DISCOURS

Carthage, le 7 novembre 1992

Discours du Président Zine El Abidine Ben Ali
à l'occasion du Vème anniversaire du Changement

Au Nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux

Citoyens,
Citoyennes,

Par la grâce de Dieu, nous entrons, ensemble, dans une ère nouvelle faite d'effort, de détermination, qui nous sont dictés par notre amour pour la patrie et par l'appel du devoir.

Telle fut la bonne nouvelle que nous vous avons annoncée voici cinq ans, jour pour jour, à l'aube du 7 novembre 1987, au moment où les Tunisiens et les Tunisiennes s'interrogeaient, le cœur plein de la délivrance tant la situation était désespérée, avec une activité socio-économique paralysée, des horizons bouchés, hantés par le spectre d'une discorde portant les germes de la sédition et de la destruction des fondements de la société et de l'Etat.

Dans la déclaration du 7 novembre, nous avons pris, envers le peuple tunisien, l'engagement de ne ménager aucun effort pour transcender l'héritage du passé récent, redresser la situation dans le pays et placer la Tunisie sur la voie du progrès, du développement et de l'invulnérabilité. Nous avions appelé tous les Tunisiens et toutes les Tunisiennes à s'associer à nos efforts pour assumer ensemble cette responsabilité.

Aujourd'hui, cinq ans après le changement du 7 novembre, la Tunisie poursuit son œuvre de réforme globale, avec confiance et assurance, jouit de la sécurité et de la stabilité et s'attelle activement au modelage de son présent et à la construction de son avenir, dans un contexte de concorde, d'enthousiasme et de cohésion.

Il est opportun, aujourd'hui, de rappeler la conjoncture qui prévalait naguère et de récapituler ce que nous avons accompli dans tous les domaines, en si peu de temps, dans le sens des engagements que nous avions pris. Si ces résultats ont pu être possibles, c'est bien grâce à la volonté politique et à l'assise solide qu'elle a assurée, tout autant qu'à l'adhésion de la collectivité nationale aux nouvelles orientations et à la solidarité agissante entre Tunisiens et Tunisiennes qui, consacrant le principe qui consiste à compter d'abord et surtout sur soi, plaçant l'intérêt national au-dessus de toute autre considération, ont redoublé d'effort et retroussé les manches pour concrétiser l'essor du pays et consolider son invulnérabilité.

Citoyens,
Citoyennes,

A la veille du 7 novembre, notre pays se trouvait économiquement au bord du gouffre et était même incapable de faire face à ses besoins quotidiens. Une telle situation nous a commandé de déployer nos efforts sur deux fronts à la fois, aussi ardu d'un que l'autre. Il nous fallait, ainsi, prendre un ensemble de mesures ponctuelles à l'effet de remédier à certains problèmes urgents, tout en étant confrontés à la nécessité incontournable d'entamer un réajustement structurel profond, dans le cadre d'un plan de réforme globale, fondé sur un cheminement graduel et orienté vers l'efficacité. Un tel plan devait couvrir tous les domaines du développement et les projets d'infrastructure qu'il s nécessitaient. Il devait aussi combiner l'économique et le social, eu égard à l'importance du facteur humain dans toute œuvre de développement. Il devait, enfin, mettre en place l'indispensable plate-forme politique, civique et éducative, compte tenu du fait que le lien intime entre le développement et la démocratie nécessite de garantir la formation de génération imbues de l'amour de la patrie et de la volonté d'œuvrer pour son progrès, son invulnérabilité et son prestige parmi les nations.

L'un des résultats les plus notables de cet efforts de redressement n'est d'autre que le rétablissement de la confiance et la revitalisation de l'esprit d'initiative dans tous les secteurs de production. Nous avons pu, de la sorte, remédier à la crise économique aiguë que notre pays avait endurée vers le milieu des années 1980, pallier les retombées négatives de certaines conditions naturelles et les défis extérieurs qui ont suivi, assainir les relations sociales, conforter l'équilibre social et améliorer le niveau de la vie.

Citoyens,
Citoyennes,

Nous avons placé au premier rang de nos préoccupations la réalisation de la sécurité alimentaire, tant elle constitue le fondement même de l'existence et le minimum indispensable à la subsistance des citoyens et de citoyennes. Aussi, avons-nous porté essentiellement nos efforts sur le secteur agricole et accordé de substantiels encouragements aux produits stratégiques qui concourent directement à la concrétisation de la sécurité alimentaire, comme les céréales, l'olivier, l'élevage et la pêche.

Nous avons, de surcroît, assaini le crédit agricole en l'expurgeant des séquelles des dettes accumulées de longues années durant. Les critères de financement des investissements agricoles bénéficiant de l'aide du Fonds de développement agricole ont été révisés. De même, les critères d'octroi des crédits de campagne sont réexaminés périodiquement afin de les adapter à l'évaluation des coûts de production.

Nous avons, d'ores et déjà, commencé à récolter les fruits de cet effort dont les incidences positives sont attestées par divers indices. Cependant, les résultats les plus importants résident dans la restauration de la confiance parmi les agriculteurs et la réhabilitation de ce secteur, en général, les records enregistrés dans la production animale et végétale et l'évolution positive de la balance commerciale des produits alimentaires. Tous ces résultats témoignent du bond qualitatif accompli par notre agriculture, malgré les périodes difficiles qui ont marqué note climat, du fait des variations et des fléaux naturels, en plus d'un environnement économique mondial difficile. Nous avons pu, en outre, multiplier les réalisation dans les domaines de la préservation du sol, du boisement et de la mobilisation des ressources en eau. A titre indicatif, le rythme de construction de barrage est passé d'un barrage tous les deux ans, avant le changement, à deux par an, après. Nous avons, par ailleurs, fait du développement rural l'un des piliers de notre politique de développement ; ainsi, le taux d'adduction de l'eau potable s'élève aujourd'hui à 66%, alors qu'il était de seulement 51% en 1987. Nous espérons même le porter à 79% d'ici la fin du VIIIème Plan. Il en va de même de l'électrification en zone rurale, qui est passée de 32% en 1987 à 54% à l'heure actuelle, et atteindra 70% à la fin du nouveau plan. Nous sommes, au demeurant, résolus à poursuivre nos efforts pour assurer à nos campagnes toutes les commodités requises en matière d'infrastructure. Dans le même temps, nous nous emploierons à combler les lacunes qui continuent d'entraver la progression du secteur agricole et au nombre desquelles je citerai les problèmes fonciers inhérents à la dispersion de la propriété, aux terres collectives, au phénomène de la négligence, aux questions de financement et de maîtrise des coûts de production, à l'approvisionnement en équipements et d'entrées nécessaires à la production et à l'écoulement des produits, ainsi qu'à la rationalisation de l'utilisation des ressources mobilisées ou à la sauvegarde des ressources naturelles telles que les forêts et les sols.

