Carthage, le
7 Novembre 1991
Discours
du Président Zine El Abidine Ben Ali
à l'occasion du IVème anniversaire du 7 Novembre
1987
Au
nom de Dieu, Clément et Miséricordieux
Citoyens,
Citoyennes,
Depuis le Changement du 7 Novembre, nous avons pris coutume
de fêter cet anniversaire, chaque année.
A
cette occasion, je m'adresse à vous chaque fois pour
vous entretenir de l'état de la nation, de ce que nous
avons accompli sur la voie du progrès, des difficultés
et des défis que nous rencontrons, des orientations
et des programmes que nous traçons pour l'avenir ainsi
qu des espoirs que nous y fondons et que nous ambitionnons
de concrétiser moyennant la conjugaison des efforts
de tous.
Grâce
à la cohérence de notre stratégie, à
la clarté de la démarche que nous avons adoptée,
aux fondements solides sur lesquels nous avons bâti
notre économie et, de manière plus générale,
à notre action de développement, nous avons
réussi, malgré les difficultés liées
à la conjoncture, à franchir des étapes
considérables sur la voie d'un développement
intégral et harmonieux matérialisant ainsi les
principes du 7 Novembre.
Si
les premières années du processus de Changement
ont été marquées par des difficultés
d'ordre naturel et climatique qui ont amplifié l'impact
des difficultés économiques internationales
et locales, de même que les répercussions du
Plan de redressement structurel de notre économie,
l'année écoulée n'a pas été,
elle non plus, exempte de difficultés et des défis
tant endogènes qu'exogènes.
La
crise du Golfe aura représenté, avec son cortège
d'incidences directes et ses séquelles, l'épreuve
la plus importante que notre économie nationale a eu
à subir ces derniers temps sur les plans du tourisme,
de l'exportation, de l'investissement et du marché
de l'emploi. Cette crise a, en effet, éclaté
à un moment où notre pays réalisait un
taux de croissance de l'ordre de 6% par an et commençait
à connaître une relance économique bien
réelle qui nous ouvrait de vastes perspectives, mais
la crise a modifié cette orientation en occasionnant
quelques perturbations surtout au niveau de développement,
de l'emploi et des équilibres généraux.
Sur
ces entrefaites, un groupe d'extrémistes et d'obscurantistes
a cherché à profiter des circonstances et à
exploiter le sentiment national et religieux des Tunisiens
et des Tunisiennes pour jeter le pays dans une aventure aux
conséquences funestes, dans le dessein d'entraver la
marche de la nation et de faire régner l'anarchie et
le désordre.
L'économie nationale a acquis une solidité qui
lui a permis de surmonter les obstacles imprévus qui
s'étaient succédé sans discontinuer à
un moment où nous consacrions tous nos efforts à
liquider les séquelles du passé et à
redresser notre situation économique.
Les
prévisions faites en début d'année annonçaient
une stagnation de la production, une régression des
investissements et une contraction des créations d'emplois,
le tout conjugué avec un déficit de la balance
des paiements et des contraintes supplémentaires au
niveau de budget général de l'Etat.
Mais,
Dieu merci, le bilan de l'année est, semble-t-il, de
loin meilleur que prévu. On s'attend, en effet, à
une évolution positive du taux de croissance du P.N.B.
d'environ 2,8%, performance à laquelle ont contribué
une excellente saison agricole et le bon comportement de certains
autres secteurs particulièrement dynamiques tels que
ceux de l'exportation, de l'industrie et du tourisme, qui
ont pu, en fin de compte, compenser les retombées de
la crise. On s'attend également à ce que l'impact
au niveau de l'investissement, de l'emploi et des équilibres
financiers, soit, de manière générale,
moins sensible qu'on ne le craignait.
Il
convient, à cette occasion, de louer l'esprit de solidarité
nationale, qui s'est illustré à travers la bonne
volonté dont les travailleurs ont fait preuve et l'engagement
pris par les chefs d'entreprises à sauvegarder l'emploi,
en dépit de la conjoncture difficile qu'ils ont vécue.
Une
amélioration enregistrée par notre économie
nationale par rapport à ce que nous craignions, démontre
sans équivoque qu'elle a acquis une aptitude réelle
à surmonter les difficultés, tout en préservant
la continuité de l'action de développement et
du processus de redressement général, ce qui
ne fait que conforter notre conviction quant à la justesse
de nos orientations.
Au
nombre des plus importantes et des plus ambitieuses de ces
réformes, figurent celles relatives à la fiscalité,
en tant qu'instrument efficace au service de l'économie
nationale et pierre angulaire de l'instauration de la justice
sociale. Cette réforme a pour but de récompenser
l'effort et de stimuler la production. Elle vise également
à garantir une répartition plus équitable
des charges fiscales entre les différentes catégories
de la société, chacune selon ses capacités
effectives.
Les
réformes ont aussi concerné d'autres secteurs
aussi sensibles que multiples, dont la libéralisation
progressive des rouages économiques tant au niveau
de l'investissement qu'à celui de l'importation et
des prix, l'objectif recherché étant de permettre
à l'entreprise de maîtriser les outils de sa
gestion et d'instaurer un climat de saine émulation
à même d'inciter à l'augmentation de la
production, à la compression des coûts et à
l'amélioration de la qualité.
Cette
libéralisation graduelle a permis d'amorcer parallèlement
la réforme du système monétaire et financier
dans le but de la moderniser, et d'en renforcer l'aptitude
à évoluer au diapason des impératifs
de développement, grâce à une mobilisation
rationnelle des ressources financières et à
leur mise au service de l'action de développement de
la manière la plus appropriée.
Dans
cette optique, nous sommes parvenus à concevoir le
cadre adéquat pour la restructuration et la privatisation
des entreprises publiques opérant dans les secteurs
concurrentiels.
Cette
démarche procède de notre conviction quant à
la nécessité d'une redistribution des rôles
entre le secteur public et le secteur privé. Afin que
l'Etat puisse se consacrer à son rôle fondamental
dans l'orientation de la politique économique et la
mise en place des infrastructures de base et des prestations
sociales nécessaires à l'uvre de développement.
Bien que récent, ce programme a déjà
permis d'améliorer la production et la productivité
et même, dans certains cas, de créer de nouveaux
emplois. Cela est de nature à dissiper les appréhensions,
vaincre les hésitations et à confirmer la justesse
de nos options.
Parallèlement
à ces réformes, nous nous sommes penchés
sur le dossier de l'administration, laquelle constitue l'instrument
principal dans l'exécution de la politique du gouvernement.
Nous avons ainsi mis au point un programme cohérent
en vue de la réformer et de la moderniser. Nous avons
entrepris de simplifier les procédures et d'introduire
des réformes au niveau des structures de l'administration
pour en garantir l'efficience. Un Secrétariat d'Etat
a été créé ayant, entre autres
attributions, la charge de veiller à la poursuite de
la réforme. Il est également chargé de
veiller à une meilleure organisation interne des administrations
et à une utilisation optimale des effectifs humains
disponibles, dans le cadre d'une vision globale aux fins d'améliorer
la qualité des services publics et de relever le niveau
des prestations rendues aux citoyens.
Cette
volonté permanente de redressement a permis d'atteindre
la plupart des objectifs inscrits au VIIème Plan. C'est
ainsi qu'il est prévu que le taux de croissance moyen
dépasserait les 4% par an, tandis que les équilibres
financiers devraient connaître une amélioration
sensible, grâce à l'évolution du rythme
des exportations qui est supérieur à 11% par
an aux prix constants, soit le double du score attendu. Ces
indicateurs afférents à la dette révèlent
en même temps une évolution positive constante
qui inspire la satisfaction et conforte la crédibilité
de notre pays. Des réalisations non moins importantes
ont été accomplies dans d'autres secteurs aussi
sensibles. On en retiendra en particulier les étapes
tangibles qui ont été franchies dans le renforcement
du développement et la consécration effective
du principe de décentralisation. Dans ce cadre, nous
avons entrepris de mettre en place un ensemble de réseaux
de communication et d'infrastructures. Nous avons également
créé un Ministère de l'Environnement
et de l'Aménagement du Territoire appelé à
rationaliser et à organiser l'aménagement et
à veiller à l'adéquation entre l'industrialisation
et les conséquences qui en découlent au niveau
de l'environnement. Le but en est à la fois d'assurer
une abondante production de qualité et de préserver
les éléments naturels et humains de toute forme
de pollution ou de dégradation du milieu écologique.
