Le
Bardo, le 7 novembre 1988
Discours
du Président Zine El Abidine Ben Ali
à l'occasion de l'anniversaire du 7 Novembre
Au
nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux
Monsieur
le Président de la Chambre des Députés,
Honorables
Députés,
Citoyens, citoyennes,
En ce même jour, il y a un an, nous avons adressé
à notre peuple du haut de cette tribune, la déclaration
du changement et de la réforme, déclaration
dont les principes nous ont été inspirés
tant par nos valeurs civilisationnelles et notre patrimoine
de militantisme, que par les préoccupations et les
aspirations de notre peuple.
Nous
nous réunissons aujourd'hui, en ce premier anniversaire
du changement du 7 novembre, pour procéder à
une évaluation de notre action et examiner ensemble
les voies de l'avenir sur lesquelles nous sommes engagés
avec le soutien et l'adhésion de toutes les forces
vives de notre peuple, en vue de réaliser le bien-être
et l'invulnérabilité de la Tunisie.
Il
n'est point besoin de rappeler les dangers et les menaces
qui pesaient sur notre pays. Au cours d'une douloureuse période
qui n'a que trop duré, les énergies ont été
gaspillées, l'Etat affaibli et de nombreuses occasions
perdues. Les solutions de replâtrage, partielles et
improvisées, n'ont fait que compliquer les problèmes
et donner naissance à un sentiment de frustration et
de désespoir. Grâce à Dieu, cette période
est maintenant bel et bien révolue.
Notre
peuple est décidé à tourner, à
jamais, cette page douloureuse et déplorable de notre
passé, celle de la lutte pour le pouvoir et de la course
à la succession.
La
longue lutte pour la lutte succession a sécrété
des forces occultes, douteuses quant à leur composition
et à leurs réseaux de rapports, qui guettaient
le moment propice pour s'emparer du pouvoir, loin de toute
légalité et au mépris du peuple et de
la volonté populaire.
Monsieur
le Président de la Chambre des Députés,
Honorables Députés,
Citoyens, citoyennes,
Je n'ai nul besoin de vous exposer aujourd'hui tout ce que
nous avons réalisé en l'espace d'une année
pour assurer la réconciliation entre l'Etat et la société
et en vue d'instituer des traditions de dialogue et de tolérance
et de consacrer la démocratie au sein de notre communauté.
Je me contenterais de rappeler les principales mesures politiques
par lesquelles nous avons voulu créer un cadre juridique
pour établir des rapports civilisés entre les
individus et les collectivités, mesures dont je citerais
notamment l'amendement de la Constitution, la promulgation
de la loi sur les partis et la révision du code de
la presse.
Une
autre réalisation, assurément parmi les plus
importantes est le fait qu'il n'y a plus à l'heure
actuelle en Tunisie une seule personne emprisonnée
pour une quelconque appartenance politique.
Pour
la première fois dans l'histoire moderne de la Tunisie,
une année entière est passée sans qu'un
livre soit interdit, un journal saisi pour délit d'opinion
ou un Tunisien arrêté à cause de ses idées
ou de ses convictions.
Pour
la première fois aussi dans l'histoire moderne de la
Tunisie, une année entière est passée
sans que soit exécutée une seule condamnation
à la peine capitale.
Notre
pays n'a-t-il pas suffisamment enduré terreur et angoisse
face aux condamnations à mort jusqu'à un passé
récent ?
Dans
ce même contexte, j'ai décidé que le Gouvernement
soumettra à la Chambre des députés un
projet de loi portant suppression de la peine de travaux forcés,
et ce, outre le décret que nous avons déjà
promulgué et qui définit les droits et devoirs
du détenu.
De
telles décisions constituent un véritable pari
sur l'avenir que nous nous devons de gagner ensemble. Elles
nous imposent, à tous, une responsabilité de
taille que nous assumons, pour notre part, pleinement tant
nous sommes confiants en notre peuple, en son degré
de maturité et en ses qualités innées
de bonté et de tolérance.
Nous
affirmons clairement que notre peuple ne saurait, nullement,
accepter que la démocratie soit exploitée à
des fins n'ayant aucun rapport avec l'intérêt
national.