C'est dans ce contexte que s'inscrivent, également, la restructuration d'un grand nombre de parcelles de terres agricoles domaniales, la délimitation des domaines de l'Etat, leur préservation de la dispersion et de l'abandon et la rationalisation de leur exploitation.

Citoyens,
Citoyennes,

Dans le domaine économique, nous avons parié sur l'entreprise, appelée à jouer le rôle qui doit être le sien pour gagner la bataille du développement. Nous l'avons ainsi habilitée à maîtriser les outils de gestion et de fonctionnement et à s'adapter aux nouvelles données qu'impliquent la libéralisation de l'économie et les impératifs des mécanismes du marché. Nous avons entamé la restructuration des entreprises dans le but de garantir l'efficacité et de protéger le produit national à travers l'amélioration de sa qualité et le renforcement de sa compétitivité.

Nous avons promulgué des législations et prodigué des encouragements et des incitations qui auront eu pour effet de redonner confiance aux entrepreneurs et aux agents de production, les amenant tous à s'adapter au travail, à la quête du gain et à l'investissement.

Nous avons, également, accordé aux petites unités économique la place qu'elles méritent dans le tissu de la croissance générale, en nous attachant à développer l'intervention du fonds de promotion des petits métiers et de l'artisanat, à élargir son champ d'action à inciter l'administration et les banques à apporter leur concours aux jeunes promoteurs pour les aider à s'intégrer dans la vie active et leur offrir des opportunités supplémentaires d'emploi.

Et c'est parce que nous avons foi en l'importance t en l'efficacité de la démocratie au niveau local et sommes soucieux de réaliser l'équilibre entre les régions, que le développement inter-régional a connu une impulsion continue, à la faveur de la politique de décentralisation et de déconcentration. Nous avons ainsi doté les conseils régionaux de prérogatives élargies et renforcé leur action à travers les mesures économiques et sociales que nous avons prises au profit de toutes les régions, ou presque, et tout particulièrement de celles d'entre elles qui ont besoin, plus que d'autres, d'un effort supplémentaire, hors des crédits alloués au VIIIème Plan. Nous avons, également, adopté plusieurs programmes d'envergure pour le développement communal, la préservation de l'hygiène, la protection de l'environnement, l'assainissement et la réhabilitation des cités populaires.

Afin de prévenir les dangers potentiels de l'industrialisation ainsi que ceux que peuvent constituer pour l'environnement toutes les formes de pollution et dans le but d'assurer la protection de l'écosystème, de sauvegarder l'hygiène publique, les ressources naturelles et la diversité biologique, de rationaliser la répartition des espaces territoriaux et de préserver nos plages, nos villes et nos cités, nous avions mis en place des structures et mobilisé des fonds qui nous aident à éviter ces dangers, à assainir en permanence notre environnement et à conserver sa beauté.

D'un autre côté, nous avons accordé à la coopération internationale et à l'investissement extérieur une place privilégiée dans notre politique. Nous avons consolidé la crédibilité de la Tunisie au sain des instances internationales, honoré nos engagements au plan extérieur, tout en renforçant le front intérieur, à travers la concrétisation de la concorde, le maintien de la stabilité politique et la réalisation de la paix sociale.

C'est ce qui aura valu à la Tunisie le respect des frères et des amis et raffermi leur confiance en notre pays. Ainsi, l'investissement extérieur a connu un nouvel essor à la faveur des mesures et incitations prises en Tunisie pour améliorer l'environnement de l'entreprise et développer ses capacités d'investissement.

Nous avons également pu, au cours de cette même période, doubler le nombre des entreprises industrielles exportatrices, mises en place dans le cadre du partenariat, tout autant que le volume de l'investissement extérieur orienté vers le secteur du tourisme.

Nous avons, à cet égard, révisé les lois régissant l'investissement. Nous nous employons, d'ailleurs, à préparer un code unifié qui aura pour finalité de simplifier les procédures et d'aménager des formules incitatives allant dans le sens de nos orientations nouvelles en matière de développement. Nous continuerons, dans le même temps, à renforcer la coopération internationale, à promouvoir les sources de financement extérieur et à polariser davantage de capitaux étrangers, en intensifiant nos efforts pour aménager l'environnement propice à l'implantation de projets mixtes et pour faire connaître les opportunités de financement et d'investissement existant en Tunisie.

Nous avons, en outre, réussi à rétablir l'équilibre de certains de nos indicateurs économiques et financiers et introduit au niveau de la fiscalité et des mécanismes financiers et monétaires des réformes radicales qui procèdent essentiellement d'un souci d'harmonisation de simplification et de transparence.

Ces résultats sont le fruit d'un effort particulier de développement de la production, d'amélioration de la productivité et de compression des paiements extérieurs. Ils ont permis à la Tunisie, pour la première fois depuis le début des années 80, de réduire le taux d'endettement extérieur, malgré son aggravation ailleurs dans le monde, de nombreux pays s'étant trouvés dans l'obligation de rééchelonner leurs dettes.

Parallèlement à ces réformes, nous avons porté notre attention sur le tourisme et l'artisanat, en promulguant plusieurs textes de loi réorganisant ces deux domaines sur des bases nouvelles, notamment en matière d'investissements et dans les secteurs reliés au tourisme, tels que le transport, l'équipement, l'animation touristique et les activités de loisirs.
Les ressources en devises assurées par le tourisme ont, du reste, contribué au financement de la balance des paiements et permis de combler une proportion importante du déficit de la balance commerciale.

Citoyens,
Citoyennes,

Convaincus de l'importance de l'élément humain dans la réussite de l'action économique, l'homme étant à la fois l'instrument et le bénéficiaire du développement, nous avons, parallèlement à l'élan que nous avons imprimé aux entreprises et aux divers projets économiques, mis en œuvre une politique sociale équilibrée, conciliant les exigences du développement avec les aspirations légitimes des travailleurs, de manière à assurer l'interaction positive entre les aspirations des parties socioprofessionnelles et les options en lesquelles nous avons foi.

Pour ce faire, nous nous sommes employés à protéger les acquis sociaux des travailleurs et à résorber les retombées négatives des difficultés économiques enregistrées par les premières années du changement, et ce, afin de soustraire les rapports sociaux aux risques de tension et d'affrontement, de les hisser au niveau du dialogue et de la solidarité et de sauvegarder, autant que possible, le pouvoir d'achat du citoyen.

Nous nous sommes constamment souciés de la sérénité des relations professionnelles. Ainsi, nous avons veillé au respect de l'indépendance de l'action syndicale, à la normalisation des rapports socioprofessionnels entre les différentes organisations que nous avons tenu à associer à l'examen des grands dossiers.

