tous leurs bénéficiaires
et continuer à ajuster le régime de santé
et ses modes de financement, afin qu'il soit plus équitable
et plus efficient.
La
promotion sociale représente, à cet égard,
l'une des réalisations d'avant-garde accomplies par
le Changement du 7 novembre, tout au long de ces six dernières
années, pour la préservation de la cohésion
et de l'équilibre de notre société et
l'instauration de la concorde, de la solidarité et
de l'égalité des chances entre toutes ses composantes.
C'est
pourquoi, du reste, nous avons pris sur nous-mêmes l'engagement
de pallier le déséquilibre existant au niveau
tant des catégories sociales que des régions,
à travers les initiatives et mesures que nous avons
prises et qui ont eu pour effet d'impulser l'économie,
d'accroître la production, de créer de nouveaux
emplois et de réduire les aspects de négligence
et de dénuement dont souffraient certaines localités,
campagnes et zones d'ombre.
L'intérêt
que nous portons à la dimension sociale du développement
illustre, au surplus, notre conviction inébranlable
que l'homme est le pivot de toute action politique et de toute
prospérité économique, et que la démocratie,
le pluralisme et les droits de l'homme n'ont aucune substance,
quand des catégories de citoyens se trouvent marginalisées
ou privées des équipements collectifs indispensables.
Aussi
nous sommes-nous préoccupés de faire en sorte
que le développement, dans notre pays, soit équilibré
et généralisé, dans le contexte de deux
stratégies complémentaires l'une de l'autre
: la première s'inscrit dans le cadre du huitième
Plan, qui, pour la première fois, fait bénéficier
les régions d'une attention toute particulière,
illustrée par leur mise à contribution dans
la préparation du Plan, dans la ventilation de ses
programmes et dans le suivi de son exécution. Cette
attention s'est également traduite à travers
les nouvelles prérogatives qui ont été
conférées aux régions, en matière
de programmation, d'exécution et de suivi de leurs
projets. Quant à la seconde stratégie, elle
est matérialisée par les conseils ministériels
restreints que nous avons consacrés aux régions,
dans le but de mobiliser des crédits supplémentaires
hors-Plan, à l'effet de combler, à brève
échéance, les besoins essentiels des régions
en matière d'infrastructure et d'équipements
de base.
Nous
avons, d'ailleurs, consolidé cette action par la promotion
de l'activité des communes et le développement
de leurs ressources. Nous avons, en outre, réitéré
l'intérêt que nous portons à la préservation
de l'environnement, à la protection de l'écosystème
contre toutes les formes de pollution et à la garantie
de son équilibre, parallèlement à l'attention
sans cesse renouvelée que nous accordons à l'assainissement
des quartiers et des villes et de leur embellissement, pour
qu'ils soient à la hauteur du prestige dont jouit notre
pays auprès des visiteurs et des touristes.
En
fait, notre action ne s'est pas limitée à ces
deux stratégies, tant il est vrai que les visites que
j'ai effectuées dans certains quartiers et certaines
zones m'ont permis de me rendre compte des conditions qu'endurent
certains de nos concitoyens, du fait de l'absence, parfois,
de l'infrastructure la plus élémentaire. C'est
ce qui m'a incité à parier sur la propension
au bien dont notre peuple est si imbu, en annonçant,
en décembre 1992, la création du Fonds National
de Solidarité, en tant que support supplémentaire
fondé sur les donations des citoyens, des associations,
des organisations et des entreprises. Au nombre des tâches
impératives assignées aux responsables de ce
fonds, figurent l'exploration des zones d'ombre, leur recensement,
l'identification de leurs besoins et l'agencement de leurs
priorités, en étroite coopération avec
les autorités régionales. Il s'agit ensuite,
dans une deuxième étape, de pallier les insuffisances
enregistrées dans ces zones et d'intégrer, graduellement,
leurs habitants dans le circuit du développement national
global. Le fonds a été en mesure de réaliser
la première tranche de projets, programmée pour
cette année. Cette tranche comprend quelque deux cents
projets intéressant plus de quatre vingt zones, qui
ont d'ores et déjà été dotées
de l'eau potable, de l'électricité, de routes,
de pistes, d'écoles et de centres de santé.