Monsieur
le Président de la Chambre des Députés,
Honorables Députés,
Citoyens, citoyennes,
Soucieux de garantir à la marche de la nation, en ce
tournant décisif de notre histoire, les conditions
de succès, nous avons appelé toutes les forces
politiques et sociales et les familles intellectuelles à
adhérer à un pacte national, véritable
code d'honneur liant les diverses parties, qui approfondit
les orientations de la déclaration du 7 novembre et
les inscrit dans les faits. Grâce aux bonnes dispositions
et au haut esprit patriotique de toutes les parties, nous
avons réussi à élaborer ce pacte dont
nous avons célébré la proclamation ce
matin.
Partant
du même principe dont a procédé notre
appel à l'élaboration de ce Pacte national,
nous avons associé des compétences nationales
à l'exercice de responsabilités dans les organes
de l'Etat, abstraction faite de leurs appartenances politiques.
Nous
avons ouvert la voie à la jeunesse de ce pays, à
ses jeunes élites et à ses grandes compétences
pour qu'elles exercent la responsabilité dans un nouveau
climat serein. Quant aux anciens responsables, nous ne pouvons
nous passer de leur expérience. Par leurs avis et leurs
connaissances, ils sont en mesure de rendre les plus éminents
services, loin des rivalités, pour éviter de
raviver les conflits du passé et les intrigues qui
les avaient accompagnés.
Nous
entendons instaurer un régime politique fondé
sur la démocratie et le pluralisme. Nous avons certes
franchi d'importantes étapes sur cette voie, mais nous
sommes encore au début du chemin.
Nous
avons, avant tout, besoin de la compréhension de tous
quant aux difficultés que nous affrontons, afin que
soient bannies le doute et la suspicion et que les choses
ne soient pas brusquées, car cela risquerait de conduire
à l'échec de cette expérience qui a rehaussé
le prestige du pays et lui a fait retrouver sa place parmi
les nations.
Nous
avons voulu à travers les initiatives que nous avons
prises dans les divers domaines, raviver chez tous les Tunisiens
et toutes les Tunisiennes l'esprit civique et la fierté
d'appartenir à leur patrie, car la Tunisie est notre
patrie à tous et nous en avons la responsabilité,
nous qui l'avons héritée de nos aînés
et de nos ancêtres. Nous nous devons de la développer
et de la promouvoir pour la léguer à nos enfants.
L'esprit
patriotique ne peut se développer que si la légalité
de l'Etat est renforcée par des institutions constitutionnelles
solides, respectées et représentatives de la
volonté populaire, par l'instauration d'une justice
équitable et indépendante, loin de toute mise
en doute quant à son objectivité et à
son efficience, par le respect des droits de l'homme et du
citoyen et par la garantie des libertés démocratiques
fondamentales.
En
matière de droits de l'homme, nous avons franchi d'importantes
étapes que je n'ai point besoin de rappeler ici, l'important
pour moi étant ce que nous entreprenons actuellement
et ce que nous aurons à réaliser à l'avenir.
Je
remercie, à ce propos, les Nations Unies et l'Organisation
Arabe des droits de l'homme d'avoir choisi la Tunisie pour
abriter un institut arabo-africain des droits de l'homme,
qui fera partie de trois instituts s'intéressant à
cette question dans le monde.
L'Etat
dont nous nous employons à jeter les fondements est
un Etat démocratique tirant sa légitimité
du peuple, à qui revient la souveraineté qu'il
exerce à travers des élections libres et loyales
et se basant sur une véritable séparation des
pouvoirs.
J'annonce
du haut de la tribune de votre auguste assemblée des
élections présidentielles et législatives
anticipées qui auront lieu le 9 avril 1989, à
l'occasion de l'anniversaire d'une glorieuse journée
de notre lutte nationale, qui a vu le peuple descendre dans
la rue pour revendiquer l'exercice de sa souveraineté
au moyen d'un parlement tunisien.
Nous
avons également décidé la révision
de la composition des conseils de gouvernorat et de leurs
prérogatives et leur transformation en des conseils
régionaux de développement revêtant une
représentativité plus large.
Au
terme des élections municipales, nous aurons mis en
place les fondements solides et immuables de ce choix démocratique
et confié à notre peuple la responsabilité
de le préserver et de le défendre.