Nous sommes parvenus à la conclusion d'un accord à moyen terme liant l'augmentation des salaires à la maîtrise de l'évolution des coûts afin de réaliser l'équation nécessaire permettant de satisfaire les revendications légitimes des travailleurs d'un côté, et de répondre aux exigences du développement, de l'autre. De même, nous avons décidé la révision du Code du travail, avec la participation de tous les partenaires sociaux, afin d'en adapter les dispositions à l'évolution économique e taux réalités nationales et mondiales.

Nous avons accueilli avec satisfaction le récent accord sur les modification introduites dans la conventions collective cadre et nous espérons que les négociations sociales se poursuivront au même rythme et avec le même esprit. Tout en appréciant à sa juste valeur le sens du patriotisme dont ont fait preuve les responsables des différentes organisations sociales et professionnelles, nous sommes tout à fait persuadés que ces organisations nationales qui s'occupent, quotidiennement, des questions de l'emploi et des conditions de travail ont suffisamment de détermination, de lucidité et d'expérience pour pouvoir appréhender avec perspicacité la conjoncture nationale et internationale qui commande à tous les Tunisiens de faire preuve d'entente et d'entraide.

Les réformes fondamentales que nous avons introduites dans les secteurs économiques, les garanties que nous avons assurées aux agents de production et la dynamique que nous leur imprimons à travers la rationalisation de la relation qui les lie, sur la base d'un comportement civilisé, ont permis de réaliser d'importants acquis.

Cela est de nature à rassurer tous les partenaires, employés et employeurs, quant à la justesse de notre démarche, et à conforter notre volonté de demeurer attachés aux mêmes orientations et aux mêmes principes et de redoubler d'efforts en vue de réaliser davantage d'acquis.

Citoyens,
Citoyennes,

Le développement véritable ne peut se faire que sur la base d'une infrastructure solide et bien organisée. C'est pourquoi nous avons entrepris de doter le pays d'un réseau de routes et de ponts modernes, de construire de nouveaux ports et aéroports et d'en moderniser certains autres. Nous avons introduit des réformes structurelles dans le secteur du transport, avec ses différentes composantes, développé le réseau de communications téléphoniques et réalisé nombre de projets qui garantissent l'ouverture de la Tunisie et consolident ses rapports avec le monde extérieur.

Outre une gestion rationnelle des affaires publiques, la réussite de l'action de développement dans les divers domaines est tributaire d'un appareil administratif efficient et évolué qui veille à la bonne organisation, au suivi, à l'exécution et au contrôle. Aussi avons-nous, dès la première année du changement, pris de multiples initiatives visant à moderniser l'administration, à simplifier les procédures, à écourter les délais, à former les fonctionnaires et à renforcer la décentralisation, afin que les prestations administratives répondent aux intérêts des citoyens et à leurs aspirations.

Cependant, la réforme de l'administration ne peut se faire du jour au lendemain, tant une telle entreprise, au-delà des textes juridiques et des règlements en vigueur, vise à transformer les mentalités et à changer les comportements. De même, la réforme de l'administration ne peut s'étendre, revêtir un caractère global et être efficiente que si chaque responsable ou fonctionnaire, quel qu'en soit le rang, se sent concerné par cette réforme.

L'administration est l'un des piliers fondamentaux du pays. Elle est riche en compétences nationales capables de venir définitivement à bout des lacunes, pour peu qu'elles soient armées de volonté, de réflexion et d'audace et qu'elles se montrent à la hauteur de la confiance placée en elles.

L'administration est tenue d'être au diapason de l'évolution de la société, de changer sa vision du citoyen et sa manière de traiter avec lui, sur la base de la confiance et du sens de la responsabilité. Il s'agit aussi de simplifier au maximum les procédures pour l'obtention des prestations, voire de se contenter, parfois, de la déclaration sur l'honneur tout en laissant le citoyen assumer sa responsabilité. Il est également du devoir de l'administration de se fixer des délais déterminés et raisonnables pour répondre aux requêtes du citoyen. Elle doit, le cas échéant, se justifier afin que le citoyen ne se sente pas frustré ou délaissé et que la transparence soit à la base des rapports entre les deux parties.

Partant de l'importance que nous accordons dans le programmes de réformes à l'initiatives privée dans tous les domaines, nous avons ordonné de réviser les autorisations administratives, de les réduire au minimum et d'y substituer, dans la majorité des cas, un cahier des charges fixant au préalable les devoirs de quiconque désire exercer une activité et en lui faisant assumer la responsabilité d'honorer ses engagements.

Pour parfaire le contrôle de la gestion des services exercé par l'administration, nous avons décidé de créer la fonction de "citoyen contrôleur" qu'aura à assumer une équipe de citoyens assermentés ayant pour tâche de s'adresser directement à l'administration en vue de solliciter des prestations, au même titre que tout citoyen. Les résultats de leurs démarches serviront à évaluer la qualité des prestations fournies, le comportement du fonctionnaire à l'égard du citoyen et de la degré de satisfaction de l'administré.

Afin que l'administration soit constamment à l'écoute des préoccupations du citoyen, nous avons décidé de créer la fonction de "médiateur administratif" appelé à jouer le rôle d'intermédiaire entre l'administration et le citoyen pour faciliter la solution des questions n'ayant pas pu être résolues au niveau des circuits administratifs ordinaires. Nous nous emploierons, également, à réorganiser les structures de contrôle afin qu'elles puissent accomplir régulièrement et normalement leur travail, qu'elles assument le suivi des rapports et recommandations ainsi que leur exécution et qu'elles interviennent, le cas échéant, pour régler les litiges.

Citoyens,
Citoyennes,

Pour poursuivre la réalisation du développement, nous comptons sur toutes les énergies nationales dont, en premier lieu, la jeunesse qui est le pilier du présent et de l'avenir, qui représente l'avant-garde de la société civile et qui recèle des potentialités renouvelées à même de protéger le pays et de le faire progresser sur la voie du développement et de l'invulnérabilité.

C'est pourquoi nous avons, depuis le changement, accordé à la jeunesse une place privilégiée dans l'œuvre de réforme et d'édification. Nous avons pris un ensemble de mesures la concernant, engagé avec elle un dialogue continu et lui avons offert des opportunités de participation à travers les idées et les actes, loin de toute tutelle. Les infrastructures destinées aux jeunes et aux activités sportives, que nous avons créées à l'ère nouvelle, sont de nature à aider la jeunesse à utiliser à bon escient ses énergies, à s'accomplir et à se distinguer dans les divers domaines aux plans national et international.

Notre histoire contemporaine fournit des exemples exaltants du modèle qu'offre notre jeunesse au plan de la générosité dans l'effort consenti pour la concrétisation des aspirations de la communauté nationale et le renforcement de ses acquis.