120 mille citoyens ont bénéficié de ces
projets dont le coût global s'est élevé
à 23 millions de dinars.
Récemment
encore, nous avons donné le coup d'envoi aux travaux
d'exécution de la deuxième tranche de projets
programmés pour l'année en cours et intéressant
40 autres zones. En même temps, nous avons accru, dans
le budget de l'année à venir, les crédits
alloués au Fonds National de Solidarité, les
portant à 30 millions de dinars. Je reste convaincu
que le magnifique élan de solidarité démontré
par tous les Tunisiens, en toutes circonstances, se perpétuera
et s'intensifiera dans l'avenir, pour concrétiser les
espérances placées en lui.
D'un autre côté, nous avons élaboré
de nouveaux programmes pour lutter contre la pauvreté
et le dénuement et développer l'habitat social.
Nous avons également arrêté des programmes
en vue de mettre en place l'infrastructure nécessaire
dans les zones rurales. Dans le courant de cette année,
en effet, nous avons connecté au réseau téléphonique
pas moins de 1200 agglomérations, brisant ainsi l'isolement
de ces régions et aidant celles-ci à réaliser
leur promotion économique et sociale. L'Etat est décidé
à continuer d'assumer son rôle en la matière,
en apportant, notamment, son assistance à quelque cent
mille familles nécessiteuses, au moyen d'une enveloppe
globale de près de trente millions de dinars. De plus,
l'Etat financera la construction de deux mille logements au
profit des citoyens démunis.
Nous
sommes, d'ailleurs, déterminés à inclure
ces projets et programmes dans une stratégie nationale
cohérente, fixant clairement les critères et
les objectifs inhérents à la protection et à
l'insertion socio-économique adéquate de chaque
catégorie. Depuis quelque temps, déjà,
les services compétents s'attellent à la préparation
d'un recensement, sur le terrain, des familles nécessiteuses
et à la définition d'un ensemble de mécanismes
pour la coordination entre les diverses structures et parties
qui interviennent dans ce domaine ; et ce dans un but d'efficacité
et de complémentarité des efforts.
Voilà
pourquoi nous continuerons à améliorer les conditions
de vie des familles démunies, à rationaliser
le programme de développement urbain intégré,
à généraliser la stratégie nationale
de lutte contre l'analphabétisme en milieu rural surtout
et à revitaliser les cellules d'orientation, d'information
et d'instruction familiale et professionnelle, afin que la
famille tunisienne soit réellement le pôle de
développement idéal de la société.
C'est dans le cadre de cette approche que notre attention
s'est portée aussi sur les communautés tunisiennes
vivant à l'étranger. Nous avons ainsi adopté
en leur faveur, outre les facilités et prestations
spécifiques considérables que nous leur avons
accordées, un nouveau train de mesures au nombre desquelles
je citerais en particulier la création d'un corps d'assistantes
sociales appelées à aider les familles qui ont
besoin de soutien. Nous avons toujours considéré
que de tels efforts, dans tous ces domaines, constituent autant
de garanties de stabilité et d'équilibre pour
la société et autant de droits prioritaires.
Citoyens,
Citoyennes,
Nous avons placé les droits de l'homme au premier rang
du projet de civilisation dont nous avions proclamé
les principes dans la Déclaration du 7 Novembre. Nous
en avons jeté les bases solides au sein de notre société,
tout en mettant en place les institutions et les mécanismes
propres à en protéger le processus, dans le
cadre d'une approche globale et cohérente de ces droits,
fondée sur la foi en l'universalité des valeurs
qui les sous-tendent et en leur corrélation étroite
avec le climat démocratique et le développement
économique, social et culturel.
Cette action nous aura permis de progresser rapidement sur
cette voie, tant et si bien que notre pays a gagné
le respect et la considération des Etats, des organisations
gouvernementales et non-gouvernementales, ainsi que de tous
les militants sincères en faveur des droits de l'homme.