Pour
consolider le pouvoir judiciaire et lui accorder la place
qui lui sied dans un état moderne, nous avons décidé
de créer une commission chargée de réviser
le statut des magistrats et qui aura à nous soumettre
des propositions pratiques à ce sujet.
Nous
avons décidé aussi la révision de la
composition du Conseil Supérieur de la Magistrature
par l'augmentation du nombre de ses membres élus.
Nous
sommes fermement décidés à faire en sorte
que l'Etat tunisien soit réellement un Etat de droit
et que la loi soit au dessus de tous. Nous sommes tout autant
déterminés à agir pour que les responsables
de l'Etat soient au dessus de tout soupçon et qu'ils
constituent un exemple pour tous les citoyens.
Nul
n'est au dessus de la loi quel que soit son rang dans la hiérarchie
de l'autorité. L'abus de pouvoir, le népotisme
et le favoritisme, tout autant que l'enrichissement illicite
sont bannis.
Soucieux
de clarté et de transparence et convaincus de la nécessité
pour l'information, dans notre pays, d'être crédible,
d'être au diapason de l'évolution technologique
que connaît le domaine de la communication et d'accomplir
sa mission avec efficience, nous avons décidé
de créer un Conseil Supérieur de la Communication
pour l'examen et l'approfondissement des fondements de notre
politique en la matière, de manière à
répondre au droit du citoyen à une information
sincère, basée sur la liberté d'opinion
et le pluralisme de pensée.
Convaincus
que l'école doit nécessairement inculquer à
nos enfants les hautes valeurs morales et l'amour du travail
et les enraciner dans leur identité arabo-islamique,
nous avons entrepris une réforme radicale et globale
du système éducatif, fondée sur une large
consultation à laquelle nous avons tenu à associer
le plus grand nombre possible de membres de notre communauté
nationale, aux côtés des éducateurs et
des spécialistes. Dans le cadre de cette réforme,
nous avons décidé d'entamer la mise en place,
à partir de la prochaine rentrée scolaire, du
régime de l'école de base pour assurer à
nos enfants une formation scolaire d'au moins neuf ans successifs
au cours desquels sera comblée la plus importante des
lacunes du système actuel, à savoir le très
grand nombre de défaillances prématurées.
Soucieux
d'améliorer le niveau éducatif, nous avons décidé
que l'arabe sera la langue d'enseignement des sciences, à
tous les niveaux, et de renforcer la formation scientifique
et technologique en étendant l'éducation scientifique
et l'initiation aux travaux manuels aux neuf années
de l'école de base.
Le
Conseil Supérieur de l'Education, de l'Enseignement
Supérieur et de la Recherche Scientifique que nous
avons réinstitué sera appelé à
donner son avis sur les grandes orientations et sur le cadre
juridique de ce projet de réforme qui sera soumis à
votre honorable assemblée au cours de son actuelle
session législative.
Monsieur
le Président de la Chambre des Députés,
Honorables Députés,
Citoyens, citoyennes,
L'action que nous avons menée afin de favoriser la
réconciliation nationale, de rétablir la confiance
et la sérénité et d'engager le pays dans
la voie de la démocratie et du pluralisme était
moins un objectif en soi qu'une condition pour créer
la situation appropriée à l'examen des diverses
causes nationales, notamment la question du développement
économique et social et ce qu'elle implique de défis
et exige de réformes radicales.
La
crise aiguë à laquelle notre pays s'est trouvé
confronté a montré que notre économie
n'a pas acquis, après trente années d'indépendance,
une structure suffisamment solide pour pouvoir affronter les
difficultés qui l'atteignent et gênent son développement.
Face
à cette crise à laquelle les conditions climatiques
ont donné encore plus d'acuité, nous nous sommes
empressés de remédier à la situation
en adoptant des mesures financières, fiscales et bancaires
urgentes au profit des différents secteurs, et ce aux
fins de cerner les causes de la crise, d'imprimer un nouvel
élan au circuit économique et de réduire
le chômage qui reste notre souci majeur, car nous croyons
que le travail n'est pas seulement un gagne-pain, mais aussi
une des conditions fondamentales de la dignité de l'homme
et du parachèvement des attributs de citoyenneté
tout autant qu'un motif d'attachement à la terre.
En
dépit de la faiblesse des ressources et des contraintes
qui s'exercent sur le budget, nous nous sommes efforcés
de satisfaire le maximum de demandes d'emploi additionnelles
et avons accordé tout notre intérêt aux
titulaires de diplômes supérieurs.