Convaincus que l'avenir est au savoir et à l'intelligence, nous avons opéré dans le secteur de l'éducation une réforme méthodologique globale qui comble les lacunes et remédie aux improvisations du passé, ancre le Tunisien dans es racines arabo-islamiques, ravive en lui les valeurs religieuses et culturelles, développe son sens de la solidarité humaine, lui ouvre les horizons du savoir, lui donne accès à la compétence, lui permet de maîtriser la technologie, initie son esprit à l'analyse logique, à la déduction juste et au jugement modéré et conforte son patriotisme et son allégeance à la patrie, et à elle seule.

Ayant placé les institutions éducatives dans la juste voie, nous commençons à cueillir les fruits de cet effet national, maintenant que ces institutions ont retrouvé leur noble mission, que ceux qui dispensent le savoir et ceux qui sont en quête de ce savoir se consacrent au travail avec sérieux et que les cours sont redevenus réguliers et que les résultats se sont améliorés.

Nous avons renforcé notre effort éducatif et de développement en restructurant les institutions de recherche scientifique et en mobilisant nos potentialités selon une conception nouvelle qui sert notre économie et consolide en nous l'ambition d'assimiler les sciences et la technologie modernes.

Dans le domaine culturel, nous avons opté pour un ensemble de principes et d'objectifs de nature à faire de la culture un appui du changement, et ce, en instaurant un climat favorable à la créativité et à l'innovation et en étendant la couverture sociale à tous ceux qui exercent dans les secteurs culturels. Il en est de même du domaine religieux dont nous avons rationalisé le discours tout en accordant aux affaires du culte la sollicitude requise.

Pour être au diapason du progrès industriel et technologique dans le monde, nous avons entrepris, dans le cadre d'une approche globale qui assure l'adéquation et la complémentarité entre le système éducatif, la qualification et les exigences du marché de l'emploi, la mise en place d'un système moderne de formation professionnelle à même d'ouvrir les perspectives d'emploi devant les jeunes et les conforter la compétitivité de notre économie. Grâce à ce plan de réformes, il a été possible de répondre favorablement à 20 mille demandeurs d'emploi au cours des cinq années écoulées.

Nous avons aussi œuvré à offrir aux sans-emploi davantage de possibilités de s'intégrer dans la vie professionnelle. Ainsi, nous avons amélioré les instruments aidant à l'intégration et en avons diversifié les canaux d'intervention afin qu'ils englobent les catégories qui rencontrent des difficultés sur le marché de l'emploi. Nous avons établi des programmes de stages à l'intention des diplômés des établissements scolaires. En outre, nous avons amélioré le programme des contrats emploi-formation, ce qui a permis à 27.600 jeunes de bénéficier de cet effort durant le quinquennat écoulé. plus de 75% parmi eux ont été définitivement intégrés dans la vie active. Nous avons également créé un Fonds d'insertion et d'aptitude professionnelle qui constitue une nouvelle expérience en matière de lutte contre le chômage des jeunes. Il s'agit d'axer l'effort sur la qualification et la formation, d'autant qu'une grande proportion de ces jeunes ont quitté l'école sans avoir acquis une spécialité, un diplôme ou même une simple préparation au travail.

Le but de cette réforme est de conférer à la formation professionnelle plus d'efficience en exploitant comme il se doit les potentialités disponibles, en doublant l'actuelle capacité de formation dans le pays, en améliorant les programmes et méthodes de formation et en préparant les formateurs afin d'offrir, à tous, la chance d'accéder à une source de revenus, de participer à l'action nationale et de consolider la solidarité entre toutes les composantes de la société.

Citoyens,
Citoyennes,

Aider les catégories démunies, exposées aux maladies et aux dangers, encadrer la famille et en parfaire l'équilibre constituent autant de constantes de notre politique sociale. Aussi, avons-nous réalisé nombre de projets destinés à lutter contre la pauvreté et l'indigence, à améliorer les conditions de vie, à créer des sources de revenus stables et favoriser l'insertion sociale normale. Cette action de protection sociale s'est étendue aux handicapés pour garantir leur droit au travail et les intégrer dans la vie active de manière appropriée. Elle a aussi touché les personnes âgées qui bénéficient désormais de la couverture sociale.

Compte tenu de l'importance que revêt le logement dans la vie du citoyen, nous nous employons, autant que faire se peut, à répondre aux besoins des familles à faibles revenus. Jusqu'ici, 230 mille logements sociaux ont été construits et 67 mille logements vétustes ont été restaurés.

De même, le secteur de la santé constitue dans notre politique l'un des piliers du développement social intégral. En effet, ce secteur à connu, à l'ère du changement, une forte évolution au niveau des institutions et des prestations.

Nous avons renforcé ce secteur en réformant la gestion et le fonctionnement des établissements hospitaliers, en développant l'industrie pharmaceutique, en améliorant les conditions d'accueil et de séjour des malades, en optimisant l'exploitation des moyens disponibles et en maîtrisant le coût des prestations parce que profondément convaincus que la bonne santé de la société est tributaire de celle de la famille. Nous nous sommes attachés, au cours des cinq dernières années, à réunir tous les atouts qui permettent à la famille d'exercer ses droits et d'assumer ses fonctions dans un contexte social adéquat. Les mesures les plus significatives que nous avons prises consistent, peut-être, dans le renforcement substantiel des acquis accumulés par la femme depuis l'indépendance dans les divers domaines, et plus particulièrement les acquis que nous avons ajoutés, le 13 août dernier, et qui sont venus enrichir le Code du statut personnel et le mettre au diapason de la prise de conscience féminine et de l'évolution de la société, assurant de la sorte à la Tunisie un rôle d'avant-garde et de pionnier. Nous avons amendé la législation de façon à matérialiser l'égalité des chances entre les deux sexes dans notre vécu quotidien et à aider la femme à prendre conscience de ses droits et devoirs et à exercer ses droits.

Par souci de préserver la solidarité des liens familiaux et la cohésion de la famille, nous avons consacré les droits de l'enfant et nous nous sommes employés à atténuer l'impact des retombées négatives découlant de la dislocation des familles et des fléaux sociaux comme la délinquance, la criminalité, le chômage et l'échec scolaire. Pour ce faire, nous avons pris à bras le corps les problèmes qui se trouvent à l'origine de ces phénomènes aux fins d'y remédier et d'en réduire les incidences négatives sur la santé psychologique de l'enfance et de la jeunesse ainsi que sur l'équilibre de la famille et de la société.

Le succès de notre démarche pour ce qui est de promouvoir la famille tunisienne demeure tributaire de la conjugaison des efforts de toutes les parties impliquées: structures et organismes gouvernementaux, organisations nationales, et ce, afin de pouvoir relever le défi et de remporter le pari de la modernité et du développement.

Nous n'avons cessé d'entourer les familles tunisiennes à l'étranger de tout l'intérêt requis afin d'en prémunir les membres, notamment les immigrés de la première et de la deuxième générations, contre le danger de l'aliénation. Aussi avons-nous conforté leur appartenance à cette patrie et les avons-nous entourés de l'attention qui s'impose à travers les programmes socio-éducatifs conçus à leur intention et les initiatives et encouragements de toutes sortes que nous avons pris à leur profit concernant le retour, la réinstallation et la réinsertion dans le circuit économique du pays.