Ainsi, notre participation à la Conférence mondiale
sur les droits de l'homme, tenue à Vienne, a été
des plus actives. Auparavant, les préparatifs les plus
soigneux avaient été assurés à
la Conférence préparatoire africaine, organisée
à Tunis. Là, également, notre participation
aux travaux a été efficace. Dans quelques semaines,
notre pays sera, de nouveau, un important carrefour international
des droits de l'homme, à l'occasion de la tenue à
Tunis du Colloque des Nations Unies sur les institutions nationales
des droits de l'homme. Comme de coutume, la Tunisie apportera
son concours à la promotion des mécanismes destinés
à garantir l'évolution et la protection des
droits de l'homme conformément aux critères
internationaux après avoir adhéré de
manière concluante à la plupart des instances
internationales concernées par les droits de l'homme
et souscrit, avec conviction et enthousiasme, aux diverses
conventions portant sur ces droits. La dernière en
date de ces adhésions a été l'annonce
par notre pays de son acceptation des clauses de l'article
41 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.
De même, notre pays s'est toujours distingué
par son attachement à appuyer toute mesure ou procédure
garantissant les droits de l'homme dans tous les domaines.
Parce que nous sommes soucieux de garantir la transparence
de notre approche des problèmes des droits de l'homme
et sûrs d'être sur la bonne voie, la Tunisie est
l'un des rares pays à publier un rapport national sur
la situation des droits de l'homme, élaboré
par les soins d'un comité supérieur des droits
de l'homme. Ce sont de tels rapports qui nous aident à
progresser constamment en la matière.
Nous
considérons, pour notre part, que la vie associative
représente l'un des piliers fondamentaux de la société
civile que nous nous employons à consacrer. Aussi avons-nous
réuni les conditions propres à encourager l'activité
associative, dans la liberté totale. Les portes ont
été largement ouvertes devant l'initiative individuelle
ou collective pour la constitution d'associations et l'exercice
de leurs activités, dans le contexte du dialogue rationnel,
du comportement civilisé, du respect de la loi et de
la primauté de l'intérêt supérieur
de la patrie.
Il est, par conséquent, indispensable de renforcer
les activités des associations caritatives, sociales,
culturelles et sportives, en favorisant l'émergence
d'autres associations s'occupant de développement,
d'environnement, de science et de technologie ; des associations
qui soient en harmonie avec leur époque, ouvertes sur
l'avenir et aptes à consolider le tissu associatif
existant et à lui assurer davantage de diversité,
de richesse et de vitalité, à travers la participation
à la diffusion de l'esprit civique et la rationalisation
de toute contribution sincère susceptible de servir
la patrie et de profiter aux citoyens.
Citoyens,
Citoyennes,
Notre pays a été un précurseur en matière
de réforme et de changement, dans un monde où,
partout, se multiplient les bouleversements profonds. Ce rôle
de pionnier, notre pays l'a assumé à travers
les réalisations qu'il a accomplies et qu'il continue
d'accomplir dans les divers domaines, tout autant qu'à
travers la consécration de l'interdépendance
de ses politiques intérieure et extérieure,
la consolidation des constantes de la démocratie, la
garantie de la dignité et des droits de l'homme et
l'action soutenue en faveur du développement intégral.
C'est
grâce à cette action que la Tunisie jouit de
la stabilité et du progrès, tout en continuant
à assumer un rôle actif sur la scène internationale.
Par le rayonnement qu'elle a su acquérir, elle s'est
hissée à une position remarquable parmi les
nations du monde. Avec détermination et assurance,
elle a continué, tout au long de son mandat à
la présidence de l'Union du Maghreb Arabe, cette année,
à ne ménager aucun effort pour consolider l'édifice
maghrébin, renforcer ses institutions et parachever
les instruments de complémentarité et d'union
de ses Etats membres.
Elle
a, en outre, intensifié ses efforts en vue de restaurer
la solidarité interarabe. Elle a entrepris d'importantes
initiatives pour revitaliser et stimuler la coopération
arabo-africaine et pour raffermir la solidarité interafricaine.
Elle s'est aussi préparée à engager des
négociations avec la Communauté Européenne
en vue de l'établissement de relations de partenariat
entre les deux parties.