Il s'agit, en définitive, de renforcer notre propre
potentiel de développement et de réaliser un
développement sain dans notre pays.
Ces
réformes et les résultats positifs auxquels
elles ont permis d'aboutir, constituent les premiers fondements
sur lesquels nous avons assis les orientations de notre Plan
de développement à venir, qui vise à
consolider l'infrastructure économique e t à
rénover l'appareil de production pour aller de pari
avec les progrès technologique de par le monde et répondre
aux attentes de la communauté nationale.
Nous
avons veillé à ce que le VIIIème Plan,
en tant que premier du genre en cette ère nouvelle,
se distingue par sa méthodologie autant que par son
contenu. Aussi, avons-nous accordé à la dimension
régionale une place prépondérante qui
s'est traduite par le démarrage rapide des travaux
d'élaboration du Plan à l'échelon régional,
afin que les conclusions de ces travaux servent de plate-forme
aux délibérations des commissions au niveau
national et assurent une liaison permanente entre les deux
échelons à chaque stade de l'élaboration
du Plan, et ce, en vue d'insérer les préoccupations
et aspirations des régions dans le contexte du Plan
national. Ce faisant, nous avons adopté la règle
d e la consultation élargie en tant que méthode
de travail compatible avec nos orientations démocratiques
qui tendent à promouvoir la participation et le dialogue
et offrent un terrain propice à la mobilisation de
toutes les énergies pour réaliser nos objectifs
et nos ambitions.
En
fondant notre politique sur le dialogue et la concertation,
nous procédons d'une conviction profonde exprimée
en toute clarté et pratiquée concrètement
depuis le Changement. Cette politiques se trouve aujourd'hui
corroborée par l'impératif de la mobilisation
de toutes les énergies afin de relever les défis.
Les bouleversements que connaît la scène internationale
en sont à leur paroxysme et vont certainement se poursuivre.
Ces changements sont porteurs de profondes mutations quant
au rééquilibrage du poids économique
et à l'émergence de nouveaux blocs régionaux.
D'ores et déjà, certaines difficultés
et pressions ont commencé à poindre à
l'horizon pour ce qui est des financements extérieurs.
C'est là une évolution à laquelle nous
devons sérieusement nous préparer afin de transformer
les périls latents en autant d'opportunités
de développement et de progrès, notamment par
l'utilisation à bon escient de ces financements par
la mobilisation de l'épargne intérieure et une
meilleure exploitation de nos ressources nationales.
De
même, les développements qui ont commencé
à se faire jour au niveau de la structure démographique,
laquelle se caractérise désormais par un fléchissement
notable du croît démographique accompagné
d'un accroissement important du poids de la jeunesse, nous
dictent de répondre aux besoins et aux aspirations
grandissants dans les domaines de l'éducation, de la
formation, d e l'emploi et des équipement sociaux.
Nous
avons d'ailleurs situé nos orientations en matière
de développement pour la 4ème décennie
et le VIIIème Plan dans le cadre général
de cette conjoncture en pleine mutation tant qu plan intérieur.
Nous avons fixé, en conséquence, les règles
à adopter, les constantes auxquelles il faudra s'attacher
et les poli§tiques et mesures nécessaires pour
atteindre les objectifs visés.
Il
est désormais clair, si l'on se réfère
aux donnée set aux hypothèses disponibles, que
la Tunisie n'a point d'autre échappatoire, pour relever
les défis et inscrire son propre développement
dans la durée, que d'accomplir un bond décisif
en matière de gestion économique en optant pour
des méthodes basés essentiellement sur les critères
de rentabilité et de fiabilité.
Nous allons nous employer à concrétiser ces
objectifs en poursuivant et en accentuant la politique de
réforme dans de nombreux domaines sensibles qui appellent
un surcroît d'efforts. Il s'agit principalement de l'ouverture
économique, de la liberté d'entreprendre et
du renforcement du secteur privé.
Dans
notre esprit, ce choix n'obéit point à des considérations
d'ordre théorique ou idéologique. Nous y voyons,
au contraire, l'instrument idéal pour assurer l'efficience
de l'action de développement et accroître les
performances de l'entreprise économique et la rentabilité
de l'investissement.
Nous
nous emploierons dans ce cadre à franchir de nouvelles
étapes dans le sens de la libéralisation du
commerce extérieur. De nouvelles mesures seront prises
dans les années à venir pour libérer
les importations, selon un programme bien étudié
qui protégera, de façon raisonnable, le tissu
industriel national contre la concurrence mondiale déloyale.
Dans
ce même contexte, nous poursuivrons la politique de
libération des prix à travers le cadre juridique
de la concurrence et ce, en instituant des règles éthiques
aux activités économiques selon un système
caractérisé par la transparence et l'encouragement
des bonnes volontés à la créativité,
à l'innovation et à l'émulation.
Nous
nous sommes particulièrement souciés de défendre
le consommateur. Ainsi, nous avons ordonné l'instauration
d'un large dialogue entre les organisations nationales, les
professionnels et les autres parties concernées pour
étudier les meilleurs moyens d'assurer une protection
raisonnable du consommateur qui tienne compte de la situation
actuelle de l'appareil de production et de sa capacité
à répondre à de multiples normes, en
attendant d'entreprendre, au cours du VIIIème Plan,
la mise en uvre du programme d'amélioration des
produits tunisiens et de leur compétitivité
sur les marchés intérieurs et extérieurs.
De
même, nous avons porté un intérêt
particulier à la question de la compensation dont nous
faisons l'une des constantes de notre politique sociale qui
vise à assister les catégories à revenus
limités. Nous avons chois de maintenir la Caisse de
Compensation tout en veillant à en rationaliser l'intervention
pour en alléger, progressivement, les charges qui pèsent
sur la budget de l'Etat et en uvrant à ce que
son assistance aille à l'avenir aux seules familles
à revenus modestes.
Nous
nous emploierons simultanément à adapter les
système des encouragements, dans les divers secteurs,
aux mutations et aux priorités e t à l'harmoniser
avec la réforme fiscale, en dépassant l'étape
de la multiplicité des codes d'investissement pour
nous acheminer vers un code unique régissant tous les
secteurs, et qui tienne compte d'impératifs bien définis,
comme le développement régional, l'acquisition
de la technologie et l'exportation, et qui accorde les encouragements
de façon objective, simplifiée et transparente.
Cette réforme aidera à fixer le cadre général
de la politique économique en tant que meilleur garant
pour impulser l'investissement intérieur et attirer
l'investissement extérieur dont nous avons largement
besoin pour diverses considérations, les plus importantes
étant la conquête des marchés étrangers
pour l'écoulement de nos produits, l'acquisition et
l'assimilation de la technologie. Il s'agit, en même
temps, de réduire le recours à l'emprunt.
Nous
accordons au développement régional la place
qu'il mérite en tant que fondement de l'action de développement
et en tant que voie idéale pour mobiliser toutes les
énergies et en assurer le bon usage. Nous avons, depuis
le Changement, entamé la concrétisation de ce
choix, en créant les Conseils régionaux et en
leur conférant des attributions étendues dans
la gestion du développement régional. Nous avons,
aussi, arrêté une série de nouvelles mesures
dont la plus importante est la création de sociétés
régionales d'investissement chargées de concevoir
les projets et d'en encourager la réalisation dans
les régions. Notre devoir est de soutenir et de consolider
ces sociétés afin qu'elles s'acquittent au mieux
de leur tâche.