Par souci de notre part de procurer davantage de garanties à nos immigrés dans les pays occidentaux, la Tunisie a suggéré la conclusion d'une charte destinée à sauvegarder les droits des communautés maghrébines et à améliorer leurs conditions de travail et de séjour dans le pays d'accueil. Nous saluons chez les ressortissants tunisiens à l'étranger le sens de la responsabilité et l'attachement indéfectible à la mère patrie. Et nous leur rendons à nouveau hommage pour la contribution qu'ils apportent au processus de développement du pays et au renforcement de la position et du rayonnement de la Tunisie à l'étranger.

Citoyens,
Citoyennes,

A la veille du 7 novembre, la situation politique dans le pays n'était guère meilleure que la conjoncture socio-économique. Et c'est précisément ce qui nous avait amenés, par fidélité aux promesses que nous avions faites dans la déclaration du changement et parce que nous avions confiance dans le degré de maturité et de conscience atteint par les Tunisiens et les Tunisiennes, à engager des réformes radicales convergeant toutes vers un seul et même grand objectif: mette en place la plate-forme appropriée pour que le peuple tunisien puisse se prendre en charge et contribuer de manière constructive à la conduite de ses propres affaires sous l'égide d'un régime républicain qui confère aux institutions leur vrai place, réunit les attributs de la démocratie en tant que condition essentielle pour bâtir une société nouvelle, libre de ses choix et responsable de ses actes. C'est ainsi que nous avons écarté toutes les formes d'exclusive et œuvré en faveur d'une réconciliation nationale générale, accordant en cela le préjugé favorable à toutes les parties et catégories.

Toutes ont répondu avec spontanéité et enthousiasme à l'appel patriotique contenu dans la déclaration du 7 novembre et ont adhéré au Pacte national qui repose sur une somme de principes et d'objectifs propres à assurer l'équilibre de la société et à la protéger contre toutes les formes d'extrémisme et de dérapage tout en garantissant le pluralisme des opinions et des idées, dans le cadre des constantes faisant l'objet de consensus et conformément à l'intérêt de la nation.

Nous avons réalisé les réformes politiques prévues dans la déclaration, à commencer par la révision de la Constitution qui aura réhabilité le régime républicain et en a revivifié les valeurs, rendu au peuple sa souveraineté et replacé l'action politique dans le cadre approprié, à savoir l'Etat de droit et des institutions et le respect de la prééminence de la loi. C'est pourquoi nous avons créé le Conseil constitutionnel et nous nous sommes empressés d'organiser des élections présidentielles et législatives anticipées qui se sont déroulées dans la transparence et la régularité.

Dans ce même esprit et parce que nous étions convaincus que notre peuple est apte à une vie politique évoluée et organisée, qui soit fondée réellement sur le multipartisme et la pluralité des organisations populaires, nous avons ouvert la voie au développement de l'action des associations de toute nature, nous avons élaboré une loi sur les partis qui en régit la constitution et la pratique des diverses activités et programmes ainsi que la participation à l'encadrement et à l'enrichissement de la vie publique aux côtés du RCD qui a été sauvé par le changement et a pu retrouver sa place d'avant-garde pour devenir à juste titre le parti de la majorité et le parti du changement, outre qu'il est l'héritier des mouvements réformistes et le parti de l'indépendance.

Quoique convaincus de la place du Rassemblement et de son rôle dans la vie politique, nous aurions aimé que d'autres partis fussent représentés et siègent à ses côtés à la Chambre des députés. Nous avons même déployé le maximum d'efforts à cette fin. Néanmoins, le fait que ces partis soient de constitution récente ne leur a pas permis de se frayer un chemin jusqu'à l'institution parlementaire.

Nous avons chargé, il y a quelque temps, le Comité supérieur du Pacte national d'étudier le moyen de modifier le mode de scrutin en prévision des prochaines élections législatives. Et nous sommes persuadés que la version définitive des propositions définitive des propositions, qui prendra forme prochainement, va concrétiser le pluralisme politique au sein de la Chambre des députés.

Nous avons la ferme conviction que le pluralisme et la démocratie, outre qu'ils s'incarnent dans la présence de partis politiques civils, actifs de par leurs programmes, leur rayonnement et l'étendue de leur assise populaire, comme dans l'organisation de consultations électorales de manière périodique, régulière et transparente, participent également du comportement quotidien et de la pratique de tous les jours. Elles sont une quête perpétuelle pour amener le citoyen à prendre conscience du fait qu'il participe à la vie politique, qu'il a son opinion et son mot à dire, qu'il est un partenaire responsable. C'est la raison pour laquelle nous avons œuvré à élargir le champ de la participation dans tout ce qui concerne les dossiers majeurs, comme l'attestent les étapes de la préparation du VIIIème Plan de développement ou les conseils consultatifs dont nous avons élargi les prérogatives et diversifié la composition pour y intégrer les compétences les plus diverses, abstraction faite de leurs sensibilités intellectuelles et politiques.

Citoyens,
Citoyennes,

Dans le cadre de la réalisation des promesses que nous avions faites dans la déclaration du 7 novembre, à savoir que "nous veillerons à la bonne application de la loi de manière à bannir toute iniquité et injustice", nous avions, dès les premiers jours du changement, affirmé la place de choix réservée à la justice, sachant pertinemment que celle-ci constitue le fondement de tout édifice civilisationnel, qu'elle est le garant de la sécurité et de la pérennité de l'Etat, et le protecteur de l'intégrité et de la liberté de l'individu. En conséquence, nous avons insisté sur l'indépendance de la magistrature en tant que moyen de réaliser la justice et pris l'initiative de supprimer les juridictions d'exception. Nous nous sommes également attachés à la primauté de la loi dans l'organisation des rapports sociaux et la relation de l'individu avec l'Etat.

Nous nous sommes employés à faire évoluer les lois pour les adapter à l'esprit du changement, y englober les multiples aspects des relations civiles et économiques et les mettre au diapason du modèle de développement. De même, notre approche nouvelle des rapports sociaux nous a incités à faire évoluer les lois de façon à garantir des relations saines, faisant de la paix sociale une règle essentielle. Nous entendons continuer sur cette lancée et perfectionner encore plus la législation dans l'optique de la vision globale que nous avons du développement, et ce, afin que la loi soit l'émanation du vécu des relations et qu'elle s'y adapte.

Parallèlement, nous avons entrepris de repenser et de réorganiser les professions en rapport avec la justice. La première chose que nous avons faite fut de réorganiser la profession d'avocat en tant que pilier de la justice et de la sauvegarde des droits et des individus.