La
Tunisie aura également accompli son devoir en impulsant
le processus de paix au Moyen-Orient et en apportant son soutien
agissant à la cause palestinienne, mue en cela par
le devoir de solidarité arabe et par son attachement
à la légalité internationale. Sur cette
même base, elle a contribué aux opérations
onusiennes de maintien de la paix en Afrique comme en Asie.
Elle a, en outre, assumé son rôle dans la défense
de la justice et du droit, dans l'aménagement des voies
de la coopération internationale et de la solidarité
entre les nations, à travers les propositions pratiques
et pertinentes qu'elle a présentées pour la
solution des problèmes de l'endettement et de l'émigration
et pour la stimulation du co-développement, le renforcement
de la sécurité et de la stabilité et
la protection de l'environnement.
Telles
sont les constantes de la politique extérieure de la
Tunisie du Changement, dont elle continuera de s'inspirer
pour poursuivre son action avec foi et détermination.
Citoyens,
Citoyennes,
Cette sixième année du Changement constitue
une année-charnière entre deux étapes
politiques. Nous avons fait beaucoup de chemin dans la première
étape. Mais il nous reste à parcourir un chemin
encore plus long. Autant nous serons unanimes à adhérer
aux grands choix nationaux et à conjuguer nos efforts
pour leur concrétisation, autant nous y réussirons.
Il faut que les réformes et les réalisations
se poursuivent sur la même base, alliant approche intellectuelle
et politique et action efficace sur le terrain. C'est que
toute action qui ne s'appuie pas sur la réflexion et
la planification ne peut être que vaine. De même,
toute réflexion qui n'a pas d'impact sur le réel
est inutile.
Il
est du devoir de tous les Tunisiens et de toutes les Tunisiennes
de prendre conscience de l'importance de l'étape à
venir. Ils doivent se préparer à y entrer de
plain-pied grâce à la volonté toujours
régénérée qui leur est coutumière,
au puissant élan patriotique qui les anime et au degré
de maturité qu'ils ont atteint et qui les rend aptes
à participer à la gestion de leurs affaires.
Car, les échéances politiques sont des échéances
nationales. Elles concernent chaque citoyen et chaque citoyenne
et ne sont pas l'apanage des parties politiques.
Le
Rassemblement Constitutionnel Démocratique s'est préparé
en vue de ces échéances, après avoir
tenu le Congrès de la Persévérance et
administré, une fois de plus, la preuve de son audience
et de son rôle d'avant-garde parmi les forces politiques
du pays, en réussissant à consacrer la pratique
démocratique en son sein et en confirmant les options
économiques et sociales. Je tiens à saisir cette
occasion pour réitérer mes remerciements et
ma considération à tous ses militants et à
toutes ses militantes, qui, lors de la dernière session
du Comité Central, ont proposé ma candidature
pour un nouveau mandat présidentiel.
En
prévision de ces échéances, j'avais annoncé,
du haut de la tribune de la Chambre des députés,
à la fin de l'année dernière, l'amendement
du Code électoral en ce qui concerne la publicité
relative à la révision des listes électorales,
la suppression du parrainage des candidatures aux élections
législatives, la prise en charge par l'Etat des frais
d'impression des bulletins de vote et le versement d'une avance
sur la subvention aux listes candidates à ces élections.
J'avais également annoncé l'introduction d'un
nouveau mode de scrutin qui est de nature à concrétiser
notre volonté de réaliser le multipartisme au
sein de la Chambre des députés, à travers
la représentation des parties politiques, en fonction
de leur poids et de leur rayonnement dans la société.
Le projet d'amendement a été élaboré,
et ses éléments fondamentaux et ses principales
orientations ont été soumis au Comité
Supérieur du Pacte National. Il sera présenté
incessamment à la Chambre des députés.
Je
tiens, en l'occurrence, à lever tout équivoque
à ce sujet, en ce sens que ce mode de scrutin ne consiste
pas à répartir les sièges entre des formations
ou des partis. Il s'agit plutôt d'une méthode
qui permet, au cas où un ou des partis ne parviennent
pas à l'emporter, dans le cadre des circonscriptions
électorales, de leur accorder des sièges à
la Chambre des députés. Ce sont ces sièges
qui seront répartis à l'échelle nationale.