Pour réaliser nos ambitions et atteindre nos objectifs,
nous n'avons d'autre choix que d'engager avec audace et assurance
la réalisation de ces différentes réformes,
seules susceptibles de bâtir la Tunisie de demain. Nous
sommes, en effet, convaincus que les avantages qu'elles apportent
au pays et les perspectives qu'elles lui ouvrent l'emportent
largement sur les coûts et les sacrifices qu'elles nécessitent.
Grâce
à ces réformes, nous pourrons accélérer
le rythme de développement, employer une plus grande
part d e la main-d'uvre additionnelle, dans le cadre
d'équilibres financiers sains, préservant la
crédibilité du pays et garantissant toutes les
chances du développement à l'avenir. Je ne manquerais
pas, ici, de réaffirmer que notre succès dans
la réalisation de ces objectifs sera à la mesure
de note engagement à uvrer avec sérieux
et détermination pour augmenter la production et améliorer
la productivité et également de notre cohésion
autour de cet ambitieux programme de développement.
Les
événements survenus sur la scène internationale
au début de cette année et les retombées
sur l'économie de notre pays et celle de l'ensemble
des pays du monde ont confirmé le bien-fondé
de notre choix qui accorde à l'agriculture une place
privilégiée dans notre politique de développement.
Il a été, ainsi, établi que l'agriculture
est à la base de toute action de développement
reposant sur les ressources propres à chacun et que
la réalisation de la sécurité alimentaire
n'est pas impossible dès lors que la volonté
existe et que les efforts sont conjugués pour lui assurer
les conditions propices.
C'est
dans cet esprit que l'agriculture et la pêche ont, depuis
le changement, bénéficié d'une attention
constante, dans le cadre de l'uvre de développement
économique. Nous nous sommes ainsi imposés un
rythme soutenu quant aux mesures et décisions incitatives
prises dans le but d'aider les agriculteurs à moderniser
leurs méthodes d'exploitation, à augmenter la
production et à garantir l'efficience de la gestion
et l'efficacité dans la réalisation.
Soucieux
d'imprimer l'impulsion nécessaire à l'investissement
et d'allouer à l'agriculture les fonds que nécessite
une telle impulsion, nous avons entrepris de simplifier les
procédures et de rapprocher les services des agriculteurs.
Bientôt, nous ouvrirons le dossier du crédit
agricole qui, à nos yeux, représente la pierre
angulaire de la réalisation de ces objectifs.
Nous
avons également institué une politique des prix
et revenus encourageante pur les agriculteurs et débloqué
les fonds nécessaires pour entamer la réalisation
de plans ambitieux visant à mobiliser les ressources
hydrauliques, renforcer l'infrastructure et les programmes
de boisement et protéger les terres agricoles de l'érosion
et de la désertification.
Le
plan visant à lutte contre la sécheresse et
à fixer les populations sur leur sol repose sur deux
principes: le premier concerne la nécessité
de prévenir les années de sécheresse,
de mobiliser les ressources et d'orienter la production conformément
aux exigences de l'économie d'eau. Le but en est de
maintenir le niveau de la production et d'éviter que
celle-ci n'atteigne un seuil qui mettrait la sécurité
alimentaire en péril ou affecterait les revenus des
agriculteurs.
Quant
au second principe, il consiste, en plus de l'augmentation
de production et de l'amélioration de la productivité,
à préserver et développer les forces
de production, en les protégeant contre l'exploitation
abusive et les fléaux naturels tels que l'érosion
et la désertification. C'est que protéger ces
ressources revient à préserver l'avenir de nos
générations qui constitue pour nous une grande
responsabilité. Sans cette action de préservation,
le développement ne saurait être permanent.
Nous
considérons, cependant, que pour relever ces défis,
l'effort d'aide, de soutien et d'encadrement fourni par l'Etat
ne suffit pas, tant il s'agit d'une tâche qui demeure
tributaire de la contribution des agriculteurs à cet
effort. Nous sommes persuadés que l'agriculteur tunisien
est capable de s'assumer et d'être un élément
agissant du circuit économique. Dès lors, tous
les agriculteurs sont appelés à consolider leurs
structures professionnelles qui n'ont pas uniquement pour
tâche de leur faciliter les services mais aussi, et
essentiellement, d'être l'interlocuteur valable des
différentes parties avec lesquelles elles sont en rapport,
qu'il s'agisse de partenaires économiques, gouvernementaux
et non-gouvernementaux ou même de partenaires étrangers
désireux de traiter avec nous dans le cadre de la sous-traitance
et du renforcement de l'investissement dans le secteur agricole,
afin de développer la production et de participer à
l'exportation.
Nous
avons soumis la question des terres domaniales agricoles à
une large consultation nationale à la faveur de laquelle
il a été possible de prendre une série
de décisions pour les appliquer dans la transparence
la plus totale. Parmi ces mesures figure la restructuration
des terres domaniales agricoles selon des critères
reposant sur l'efficience et l'amélioration de la production.
Eu
égard à l'importance de la régularisation
de la situation foncière des terres agricoles, l'Etat
a repris possession des domaines qu'il avait confiés
aux offices agricoles et qui n'avaient pas été
cédés. Cette action a été menée
après la création du ministère des Domaines
de l'Etat qui s'est chargé de la gestion de l'aspect
foncier de ces domaines.
Nous
poursuivrons l'assainissement de la situation foncière
des terres collectives et des terres habous en accordant des
titres de propriété à leurs ayant s droit
et en les soustrayant à l'indivis.
Nous
continuerons aussi à résoudre les problèmes
d'ordre foncier qui se posent au niveau des agglomérations
implantées anarchiquement sur les terres domaniales
pour régulariser définitivement cette situation
foncière, en tenant compte, en toute compréhension,
des cas sociaux.
Le
dossier des domaines de l'Etat a constitué l'une de
nos principales préoccupations depuis le Changement
en raison de la situation floue dans laquelle ils étaient
demeurés durant des décennies. C'est pourquoi
nous avons souligné dans la déclaration du 7
Novembre qu'il n'y aura point de laxisme face à la
dilapidation du bien public.
L'intérêt
accru que nous portons à l'aspect social de notre politique
de développement procède de notre conviction
de la nécessité d'utiliser au mieux les fruits
de l'effort de développement pour servir le citoyen,
réaliser ses aspirations à une vie digne et
à un lendemain meilleur et aider particulièrement
les économiquement faibles qui sont les plus exposés
aux incidences négatives du développement.
L'attention
que nous accordons au citoyen demeurera l'une des constantes
fondamentales de notre action de développement, en
dépit du caractère délicat d e la conjoncture
qui prévaut aux échelles tant intérieure
qu'extérieure. Nous entendons ainsi réaffirmer
notre volonté d'édifier une société
équilibrée, reposant sur la justice, l'entente
et l'égalité des chances.
Il
est, dès lors, naturel que l'Etat supporte en premier
les charges du développement social et qu'il uvre
à concrétiser les objectifs qu'il s'est assignés
en ce qui concerne l'emploi, la protection sociale, la santé,
l'enseignement et l'habitat. C'est que nous avons désormais
dépassé la dialectique de l'incompatibilité
entre développement économique et développement
social. Ainsi, nous avons tenu à inscrire la politique
de progrès social dans une stratégie de développement
globale et cohérente, traduisant notre aspiration a
venir à bout des facteurs de sous-développement,
à édifier une société juste et
à conforter la stabilité politique et sociale.
Il n'en est de meilleure preuve que l'accroissement continu
du volume des transferts sociaux qui a atteint 20% du PIB.