Aujourd'hui, nous pouvons dire que nous sommes satisfaits de cette dynamique suscitée par les réglementations et les législations nouvelles dans le but de consacrer une justice équitable et efficiente.

Citoyens,
Citoyennes,

La déclaration du 7 novembre a véhiculé, antérieurement aux trans-formations que le monde devait connaître par la suite, un attachement vigoureux à la démocratie, à l'équité et aux droits de l'homme. Aujourd'hui, nous sommes fiers qu'à travers le perfectionnement de nos lois, à travers les initiatives que nous avons prises dans ce domaine et à travers notre pratique quotidienne, l'homme tunisien soit sécurisé quant à ses droits, conscient de l'importance des garanties et des acquis dont il bénéficie, outre le climat de sécurité, de justice et de stabilité qui distingue notre pays à une époque où la plupart des régions de la planète se débattent dans les troubles et les convulsions.

Dans le domaine de la législation, nous avons entrepris, tout d'abord, de garantir l'intégrité physique de l'individu en réglementant, pour la première fois en Tunisie, la garde à vue. Nous avons aboli les travaux forcés et ratifié sans aucune réserve la convention des Nations Unies contre la torture et autres traitements inhumains ou dégradants. Nous avons, d'autre part, promulgué un décret prenant en compte les critères onusiens dans le traitement des détenus, en plus de l'adoption d'un programme de réhabilitation de ces détenus.

Dans le but de conforter encore plus la liberté et l'intégrité de l'individu et après avoir fixé le délai de la détention préventive et organisé les mécanismes permettant au magistrat de lui substituer éventuellement quelque disposition alternative, nous avons adopté un nouveau projet de loi visant à écourter la durée de la détention préventive et à fixer des délais limités pour statuer sur les recours ou pour que les tribunaux se saisissent des affaires dans le cadre desquelles le prévenu se trouverait en état d'arrestation.

Les droits de l'homme ne s'arrêtent pas à la promulgation des lois. C'est pourquoi nous nous sommes fait un point d'honneur de diffuser la culture des droits de l'homme aussi bien dans les écoles et les lycées qu'en direction des agents de l'Etat chargés d'appliquer les lois. En couronnement de cet effort, nous avons créé une chaire pour l'enseignement des droits de l'homme dans les facultés de droit et mis sur pied un Comité supérieur des droits de l'homme et des libertés fondamentales groupant des personnalités notoirement connues pour leur militantisme dans ce domaine, et appelé à donner son avis pour faire évoluer la législation en la matière. Ce comité a accompli, jusqu'ici, un travail des plus remarquables. Et nous avons décidé, aujourd'hui, d'ajouter à ses attributions, le cas échéant, l'inspection des centres de détention et des prisons, sur mandat spécial.

Nous avons également pris l'initiative d'ouvrir la voie à l'action des organisations humanitaires en les autorisant à installer des antennes en Tunisie. Et, parce que nous sommes convaincus que les droits de l'homme sont l'affaire de l'humanité tout entière, nous nous sommes souciés de coopérer avec les organisations gouvernementales et non gouvernementales en vue de garantir ces droits et de consolider cet édifice tant en Tunisie qu'à l'étranger.

Notre attachement aux droits de l'homme et l'effort que nous déployons pour les renforcer et en garantir l'exercice effectif constituent un choix fondamental dans notre politique. Nous sommes fiers, à cet égard, de l'intérêt et de la considération manifestés par les organisations internationales à l'égard de notre travail.

Les résultats de nos efforts en matière de droits de l'homme sont désormais connus de tous. Ils se sont répercutés positivement sur la crédibilité de nos orientations, ont renforcé notre présence dans les instances internationales et donné à la Tunisie plus de rayonnement et de prestige parmi les nations.

Citoyens,
Citoyennes,

La stratégie globale que nous avions amorcée, depuis l'aube du 7 novembre, afin de faire évoluer le secteur de l'information, a franchi d'immenses étapes au cours des cinq dernières années et engendré une mutation radicale du paysage médiatique grâce aux réformes introduites au niveau législatif et structurel, aux nouvelles réalisations accomplies à l'image des deux radios régionales et de la chaîne de télévision par satellite et aux mesures décidées par l'Etat au profit de la presse et des journalistes, toutes tendances intellectuelles et politiques confondues.

Ainsi, en moins de cinq ans, le Code de la presse a connu deux révisions successives dans le sens du renforcement de la liberté d'opinion et d'expression. Il s'agit en l'occurrence de réformes fondamentales dont la réalisation de l'égalité du citoyen et du responsable devant la loi, et l'octroi de toutes les garanties légales à la presse et aux journalistes ne sont pas des moindres. Ces mesures sont une illustration du degré de libéralisme de la législation tunisienne et de son caractère avancé dans ce domaine précis.

Nous avons, par là même, veillé à conforter l'orientation pluraliste dans le secteur de l'information et à amener la presse à assumer son rôle dans l'enrichissement du débat national et la consécration de la démocratie et du pluralisme.

Nous sommes en droit, aujourd'hui, d'être fiers de ce qu'il n'existe nulle exclusive idéologique ou politique ni le moindre tabou sur quelque sujet que ce soit à l'intérieur de notre espace médiatique, tant que toutes les parties placent l'intérêt supérieur du pays au-dessus de toute autre considération. C'est dire que nos orientations reposent sur la liberté d'opinion, le pluralisme, la transparence et l'esprit de réforme. Notre finalité reste toujours la même: jeter les bases d'une presse libre et impartiale, aux choix et au contenu de laquelle s'associeraient toutes les énergies nationales parmi les gens du métier et spécialistes compétents. Telle est justement, la raison d'être du Conseil supérieur de la communication que nous avons tout récemment encore renforcé en élargissant les attributions et en y intégrant des compétences supplémentaires dans un sens pluraliste et sur la base du seul critère de la valeur personnelle.

Mais toujours est-il qu'il reste encore un long chemin à parcourir pour faire évoluer le discours médiatique et conforter l'audience et la crédibilité de la presse afin qu'elle réponde aux attentes de l'opinion publique. Nous comptons, en tout premier lieu, sur la famille de l'information afin qu'elle assume ses responsabilités dans le succès de cette démarche et la mise au point des normes et de l'éthique de la profession de manière à la prémunir des risques de dérapage et à jeter les bases d'une information moderne et évoluée.

Citoyens,
Citoyennes,

Nous avions annoncé, dans la déclaration du 7 novembre, que nous entendions, sur le plan extérieur, maintenir nos bonnes relations avec les pays frères et amis et que nous étions résolus à respecter nos engagements. De même, nous avions défini très clairement la place de choix qui sied à notre dimension à la fois arabe, islamique, africaine et méditerranéenne. Nous avions, également affirmé que nous nous attellerons à concrétiser, à pas sûrs, l'unité du Grand Maghreb Arabe dans le cadre de l'intérêt commun. Cette volonté aura marqué de son sceau notre politique extérieure depuis le changement. Dès le premier jour, nous avons entrepris de poser les jalons d'un Maghreb arabe unifié, en contribuant avec nos frères dirigeants des Etats maghrébins à assainir le climat, à faire régner l'esprit de réconciliation et à cimenter les liens de fraternité, de solidarité et de coopération entre les peuples de notre région.
Nous sommes parvenus, grâce à cette détermination, à asseoir les bases de notre union, à mettre en place ses institutions et à fixer des délais pour les étapes devant conduire au parachèvement de l'édifice maghrébin.