Autrement dit, la compétition est ouverte à
tous, en premier lieu en vue de l'emporter au niveau des circonscriptions.
L'innovation
dans ce mode réside, outre sa garantie du pluralisme,
dans le fait qu'il permet de tenir compte des voix des électeurs
n'ayant pas suffi pour l'emporter au niveau des circonscriptions,
du moment que ces voix seront utilisées dans la répartition
des sièges réservés à l'échelle
nationale.
Le
vide juridique engendré par l'organisation des élections
présidentielles et législatives anticipées,
de 1989, a été pallié, maintenant que
la Chambre des députés a adopté - comme
nous l'avions annoncé - le projet de loi constitutionnelle
qui rétablit les choses dans leur cours normal, par
le retour aux échéances ordinaires des élections
présidentielles et législatives, après
l'achèvement du prochain mandat présidentiel
et de la prochaine législature.
Comme
suite également à ce que j'avais annoncé
concernant les échéances électorales,
je proclame, aujourd'hui, que le vote pour les élections
présidentielles et législatives aura lieu le
dimanche 20 mars 1994 qui coïncidera avec un anniversaire
qui nous est cher, celui de l'indépendance.
Nous
avons voulu faire en sorte que les élections coïncident
avec ce glorieux anniversaire, afin que ses significations
soient vivaces et présentes dans tous les esprits.
Ainsi, tous les Tunisiens et toutes les Tunisiennes se remémoreront,
ce jour-là, les objectifs, les valeurs et les idéaux
pour lesquels s'étaient sacrifiés les martyrs,
les résistants et les militants. Ils exerceront, tous,
leur droit en accomplissant leur devoir électoral,
en plaçant l'intérêt de la patrie au-dessus
de toute considération, en souscrivant aux règles
de l'émulation loyale et de l'action politique, dans
leurs significations les plus nobles. Indubitablement, les
médias sont investis d'un rôle essentiel qui
consiste à faire connaître ces droits et ces
devoirs et la manière de les exercer. Ils ont aussi
un rôle à jouer dans la rationalisation des rapports
entre les rivaux pendant la campagne électorale et
dans l'explication des règles du vote à l'ensemble
des citoyens et des citoyennes. De notre côté
, nos veillerons à ce que l'Administration observe
la neutralité totale et à ce que les élections
se déroulent en toute honnêteté et dans
la transparence absolue.
Citoyens,
Citoyennes,
Nous abordons une étape nouvelle sur le chemin du progrès
et de l'invulnérabilité de notre pays. Les réformes
opérées dans les divers domaines de la vie nationale,
ainsi que le sérieux et la détermination démontrés
dans notre action, nous auront permis, en dépit des
modestes moyens dont nous disposons, de réaliser des
résultats qui incitent à la fierté et
à l'exaltation, nous insufflent un enthousiasme renouvelé,
catalysent nos énergies et aiguisent notre esprit de
persévérance pour redoubler d'efforts afin d'accomplir
sans cesse plus de réalisations au profit de la patrie.
Autant
nous sommes satisfaits de ces acquis, autant nous sommes conscients
des enjeux de l'étape à venir, des réalisations
que nous aurons à accomplir, pour parachever notre
oeuvre de progrès et renforcer l'invulnérabilité
de notre pays et son prestige parmi les nations.
De
la sorte, nous inaugurerons, ensemble, une nouvelle étape
pour renforcer le développement de notre pays et réaliser
d'autres acquis, y puisant une plus grande confiance en nous-mêmes,
comptant toujours sur la bénédiction de Dieu
et sur la cohésion des Tunisiens autour des choix fondamentaux
et de la nécessité de persévérer
dans le sens de ces choix, et nous inspirant des vertus patriotiques
et militantes de notre peuple et de son attachement aux idéaux
de progrès, au régime républicain et
aux valeurs de travail et de solidarité, pour la gloire
de la Tunisie et son invulnérabilité.
Dieu
Tout-Puissant a dit : "Dis : Seigneur, faites que j'entre
par la voie de la sincérité et que je sorte
par la porte de la sincérité. Faites que votre
puissance souveraine me soit donnée comme secours"
(Coran).
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