L'emploi
demeure en tête de nos préoccupations en tant
que défi majeur auquel fait face la communauté
nationale, tant il se répercute sur l'équilibre
de la société et sur sa stabilité et
traduit le degré de succès de nos choix en matière
de développement pour ce qui est de la solution des
problèmes fondamentaux de la société.
C'est pourquoi nous avons déployé tous les efforts
possibles pour instaurer l'atmosphère propice à
l'investissement, en révisant certaines législations
pour les adapter aux exigences du développement, assainir
le climat social, renforcer la quiétude et réhabiliter
le travail en tant que valeur. Nous avons ainsi pu, tout au
long des quatre années écoulées, créer
17 mille postes de travail, malgré des conditions naturelles
difficiles et une situation économique délicate
et ce, grâce aux crédits consentis par l'Etat
et aux efforts des partenaires sociaux. Si les réalisations
accomplies dans ce domaine sont restées en deçà
de nos ambitions, en dépit des efforts que nous avons
déployés, nous nous devrons de reconnaître
que la lutte contre le chômage demeure une responsabilité
collective car les institutions de l'Etat ne peuvent à
elles seules y faire face.
La
pari est de taille et nous commande, à tous, de redoubler
d'efforts et de persévérance, de concevoir les
solutions qui permettent de mettre à profit les potentialités
disponibles en vue de satisfaire le plus grand nombre possible
de demandeurs d'emplois et de faire preuve d'esprit d'initiative.
Conscients
de l'importance du rôle dévolu à toutes
les parties dans la consolidation de la paix sociale, la consécration
du comportement démocratique responsable des différents
agents de production, l'instauration des conditions propices
à la dynamisation de l'économie et à
la poursuite de la réforme et de l'action de développement
intégral, d'enf aire un mode de comportement social
civilisé. C'est que le dialogue constitue l'instrument
idoine permettant de résoudre les conflits professionnels,
de conforter la complémentarité des agents de
production et d'asseoir les relations professionnelles sur
des règles claires en conformité avec la loi
et les engagements pris.
Convaincus
du caractère impératif du concours de ces agents
à l'édification de l'avenir commun et à
la maîtrise de la situation économique et sociale,
dans l'intérêt supérieur du pays, nous
nous sommes employés à conforter la confiance
entre les organisations professionnelles.
Nous
avons aussi tenu à consolider la place de ces organisations,
à respecter leur indépendance et à les
associer à l'examen des question dont dépend
le devenir du pays afin que celles-ci puissent concrétiser
la solidarité qui doit régir les rapports interprofessionnels
et afin que l'Etat se consacre au rôle qui est le sien,
à savoir l'arbitrage et la conception des grandes orientations
d e la politique de développement.
Tout
en estimant à leur juste valeur les efforts constructifs
déployés par les organisations professionnelles
pour consolider le dialogue et résoudre pacifiquement
certains problèmes, nous souhaitons que ces partenaires
transcendent leur rôle traditionnel, en propageant les
nobles valeurs telles que l'amour du travail, l'abnégation,
le dévouement, en renonçant à leur attitude
de partenaires antagonistes pour se hisser au niveau de partenaires
solidaires.
Ces
organisations sont aussi appelées à agir autant
que possible pour dégager un consensus autour de l'ensemble
des questions décisives auxquelles fait face à
la communauté nationale et à prendre des mesures
pratiques pour concrétiser une telle entente, notamment
en ce qui concerne les salaires, la productivité et
les conditions de travail, et ce, en vertu de leurs engagements
dans l'accord du 17 avril 1991. Il s'agit de concilier les
aspirations légitimes des travailleurs à l'amélioration
de leur niveau de vie avec le renforcement de la compétitivité
des entreprises et l'efficacité requise des moyens
de production.
Partant
de l'intérêt que nous portons au citoyen dans
notre échelle de valeurs, nous nous sommes souciés
d'en rehausser davantage le rang en insistant sur son droit
à l'enseignement, à la culture et à la
protection sociale.
Ayant
voulu faire de l'ère nouvelle celle de la démocratie
et du développement, notre intérêt s'est
porté sur tous ces domaines, y compris la réforme
de l'enseignement dans ses différentes étapes.
Cette réforme ambitionne de restaurer le haut prestige
de l'école tunisienne de l'esprit et l'amour du Savoir
et en conformité avec notre option démocratique
et les exigences de l'action de développement.
Nous
avons, pour ce faire, suivi la voie de la concertation élargie,
de l'examen approfondi et du respect total des valeurs constantes
de notre peuple, de ses idéaux et de ses aspirations,
solidement ancrés dans son identité nationale
et dans son appartenance à la civilisation arabo-islamique.
Cet
effort dans lequel les éducateurs ont joué un
rôle d'avant-garde a abouti à une nouvelle loi
organisant l'éducation de manière à en
combler les lacunes et à permettre à nos institutions
éducatives de former des citoyens sains d'esprit, capables
de discernement, modérés dans leurs jugements,
assumant la liberté d'entreprendre et consacrant le
travail comme valeur suprême. Des citoyens n'ayant d'allégeance
que pour la Tunisie, fiers d'être dévoués
à leur patrie et uvrant pour sa prospérité
avec abnégation, mus en cela par un élan patriotique
et un sens civique aigu, libérés de toute propension
à l'agressivité et prédisposés
à une vie sociale solidaire avec tout ce qu'elle implique
comme interdépendance des droits et des devoirs d'une
part, de la liberté et de la responsabilité
d'autre part.
Notre
jeunesse est d'autant plus appelée à redoubler
d'efforts et à faire preuve d'engagement pour le succès
de notre uvre de développement que cette nouvelle
ère qui est la sienne est celle de la réussite
scolaire, grâce à la gratuité de l'enseignement,
rendu obligatoire, aux mesures que nous avons prises et qui
ont trait aux programmes d'enseignement aux méthodes
de communication et au conditions des études, grâce
aussi à la sollicitude et à la considération
que nous vouons à la famille éducative militante.
C'es là une tâche que rend impérative
le doublement de l'effectif des étudiants au cours
de la prochaine décennie, ce qui nécessitera
des financements dont le volume, aux prix constants, dépassera
le double des investissements consentis par la pays dans ce
secteur, depuis l'indépendance jusqu'à nos jours.
Nous
avons soutenu cet effort éducatif global par une politique
culturelle propre à faire profiter l'ensemble des citoyens
du fruit de la pensée humaine dans tous les domaines
de l'art et de la création. De même, nous nous
sommes attachés à réhabiliter notre patrimoine,
à sauvegarder nos biens culturels et à préserver
nos vestiges de la déperdition, sachant qu'ils font
partie de notre identité et constituent l'un des symboles
de notre enracinement dans l'histoire universelle.
Notre
effort éducatif ne s'est pas seulement limité
à assurer à la jeunesse les moyens de se former
scientifiquement et de s'épanouir spirituellement,
mais s'est également employé à préserver,
autant que possible, cette jeunesse de tous les dangers auxquels
elle pourrait s'exposer tels que l'interruption prématurée
de la scolarité et les autres facteurs d'inadaptation
sociale due à des raisons familiales, économique,
psychiques ou inhérentes à l'environnement et
qui conduirait la jeunesse à la délinquance
si les mesures préventives nécessaires n'étaient
pas prises.
Nous
avons, à cet effet, créé des bureaux
d'action sociale dans les établissements d'enseignement
primaire et secondaire afin d'aider l'école à
atteindre ses objectifs éducatifs au profit de tous
nos enfants et ce, dans le cadre d'un programme plus vaste
orienté vers l'action scolaire sociale. Ce programme
a entre autres finalités de conforter la démocratisation
de l'enseignement en uvrant à atténuer
l'effet des difficultés que rencontrerait l'élève
pendant sa scolarité.
Nous
insistons notamment sur la nécessité d'assurer
la scolarisation des filles et la poursuite de leurs études.