Bien que le processus maghrébin ait subi dernièrement quelque ralentissement dû à certaines difficultés conjoncturelles passagères, une telle situation ne saurait nous empêcher d'aller de l'avant dans la réalisation des objectifs que nous avons tracés et visant à consolider l'édifice maghrébin et à en renforcer les fondements.

Alors que nous nous apprêtons à assumer à notre tour la présidence de l'UMA, à compter de janvier prochain, nous nous attacherons à œuvrer avec nos frères, les dirigeants maghrébins, à donner une nouvelle impulsion au processus d'union et à réaliser dans les délais fixés les programmes arrêtés en commun, afin que nous soyons au diapason des changements que vit le monde et que nous soyons au rendez-vous des échéances historiques auxquelles s'apprêtent les divers groupements régionaux.

Ayant fixé, parmi les objectifs principaux du changement, l'enracinement de la Tunisie dans son environnement arabe et le renforcement de ses relations avec la grande famille arabe, pour être en harmonie avec les liens tissés par l'histoire et la civilisation et partant de notre foi en un avenir commun, nous avons accordé à nos relations bilatérales avec l'ensemble des pays arabes toute l'importance requise et contribué de manière efficiente aux efforts tendant à mettre de l'ordre dans la maison commune arabe.

Convaincus de la justesse de la cause palestinienne et de la nécessité de lui trouver une solution pacifique, nous ne cessons d'apporter notre soutien à cette cause dans les diverses instances internationales et d'appuyer les efforts internationaux en vue d'aboutir à un règlement juste, global et durable de la crise du Moyen-Orient, un règlement fondé sur la restitution des territoires arabes occupés et l'échange de la terre contre la paix.

Fidèles à notre engagement d'apporter un soutien total et constant aux choix des Palestiniens et aux solutions qu'ils préconisent, nous avons facilité le dialogue palestino-américain et encouragé ensuite le processus de paix par notre présence à la conférence de Madrid et notre participation aux négociations multilatérales.

Nous sommes disposés à prendre toute initiative que nos frères palestiniens estiment utile au service de leur juste cause et pour instaurer la paix et la stabilité. Nous nous employons, sur cette base, à renforcer le processus de paix et nous sommes disposés, comme nous l'avons annoncé, à accueillir les rounds de négociations auxquels les Palestiniens accordent la plus haute importance pour l'avenir de leur cause et son triomphe.

Citoyens,
Citoyennes,

La Tunisie, attachée à sa sublime religion et fière de son appartenance à la nation islamique, demeure convaincue de l'importance de l'action islamique commune et de son efficience. Aussi, s'est-elle employée à la renforcer par sa participation constructive aux différentes activités de l'Organisation de la conférence islamique et de ses institutions spécialisées, dans le but de consolider la véritable fraternité islamique, de préserver notre sublime religion et de consacrer ses valeurs essentielles qui sont celles de la tolérance, de la modernisation et du juste milieu, de servir les intérêts de la nation islamique et de renforcer sa sécurité et sa stabilité.

Nous avons également accordé, au lendemain du changement, une attention particulière à notre appartenance africaine. Nous n'avons ménagé aucun effort lorsqu'il s'est agi d'appuyer les causes d'émancipation et de libération, de renforcer la coopération bilatérale et d'aider les jeunes Etats à asseoir leur indépendance et à consolider leurs institutions naissantes.
Nous avons, en outre, apporté notre contribution à tous les efforts communs, à travers notre participation agissante au sein des différentes instances africaines et plus particulièrement au niveau de l'Organisation de l'Unité Africaine dont notre pays abritera le sommet en 1994.

Notre attachement à la Charte des Nations Unies, ainsi qu'à la paix et à la sécurité internationales, s'est illustré de même à travers notre acceptation de la demande de l'ONU s'agissant de la participation d'un certain nombre de nos soldats, de nos officiers et de nos agents de l'ordre au sein de contingents des Nations Unies pour assurer la paix et la sécurité en Namibie, au Sahara occidental, dans l'ex-Yougoslavie et au Cambodge.

Nous fondant sur l'ouverture de notre pays sur le monde et son interaction féconde avec les différentes civilisations, nous nous employons, depuis le changement, à renforcer nos relations avec les pays d'Europe occidentale et du bassin méditerranéen, compte tenu de la grande importance qu'elles représentent pour nos échanges extérieurs, économiques, commerciaux, culturels et humains. Nous avons consacré des efforts pour approfondir le dialogue avec la Communauté européenne afin que nos relations avec elle puissent s'adapter au processus d'unification totale dans lequel cette communauté est engagée, et cela au double plan bilatéral et régional, à travers notamment le dialogue entre les Etats de l'Union du Maghreb arabe et les Etats européens du bassin occidental de la Méditerranée, dit dialogue des "5+5", et le dialogue "5+12" entre les pays de l'UMA et ceux de la CEE.

Nous nous sommes attachés, par ailleurs, à élargir le réseau des relations de la Tunisie avec les divers autres pays et, plus particulièrement, avec les pays d'Amérique et d'Asie et ce, par l'ouverture de centres diplomatiques ou l'extension des prérogatives de missions déjà établies.

Cependant, notre action ne s'est pas limitée aux canaux bilatéraux que nous nous sommes toujours souciés de promouvoir et d'enrichir, mais a été étayée par une contribution constante à l'action internationale multilatérale destinée à renforcer la coopération de manière à répondre aux aspirations légitimes des peuples du Sud, en particulier, et à celles de l'ensemble de la communauté internationale, en général, dans le but d'instaurer un nouvel ordre international fondé sur la justice, les intérêts communs et une véritable entraide entre les nations.

Nous avons pris, sur ce plan, un ensemble d'initiatives et appelé à la conclusion d'un contrat de développement et de coopération ente le Nord et le Sud et préconisé le partenariat et le co-développement sur la base des intérêts mutuels. Nous avons également appelé à l'allégement du poids de la dette pour les pays en développement, y compris les pays à revenus moyens, et au recyclage du service de la dette dans des projets de développement d'ordre écologique afin de protéger l'environnement et d'assurer les conditions de succès à un développement durable.

Nous nous sommes constamment attachés à réaliser le rapprochement et la coexistence entre les peuples, consacrer le dialogue et la négociation en tant que voie pour la solution des conflits, le respect des Etats et la non-ingérence dans leurs affaires intérieures, et pour parvenir à l'instauration de relations internationales fondées sur l'entente et la concorde. Nous sommes, en effet, convaincus que le nouvel ordre auquel nous aspirons passe inéluctablement par une solution pacifique et durable de tous les conflits déclarés et par une atténuation de la course à l'armement, qui conduit à l'épuisement de ressources considérables et d'énergies immenses aux dépens de la promotion des peuples et de leur prospérité et menace à tout instant la détente internationale.

Citoyens,
Citoyennes,

Nous sommes parvenus, en une courte période, à surmonter le legs du passé avec toutes ses insuffisances, à rendre au peuple sa confiance en lui-même et en ses capacités, à réaliser le consensus national longtemps attendu et à lui réunir toutes les conditions propices et les moyens de participer à l'enrichissement de l'expérience démocratique et de gagner le pari du développement intégral.

Toutes les réalisations importantes accomplies jusqu'ici représentent une plate-forme solide pour avancer sur la voie de la construction économique et du progrès social.

De même, la liberté, la dignité, la sécurité et la stabilité dont jouit, aujourd'hui, le citoyen en Tunisie sont la résultante tant des réformes politiques et des réalisations économiques que des acquis sociaux, culturels et de jeunesse enregistrés par notre pays aux cours des cinq dernières années. Elles sont, également, à la base des espoirs qu'il nourrit, de sa confiance dans le présent et de son aspiration à un avenir meilleur. Elles suffisent pour susciter chez les Tunisiens et les Tunisiennes un sentiment de fierté et la volonté de persévérer davantage dans l'effort, au service de l'intérêt de la patrie.

Autant nous sommes fiers de ces réalisations, autant nous mesurons la dimension cruciale de l'étape qui nous attend aujourd'hui et demain. La sagesse nous commande de continuer à nous préparer pour pouvoir remédier aux difficultés internes que pourraient engendrer les aléas climatiques et la rareté des ressources et d'être totalement prêts à faire face aux pressions et aux défis extérieurs qui pourraient naître de l'institution du marché unique européen, ou d'autres groupements régionaux, et des mutations économiques et financières croissantes que la situation mondiale nouvelle commence à faire surgir.

Sachant que l'action réformatrice ne peut être efficiente que par la persévérance, l'endurance et le rejet de la mentalité d'assisté et que l'avenir ne peut être garanti que dans la mesure où nous aurons réussi à nous adapter à la nouvelle donne mondiale, nous ne pouvons que mesurer l'importance de la stratégie nationale que nous avons élaborée pour franchir cette nouvelle étape dans la marche de notre pays, aux plans national et international, et apprécier à la fois l'audace et la clairvoyance qui la marquent.

Ce qu'il convient surtout de mettre en relief, ici, c'est la nécessité pour nous, en tant que communauté nationale cohérente et solidaire, de préserver la force d'impulsion du changement et de la réforme, afin de pouvoir renforcer la capacité de notre pays à s'adapter aux grandes mutations mondiales auxquelles nous assistons et, partant, de maîtriser les problèmes essentiels dont les plus marquants sont l'emploi et l'élévation du niveau de vie des citoyens et des citoyennes.

Il est indispensable pour un pays comme le nôtre, qui ne possède pas de grandes richesses naturelles, de consacrer davantage d'efforts au développement de ses ressources humaines et de continuer à raviver les valeurs qui se rattachent au travail et à l'effort, et à inscrire dans la réalité de notre action économique et de notre politique de développement, en tant que tout, les principes d'efficacité et de rentabilité.

Citoyens,
Citoyennes,

Notre pays a connu, depuis le milieu des années soixante, des événements et des crises plus ou moins graves, mais aucun n'a atteint les proportions de ce qui se serait passé fin 1987.

Vous vous rappelez tous comment les calculs personnels étriqués avaient obnubilé les esprits de nombre de ceux qui étaient au pouvoir ou qui gravitaient autour, jusqu'où étaient allées les spéculations des amis autant que des ennemis de la Tunisie, combien enfin les citoyens et les citoyennes étaient désemparés devant l'incertitude de leur avenir et de celui de leurs enfants, ainsi que devant le destin de leur patrie pour l'indépendance, l'invulnérabilité et la pérennité de laquelle ils ont consenti tous les sacrifices. Plus encore, la perplexité avait fait place à la peur, jusqu'à l'avènement du 7 novembre et l'acte que nous avons entrepris, ce jour-là. Dieu changea, alors leur crainte en confiance, comme il est dit dans le Coran: "croyez-vous entrer dans le paradis sans avoir éprouvé les maux qu'on éprouvés ceux qui vous ont précédés? Les malheurs et les calamités les visitèrent, ils furent ballottés par l'adversité au point que le Prophète et ceux qui croyaient avec lui s'écrièrent: "Quand donc arrivera le secours de Dieu?" Le secours du Seigneur est certes proche". Dieu nous a apporté son secours et nous a rassérénés, ce qui nous a permis de triompher de toutes les difficultés y compris des imposteurs. Il nous a également éclairé la voie et facilité ce que nous avons accompli dans une conjoncture intérieure et extérieure des plus difficiles. Il y eut la sécheresse, l'invasion des criquets, les inondations survenues à la suite de la crise économique. Il y eut ensuite la crise du Golfe et ses répercussions négatives, la montée des tensions dans la région, les tentatives des extrémistes et des terroristes, la fermeture des portes de l'émigration et le changement des positions internationales vis-à-vis des problèmes du développement.

Malgré tout cela, nous avons réussi, Dieu soit loué, à changer la réalité du pays, à instaurer des relations civilisées entre l'Etat et les citoyens et entre les citoyens eux-mêmes ; nous avons renforcé les capacités propres du pays en réduisant les complications administratives, en limitant l'intervention de l'Etat et en ouvrant la voie devant l'initiative privée et nous sommes devenus plus aptes à maîtriser les moyens d'existence et de progrès.

Nous puisons dans notre glorieuse histoire et dans la générosité de notre peuple, en toutes circonstances et à tout moment, assez de ressources habilitant notre pays à poursuivre la réalisation des objectifs prônés par les précurseurs de la renaissance et de la réforme, à raviver le flambeau repris après eux par les leaders, les combattants et les militants, occupant diverses positions, et à concrétiser les idéaux autour desquels se sont réunies les différentes catégories et les élites.

Tout en réitérant notre engagement au service du changement et de la réforme, depuis le 7 novembre, qui s'est toujours attaché à consacrer les valeurs de citoyenneté et à placer les intérêts de la nation au plus haut niveau, nous sommes déterminés à poursuivre l'action avec sérieux afin que la Tunisie soit demain meilleure qu'aujourd'hui, comme elle est, aujourd'hui, mieux qu'elle ne fut hier.

Puisse la Tunisie être, chaque année, plus prospère.

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