La femme est, dans ce contexte, investie d'un rôle primordial
et d'une responsabilité particulière tant à
l'échelle individuelle qu'au niveau des organisations
féminines, maintenant que l'ère nouvelle lui
a garanti l'égalité et en a fait un élément
agissant dans l'uvre de développement et de progrès
menée dans le pays, elle qui se trouve être la
cible privilégiée des forces obscurantistes
et rétrogrades.
Toute
cette sollicitude dont nous entourons la jeunesse procède
d'une conviction que nous avons proclamée dès
le Changement, à savoir que la jeunesse constitue le
pilier de l'avenir et que la promotion des jeunes générations
figue parmi les attributs de l'invulnérabilité
du pays.
Pour
préparer la jeunesse à assumer ces charges,
nous avons accordé une importance majeure à
notre politique en matière de formation professionnelle
et d'emploi, compte tenu du rôle de la formation dans
la satisfaction des besoins de l'économie en compétences
et en spécialités de toutes sortes et des possibilités
qu'elle offre pour favoriser l'insertion des jeunes dans le
circuit économique. Il s'agit aussi de former des techniciens
et des ouvriers qualifiés et en nombre suffisant afin
de moderniser l'appareil de production, de développer
la faculté d'innovation et de maîtriser la technologie.
Nous considérons que cette stratégie n'est pas
moins importante que la que la réforme éducative
proprement dite, dès lors qu'elle la complète.
C'est pourquoi nous l'avons fondée sur la concertation
et la coordination entre les différentes parties concernées.
Le
développement, aujourd'hui, est un pari que nous ne
saurions gagner sans que soient réunies le maximum
de conditions d'efficience. Or une telle efficience ne saurait
être assurée tant que nous n'aurions pas maîtrisé
les sciences et les techniques de l'époque, et que
nos apports et notre créativité n'auraient pas
atteint des niveaux élevés.
Cela
nous a conduit à créer des pôles d'élites
universitaires pour former de hautes compétences dans
les domaines tant de la conception que de l'exécution
des projets. Nous avons ainsi décidé d'instituer
une école polytechnique tunisienne. Nous avons aussi
uvré, dans le cadre de la réforme de l'enseignement
supérieur, en vue de permettre aux écoles tunisiennes
d'ingénieurs d'améliorer qualitativement et
quantitativement leur rentabilité. De même, nous
avons pris les mesures nécessaires pour ouvrir l'université
sur son environnement afin de parfaire la corrélation
entre formation et emploi d'une par, et entre la recherche
scientifique et les exigences de l'économie nationale,
d'autre part.
Nous
sommes résolus à imprimer à la recherche
scientifique l'impulsion nécessaire pour la promouvoir
et l'approfondir, et pour épanouir l'esprit d'initiative
et de créativité afin d'innover et de vaincre
les difficultés, d'autant que la Tunisie dispose désormais
d'un grand nombre d'éminents chercheurs exerçant
dans les centres de recherche et dans les institutions universitaires
et économiques.
L'action
de développement global et équilibré,
dans ses dimensions économiques et sociales, représente
un élément fondamental des choix que nous avons
adoptés ensemble et consignés dans le Pacte
National. Nous sommes, tous, convenus du modèle de
société que nous voulons pour nous mêmes
et pour notre pays. Depuis le Changement, nous sommes attelés
à la promotions de la vie politique dans le pays, et
à la mise en place d e la plate-forme adéquate
pour réaliser l'uvre de développement
en assurant l'adéquation entre démocratie et
développement, à travers une action menée
parallèlement et de manière complémentaire
dans les deux domaines.
Nous
avons constamment uvré, jour après jour,
à la consécration de la démocratie, à
la concrétisation du pluralisme dans les divers domaines
et les différentes institutions, au renforcement des
libertés publiques et individuelles, à la préservation
des droits de l'homme, dont nous avons fait l'une des constantes
de notre projet de civilisation, et à la réhabilitation
de nos valeurs culturelles et religieuses en tant que fondement
du modèle de société que nous ambitionnons.
Nous avons ainsi, ouvert la voie aux partis politiques, aux
sensibilités intellectuelles et aux associations qui
offrent de larges espaces d'activité et d'expression
pour tout citoyen et toute citoyenne. Malgré l'homogénéité
de notre peuple qui -grâce à Dieu- ne souffre
d'aucun problème de différence ethnique, religieuse
ou linguistique et dont les aspirations des diverses franges
à un lendemain meilleur sont les mêmes et en
dépit de la convergence de nos programmes avec ceux
de l'opposition depuis le Changement qui, du reste, a réalisé
ce que cette même opposition revendiquait, nous avons
apporté à celle-ci toute l'assistance de nature
à l'aider à s'acquitter de sa tâche dans
la cristallisation des idées politiques et la canalisation
des courants et orientations qui viendraient à voir
le jour et à occuper la place qui lui revient dans
les instances consultatives et constitutionnelles. Plusieurs
échéances électorales ont été
offertes à l'opposition pour lui permettre d'accéder
aux institutions représentatives, consultatives. Cependant,
et pour des raisons qui la concernent, elle a préféré,
dans la plupart des cas, ne pas recourir à l'arbitrage
des urnes. Une telle attitude, comme je l'ai déjà
dit, relève de sa responsabilité.
Nous
n'en avons pas moins maintenu le dialogue avec l'opposition.
Ce dialogue se poursuivra. Les portes en demeureront ouvertes,
notamment au niveau du Conseil supérieur du Pacte National
qui existe toujours, et qui a déjà abouti à
des résultats positifs dont l'un, et non le moindre,
a été l'amendement du code électoral
en ce qui concerne les municipalités. Nous sommes disposés
à dynamiser cette instance et à promouvoir son
action.
Il
est du droit de tout citoyen et de toute citoyenne, aux niveaux
individuel et collectif, d'aspirer à avoir une place
sur la scène politique dans on pays. Il s'agit d'un
droit légitime de par la Constitution et de par la
loi, et nous en sommes les garants. Mais nul n'est en droit
d'altérer le prestige de son pays, de mépriser
ses compatriotes ou de manuvrer en vue de créer
des situations pour les exploiter à des desseins inavoués.
Il
est des duperies qui rabaissent leurs auteurs, comme celle
de prétendre que notre approche pour remédier
à la question des courants extrémistes est uniquement
d'ordre sécuritaire. Si par solution sécuritaire,
on entend l'application de la loi et l'accomplissement de
leurs devoirs par ceux qui y veillent, eh bien ! nous sommes
d'accord. Sinon, pourquoi ces personnes malintentionnées
n'évoquent-elles pas toutes les mesures politiques
que nous avons prises, depuis le début du changement,
en vue de réaliser la réconciliation nationale
entre tous les Tunisiens et toutes les Tunisiennes, ni l'amnistie
voire la clémence qui a bénéficié
même aux groupes sécuritaires. pourquoi ne perlent-elles
pas également des mesures qui ont réhabilité
la religion et ses rites, enraciné le pays dans son
environnement arabe et islamique, consolidé ses valeurs
spirituelles et nationales, ni non plus de la modernisation
de l'université zeitounienne?
La
réforme de l'éducation a-t-elle d'autre objectif
que d'inculquer aux jeunes générations la foi
pure, l'amour de la patrie, du travail et du bien? Pourquoi
avons-nous ouvert la porte à tous les partis, à
tous les groupements et individus, sans exception, pour qu'ils
se lancent dans la compétition électorale? pourquoi
nous sommes-nous souciés, en outre de poursuivre le
dialogue avec l'ensemble des parties et avons-nous attaché
toute l'importance requise à ce qu'elles soient représentées
au Parlement, le Rassemblement ayant même accepté
pour cela de ne pas participer aux dernières élections
législatives partielles? Pour quelle raison avons-nous
donné toutes les garanties pour l'exercice de la liberté
d'opinion et d'expression et accordé une attention
particulière aux droits de l'homme? Pourquoi avons-nous
mutuellement souscrit au Pacte National et ouvert la porte
du dialogue et de la concertation, y compris sur des questions
qui sont du seul ressort du pouvoir exécutif, qu'il
s'agisse de questions, des compétences au sein des
conseils consultatifs? Notre uvre de développement
aux plans économique et social, a-t-elle d'autres finalités
que de remédier à ces situations?
Nous
nous employons à gérer les affaires du pays
sur la base d'une stratégie globale, et dans le cadre
d'un plan d'ensemble, en vue d'édifier une société
de progrès, équilibrée, saine et indemne
de tous les fléaux, en particulier celui du terrorisme
et de l'extrémisme, fléau conjoncturel, isolé
et rejeté par la société. Aujourd'hui
que les conditions propices ont été réunies
pour réussir dan cette entreprise il n'y a plus lieu
de se livrer à la tromperie ou à la surenchère
ni de provoquer la sédition. Quiconque choisirait cette
voie, verrait, immanquablement, ses actes tomber sous le coup
de la loi, car il ne saurait être question de réconciliation
avec lui.
L'action
qui nous attend, pour poursuivre le Changement et réaliser
nos objectifs, exige encore bien des efforts. Nous avons pris
sur nous d'agir sans relâche afin de permettre aux Tunisiens,
hommes et femmes de toutes les générations et
de toutes catégories, de participer à l'ébauche
des contours de l'avenir, sachant que la démocratie
ne saurait être du seul ressort des forces politiques,
des organisations nationales et des associations, mais concerne
tous citoyens et citoyennes, dans chaque partie du territoire
national. Partant de cette conviction, nous nous sommes attachés
à asseoir les fondements de la démocratie locale
en mettant sur pied les conseils régionaux en tant
que structures décentralisées, et cellules de
base du développement contribuant à la concrétisation
des objectifs économiques et sociaux du pays, et à
la responsabilisation de la direction régionale, afin
qu'elle soit un instrument de conception et de planification
des projets, en concrétisation des aspirations et attentes
des régions. Cette réforme a permis une représentativité
plus grande des zones communales et rurales au sein du Conseil
Régional, outre l'ouverture de cette instance sur toutes
les compétences régionales et sa composition
englobant les élus locaux et régionaux. Ainsi,
il s'est trouvé, à travers ses membres, représenté
au Conseil Economique et Social et au Conseil Supérieur
du Plan, ce qui permet aux régions d'apporter une contribution
efficiente à la définition des grandes orientations
de la politique économique et sociale du pays.
L'extension
de ces prérogatives, l'instauration des bases de la
planification régionale, pour la première fois
dans l'histoire contemporaine de la Tunisie, et la création
de comités de quartier pour associer le citoyen à
la définition du cadre de vie, constituent autant de
mesures qui vont nous permettre de concrétiser le principe
de compter sur les capacités tunisienne, où
qu'elles se trouvent, pour qu'elles prennent, avec confiance
et sérénité, l'initiative de construire
de leurs propres mains leur environnement développementiel
jour après jour, et qu'elles puissent voir se réaliser,
étape après étape, ce qu'elles avaient
conçu. C'est, là, dans son acception civilisationnelle
la démocratie que nous voulons voir se traduire dans
les faits, et devenir un comportement quotidien, complétant
ce qui a été réalisé au plan politique
et apportant le meilleur appui à l'action de l'ensemble
des forces nationales. Nous comptons, en cela, sur un épanouissement
plus grand de la vie associative qui constitue un des supports
fondamentaux de la société civile.
Nous
exhortons aujourd'hui tous les Tunisiens et Tunisiennes, que
nous avions appelés à chaque fois, à
se consacrer entièrement au travail et à faire
preuve d'ardeur dans l'effort pour assurer le succès
de cette orientation, à assumer cette responsabilité,
car l'esprit d'initiative et de créativité ne
peut s'épanouir que si cette responsabilité
se trouve assumée avec courage et conscience.
Nous
avons entrepris, à côté des grandes réformes
que connaît le pays depuis quatre ans, la modernisation
de nos législations dans les divers domaines à
tous les niveaux. Pour faire connaître ces réformes
et toutes les réalisations accomplies, nous comptons
grandement sur les médias, et les hommes de la profession,
pour qu'ils suivent de près les mutations qui s'opèrent
et les fassent connaître le plus rapidement possible,
avec objectivité et honnêteté, conformément
à l'éthique du métier. Nous uvrons
inlassablement pour que la Tunisie se hisse au niveau des
pays avancés en matière de réseaux de
communication et de technologies de pointe qui garantissent
l'efficacité et la célérité de
transmission et assurent au citoyen le droit d'être
informé de tout ce qui se passe tant à l'intérieur
qu'à l'extérieur du pays.
L'évolution
de l'information constitue l'un des fondements de l'édifice
démocratique, et représente une quête
constante destinées à réaliser les aspirations
du citoyen tunisien et à lui assurer les conditions
de la dignité.
Depuis
quatre ans, nous nous sommes efforcés de promouvoir
l'information afin qu'elle aille de pair avec le processus
du changement, exprime les préoccupations du peuple
et soit le miroir fidèle de ses aspirations. Nous avons
veillé et veillons toujours à permettre aux
hommes de médias à remplir leurs lourdes et
délicates charges dans les meilleures conditions, conscients
que nous sommes de leur noble mission et du rôle capital
incombant à la presse pour ce qui est d'éclairer
l'opinion, de l'éduquer et de bâtir la société
démocratique, équilibrée et civilisée.
Parce
que convaincus qu'une presse libre, honnête et responsable
ne peut que favoriser un processus démocratique sain,
nous nous efforçons constamment de promouvoir ce secteur
primordial et de lui donner les moyens d'évoluer et
de tendre vers le mieux.
Nous
persévèrerons dans l'effort afin de faire évoluer
l'information radiodiffusée et télévisée
en ouvrant plus de dossiers relatifs aux questions qui préoccupent
le citoyen pour que son opinion ait toute la place qu'elle
mérite dans ce domaine, et pour que chaque Tunisien
puisse apporter une contribution effective à l'enrichissement
de notre uvre avant-gardiste de civilisation.
Nous
croyons que dans notre société en développement
une presse évoluée, qui repose sur l'intégrité
des gens du métier et la maturité du citoyen,
représente le meilleur moyen pour venir à bout
de tous les phénomènes d'extrémisme,
d'hystérie et de déviationnisme. C'est aussi
un des meilleurs moyens de consolider les bases de la démocratie
et du civisme.
Notre
attachement aux droits de l'homme et l'action que nous menons
en vue de les consolider et d'en garantir la pratique effective,
font partie intégrante de notre projet de civilisation.
Nous
nous sommes fait un devoir de ne ménager aucun effort
afin d'améliorer la condition du citoyen tunisien,
de lui permettre de jouir de la plénitude de ses droits
et de préserver sa dignité, car les droits civiques
de l'homme sont des droits naturels qui illustrent son humanité
et ne souffrent ni restriction ni suspension. En dépit
des complots terroristes et des violences, dont les droits
de l'homme sont la cible en Tunisie,nous ne nous sommes pas
écartés de la voie que nous nous sommes nous-mêmes
tracée et nous n'avons pas eu recours à des
lois ou à des tribunaux d'exception pour garantir la
pérennité et l'invulnérabilité
de l'Etat.
Nous
avons entrepris, depuis le Changement, de réconcilier
le citoyen avec son environnement et avec l'Etat, tout en
renforçant la liberté d'opinion et d'expression
au moyen de lois appropriées. Nous avons également
pris l'initiative, sitôt que des bruits avaient commencé
à courir à propos d'abus contre les détenus,
de former une commission d'enquête dont les conclusions
ont été publiées par les organes de presse
et nous avons ordonné l'ouverture d'information judiciaire
au sujet des cas prouvés.
Nous croyons que nos efforts dans la diffusion de la culture
des droits de l'homme sont le meilleur rempart pour protéger
ces droits et la société contre toutes les velléités
terroristes qui sont d'avance vouées à l'échec.
Nous avons accordé un intérêt constant
à cette question en permettant aux organisations humanitaires
d'opérer, et en développant l'information relative
aux droits de l'homme. Nous avons également décidé
de créer une chaire pour l'enseignement des droits
de l'homme dans les facultés de droit et de sciences
politiques.
Nos
réalisations dans le domaine des droits de l'homme
ont hissé la Tunisie à une place de choix dans
le contexte des nations. C'est ainsi que des organisations
internationales et nationales s'occupant des droits de l'homme
se sont installées en Tunisie et que notre pays accueille
des conférences où l'ont discute en toute liberté
des droits de l'hommes et des moyens de les sauvegarder.
Nous
nous sommes souciés de renforcer les liens de coopération
parce que nous croyons à la solidarité internationale,
et apprécions les efforts déployés dans
le cadre des Nations Unies de concert avec toutes les parties
intéressées et spécialisées dans
le domaine des droits de l'homme. Grâce à quoi,
la Tunisie a retrouvé sa vraie place et joue désormais
un rôle avant-gardiste, influent et efficace.
Le
nouvel ordre international repose sur les droits de l'homme,
et se fonde sur la solidarité entre les peuples et
leur attachement à une somme de valeurs universelles
et fondamentales qu'ils ont en commun. Nous pensions, quant
à nous, que le renforcement des droits de l'homme dans
les pays en voie de développement requiert davantage
d'effort de la part des peuples et des gouvernements, ainsi
qu'une solidarité accrue entre les Etats. Car il n'y
a point d'avenir pour les libertés ni de pérennité
pour les droits tant que les pays en développement
se montreront incapables de réussir dans leur politique
économique.
Partant
de tous ces principes, et par souci de maintenir les options
sur la base desquelles nous nous sommes engagés à
l'égard des Tunisiens, et après également
l'achèvement des travaux de la commission de révision
du Code de Procédure Pénale, et dans le cadre
de notre ferme volonté de respecter les libertés
individuelles, nous enregistrons avec satisfaction les résultats
auxquels a abouti la commission dans la mise en forme des
recommandations que je lui ai faites concernant une réduction
accrue de la période de la garde-à-vue, et un
recours moins fréquent à cette mesure et ce,
en instituant le contrôle judiciaire pour, d'une part,
faciliter la mise en liberté provisoire et, d'autre
part, faciliter la mise en liberté provisoire et, d'autre
part, rendre cette remise en liberté obligatoire en
matière correctionnelle, lorsque la Chambre d'Accusation
ne se prononce pas, dans un délai de huit jours, sur
la demande qui lui est présentée.
Dans
notre souci de favoriser la réinsertion sociale de
ceux qui se sont égarés du droit chemin, nous
avons décidé d'amender le Code de Procédure
Pénale en matière de réhabilitation.
Si dans ses dispositions actuelles, le Code prévoit
la possibilité pour les condamnés de recouvrer
leurs droits, un an après l'expiration de la peine
pour le délit et cinq ans pour les crimes, une fois
les conditions légales remplies.
Le
projet de révision du Code de Procédure Pénale
sera prochainement soumis à la Chambre des Députés.
Notre
pays a vécu au rythme des événements
graves dont la région du Golfe a été
le théâtre. Nous avons à cet égard
entrepris, avec assurance et détermination de consacrer
les principes fondamentaux, et les grands choix que nous avions
assignés dans la déclaration du 7 novembre,
à notre politique étrangère afin que
la Tunisie demeure à jamais une terre de dialogue et
de paix. La diplomatie du 7 novembre a prouvé qu'elle
était la diplomatie de la confiance en soi, de la clarté,
de la constance dans les principes, de la fidélité
aux valeurs et du respect des engagements. Elle a également
prouvé qu'elle était la diplomatie de la présence,
de l'initiative et de l'interaction positive avec les événements,
ce qui sert les intérêts supérieurs de
la Tunisie, renforce ses relations avec les pays frères
et amis et consacre son soutien aux causes du droit de la
justice et de la liberté.
Au
cours de l'année 1991, la diplomatie tunisienne a mené
une offensive tous azimuts afin de promouvoir la sécurité,
la paix et la coopération entre les nations dans le
cadre d'un nouvel ordre international où tous les peuples
devraient jouir de la concorde, de l'égalité,
de la scolarité et du développement.
Nos
toutes premières initiatives ont été
prises en direction des pays arabes. C'est ainsi que, de concert
avec nos frères dirigeants des Etats du Maghreb Arabe,
nous nous sommes employés à restaurer la solidarité
et la cohésion des rangs arabes et à relancer
l'action arabe commune.
Nous
ne pouvons à cet égard que nous réjouir
des signes positifs qui sont apparus ces derniers temps au
niveau des relations interarabes, avec l'espoir de voir se
poursuivre le contact et la concertation entre partenaires
arabes de manière à conforter le climat de confiance,
et à fonder des liens solides basés sur le respect
mutuel, l'intérêt commun et une solidarité
fraternelle agissante.
La présence de la Tunisie à la conférence
de paix qui se déroule actuellement, son soutien constant
aux efforts déployés en vue de résoudre
la crise du Moyen-Orient, procèdent de son attachement
permanent à la paix et au respect de la légalité
internationale. Ils procèdent également de sa
volonté de privilégier le dialogue et la négociation
pour résoudre les conflits ainsi que de sa foi absolue
en la justesse de la cause palestinienne, et en la nécessité
de résoudre cette question et les causes de la région
en conformité avec les résolutions Onusiennes,
de manière à garantir un règlement équitable,
global et durable au Moyen-Orient.
En
nous félicitant de la tenue de cette confiance nous
pensons que le pari de la paix ne pourra être gagné
qu'en faisant preuve de sérieux et de sincérité
dans les intentions et en s'attachant à respecter la
légalité internationale et à imposer
la volonté de la loi.
C'est
à ce prix que sera levée l'injustice frappant
le peuple palestinien, que les droits légitimes de
ce peuple seront reconnus, que la politique d'implantation
de colonies de peuplement sera stoppée, qu'Israël
se retirera des territoires arabes occupés, y compris
la ville sainte d'Al Qods, qu'un climat de confiance mutuelle
sera instauré et qu'une paix juste, globale et durable
sera établie entre toutes les parties en conflit.
Depuis
le Changement du 7 novembre, nous avions affirmé que
le Maghreb Arabe était notre aire naturelle, et nous
avions, en conséquence, uvré avec abnégation
et enthousiasme à concrétiser le vieux rêve
longtemps caressé par des générations
successives de maghrébins, celui de voir naître
cette entité.
Nous
nous sommes engagés, avec nos frères dirigeants
des Etats maghrébins, dans l'étape de la réalisation
effective de l'édifice maghrébin, après
avoir mis en place les instances et institutions communautaires.
Notre but en cela est de répondre aux ambitions de
nos peuples à la coopération, à la complémentarité
et à l'intégration, et d'en défendre
les intérêts face aux multiples défis
de notre temps.
La
Tunisie, qui a cru à la nécessité de
faire de l'Union du Maghreb Arabe un ensemble ouvert sur son
environnement immédiat et lointain, s'emploie avec
ses frères maghrébins à resserrer les
liens avec les pays situés à l'intérieur
de son aire géographique, et en premier lieu les Etats
de la Communauté Economique Européenne, d'une
part, et les Etats et Communautés économiques
d'Afrique, d'autre part.
Nous
souhaitons à cet égard que le prochain sommet
que la Tunisie accueillera au début de l'année
1992, et qui groupera les Etats maghrébins et les pays
européens du bassin occidental de la Méditerranée,
sera l'occasion d'opérer une mutation qualitative dans
les relations Euro-Maghrébines et ce, dont l'intérêt
de la coopération économique et du renforcement
de la sécurité et de la stabilité dans
la région.
A
notre vais, le sommet devrait ouvrir de nouveaux horizons
pour une coopération plus large entre l'UMA et la CEE
dans l'optique de relations stratégiques prometteuses
incluant notamment le co-développement, les projets
de partenariat et les questions de l'émigration et
du recyclage de la dette.
Nous
sommes persuadés que le dialogue Euro-Maghrébin
est de nature à conforter les positions arabes et à
favoriser la poursuite du dialogue Euro-Arabe.
D'un
autre côté, la Tunisie de l'ère nouvelle
a accordé un intérêt particulier à
son appartenance africaine. Elle n'a épargné
aucun effort pour soutenir les causes de la libération
et de l'indépendance, et encore moins dans l'action
menée en faveur du renforcement de la coopération
et de la complémentarité entre les pays africains.
Nous
ne pouvons à cet égard que nous réjouir
des initiatives audacieuses qui ont été prises
dans le but d'abolir la ségrégation raciale
en Afrique du Sud, de même que nous formulons l'espoir
de voir ces initiatives aboutir à l'instauration d'une
société démocratique où règnent
la justice et l'égalité. C'est avec satisfaction
également, que nous relevons la continuité et
l'intensification des rapports de confiance et de coopération
avec nos partenaires traditionnels en Europe comme en Amérique,
ce qui témoigne de la considération et de la
crédibilité dont jouit notre pays, et sur lesquelles
ni les crises passagères ni les événements
conjoncturels n'ont de prises.
Nous
sommes résolus à uvrer en vue de promouvoir
et de renforcer les relations dans le cadre de nos choix fondamentaux
pour l'ouverture économique, la consécration
de la démocratie et le renforcement des droits de l'homme.
Depuis
le Changement du 7 novembre, nous avons porté un intérêt
particulier à la colonie tunisienne à l'étranger,
parce que convaincus qu'elle fait partie intégrante
de la société tunisienne, et que la finalité
première de tout ce que nous entreprenons n'est autre
que le tunisien où qu'il se trouve.
Nous
avons toujours insisté sur la nécessité
d'entourer les ressortissants tunisiens à l'étranger,
toutes générations confondues et indépendamment
de leurs préoccupations, de toute l'attention et de
toute la sollicitude requises afin de conserver toujours intacts
leurs liens avec la mère-patrie, et afin qu'ils sentent
que leurs pays est toujours là à leurs côtés,
par le biais de la communication et du contact politique,
culturel et religieux et ce, selon des programmes qui correspondent
à leurs aspirations et à leurs besoins, de façon
qu'ils soient au diapason du processus de changement mené
dans le pays, et qu'ils participent à son essor et
à son développement.
En
exprimant notre satisfaction du rôle appréciable
joué par les structures d'encadrement à l'étranger,
nous les appelons toutes, par souci d'être en phase
avec les mutations déjà effectives ou en passe
de la devenir sur la scène internationale, à
approfondir leur connaissance de la réalité
de l'émigration et des préoccupation de nos
compatriotes, à s'efforcer de conférer plus
d'efficacité et d'efficience à la défense
des intérêts des tunisiens, et à opter
pour la coordination inter-maghrébine, particulièrement
lorsqu'il s'agit de définir une politique vis-à-vis
des deuxièmes et troisième générations
de l'immigration.
Nous
voudrions à cette occasion adresser notre hommage et
nos encouragements aux citoyens tunisiens à l'étranger
pour les efforts sincères qu'ils ont déployé
en vue de rehausser le prestige de la Tunisie, et d'en renforcer
la grandeur et l'invulnérabilité, les appelant
à redoubler d'abnégation et de dévouement
pour le bien de la nation et la sauvegarde de son image de
marque.
La
Tunisie de l'an 1991 n'est pas celle de 1987. En l'espace
de quatre années de changement, nous avons franchi
de grands pas sur la voie du redressement, de la libéralisation
et du développement. Le dialogue et la démocratie
ont été assis sur de nouvelles bases au niveau
des rapports de l'Etat avec la société et des
rapports entre les individus et les institutions. Une multitude
d'acquis ont été réalisés sur
les plans politique, économique, social et culturel.
Cela n'a pas été facile, et la tâche n'était
pas de tout repos. Le lourd héritage du passé
inhibait nos efforts dans chaque pas en avant que nous entreprenions.
Et la situation générale dans le pays était
telle qu'il fallait, pour prendre la moindre décision
ou risquer moindre réforme, faire preuve d'audace afin
de pouvoir vaincre les pesanteurs et les legs du passé.
De plus, la nature s'est montrée avare à notre
endroit, et parfois même cruelle, sans compter que la
conjoncture internationale était extrêmement
tendue et au bord de l'explosion et de la guerre. Une infime
minorité d'égarés s'est, en outre, laissée
aller à user de la violence et du terrorisme et à
comploter contre le pays au cours de cette période.
Nous
avons pu, cependant, avec l'aide de Dieu, et grâce à
l'action de toute la communauté, grâce aussi
à la maturité de notre peuple, à sa confiance
en sa direction et à sa cohésion derrière
elle, poursuivre notre marche pour le progrès et l'invulnérabilité
de la patrie et du peuple. Notre peuple est aujourd'hui plus
que jamais capable de résister à toutes les
crises, et d'affronter tous les défis. Et c'est ce
qui nous encourage à aller de l'avant dans le sens
du redressement et du changement. Il va sans dire que n'hésiterons
pas à défendre la stabilité et la sécurité
des pays, ni à faire prévaloir la légalité
et la loi en toutes circonstances et dans tous les cas. Ni
les difficultés, ni les embûches du chemin, d'où
qu'elles proviennent, ne nous détourneront de la poursuite
de notre marche vers le développement intégral
et de notre uvre de civilisation, cet édifice
que nous construirons ensemble, chaque jour, pierre par pierre
dans la dignité et la sérénité.
D'autant que nous sommes en train de mettre la dernière
main à un VIIIème Plan particulièrement
ambitieux et ce, avec la participation de tous les partenaires
et de toutes les régions. C'est que l'Etat ne peut
réussir dans son action ni aboutir dans ses efforts
s'il n'est soutenu par une volonté populaire participative
et constructive.
C'est pourquoi il importe d'ancrer en chaque citoyen et citoyenne
l'amour de la patrie et l'attachement à ses institutions
et à ses acquis, de même qu'il importe d'enraciner
en chacun la volonté de contribuer généreusement
à l'action collective de la communauté nationale.
En fait, le changement et la réforme ne sont pas l'apanage
exclusif de l'Etat, pas plus que le développement n'est
le devoir de l'Etat seul. Le citoyen est le principal moteur
de toute mutation et de tout progrès. Il est également
l'artisan et la finalité du développement. Aussi,
lui appartient-il de déterminer la qualité de
sa vie et de participer dans la mesure de ses moyens à
l'essor de la société où il vit. Notre
pays a plus que jamais besoin d'unifier ses rangs et de parler
le même langage. Il a tout aussi besoin d'une mobilisation
nationale pour vaincre tous les handicaps qui freinent son
élan et son développement, et afin d'avancer
dans la voie tracée par la Déclaration du 7
Novembre. De la sorte, les efforts de la communauté
viendront épauler ceux de l'Etat, le front intérieur
sera renforcé, le processus démocratique conforté
et tout un chacun pourra sérieusement s'atteler à
la tâche afin de nous garantir à nous-mêmes
et à nos enfants sécurité, stabilité
et prospérité.
"Attachez-vous
tous au pacte de Dieu et ne vous divisez point. Soyez reconnaissants
envers Dieu pour les bienfaits dont il vous a comblés,
alors que vous étiez ennemis. Il a rétabli la
concorde dans vos curs et, par l'effet de sa grâce,
vous êtes devenus frères. Vous étiez au
bord du précipice du feu, Dieu, vous en a sauvés"
(Coran).
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