Dans
cette même optique, nous avons insufflé un esprit
nouveau au développement régional, particulièrement
dans les régions les moins favorisées et nous
avons débloqué, à cette fin, des crédits
supplémentaires dépassant les 40 millions de
dinars.
Pour
1989, le volume des crédits alloués au développement
régional se chiffrera à plus de 300 millions
de dinars, alors qu'il n'excédait pas les 116 millions
de dinars en 1988.
Notre
espoir est que cet effort permettra de susciter une véritable
dynamique de développement dans les régions,
notamment celles qui, plus que d'autres, souffrent de difficultés.
Soucieux
de faire en sorte que l'action de développement parte
de la base, nous avons décidé de confier aux
conseils régionaux qui vont être créés
la gestion de budgets propres à eux et constitués
à partir de fonds affectés par le budget de
l'Etat aux projets à caractère régional,
en plus des ressources additionnelles dont disposeront ces
conseils.
De
cette manière, les régions auront, à
partir de 1989, toute latitude pour fixer leurs priorités
et de veiller par elles-mêmes à l'exécution
de leurs programmes. Elles n'auront plus à souffrir
de la longueur et de la complexité des circuits.
En
prenant cette mesure, notre but est de répandre le
sens de la responsabilité sans lequel il n'est point
de démocratie.
Nous
considérons ces réformes comme un grand pari,
et il appartient aux régions de prouver leur aptitude
à le gagner. Ceci requiert, de leur part, qu'elles
procèdent à la concrétisation de leurs
objectifs économiques et sociaux et à la mise
en place d'une assise convenable permettant au pays des bases
saines garantissant à notre économie une structure
solide, capable de résister aux difficultés
conjoncturelles et aux crises passagères, ce qui ne
saurait se réaliser que dans le cadre d'une stratégie
intersectorielle globale et cohérente, élaborée
en commun par tous les responsables des divers domaines.
Conscients
de la nécessité de dépasser les mesures
conjoncturelles en dépit de leur importance, nous avons
pris l'initiative d'ouvrir cet important dossier et appelé
une élite d'universitaires à participer à
cette uvre.
Nous
sommes, du reste, ouverts à toutes les opinions et
suggestions constructives et sincères.
Encore
une fois, l'Etat prouve qu'il accorde à la question
du développement tout le sérieux requis. Et
c'est dans ce cadre que s'inscrivent les nouvelles mesures
pratiques qui se complètent et qui entrent en vigueur
aujourd'hui même pour donner une grande impulsion à
l'investissement, comprimer les coûts de la production,
maîtriser les prix et alléger les dépenses
des entreprises, de manière à renforcer les
possibilités d'emploi.
Je
souhaite que toutes les parties apprécient cet important
effort volontaire déployé par l'Etat à
sa juste valeur, que les hommes d'affaires y adhèrent,
pour montrer qu'ils en sont dignes et afin qu'en profite l'ensemble
de la communauté nationale, y compris l'Etat lui-même.
Monsieur
le Président de la Chambre des Députés,
Honorables Députés,
Citoyens, citoyennes,
Nous avons à affronter des problèmes importants,
déterminants même, qui ont de grandes répercussions
sur le présent et l'avenir du pays, surtout en ces
temps où les ressources se sont amoindries, les besoins
et les aspirations des diverses catégories sont devenus
plus grands et où les tendances protectionnistes règnent
sur la scène internationale.
Comment
concilier entre la poussée démographique et
la réalisation d'un minimum de croissance économique?
Comment réaliser davantage de développement
régional dans un meilleur équilibre ? Comment
traduire dans la réalité les réformes
qui s'imposent dans les domaines de l'éducation, de
l'administration et de la fiscalité tout en garantissant
l'harmonie nécessaire?
Comment
concilier entre la prudence que commande la question de la
dette et des équilibres extérieurs et la nécessité
d'impulser l'investissement pour créer davantage de
postes d'emploi?
Toutes
ces questions, qui nécessitent une vision à
long terme, exigent en même temps d'être traitées
d'une manière pragmatique qui colle aux réalités,
loin des théories absolues.
Cela
m'amène à insister de nouveau sur une importante
question qui ne cesse de me préoccuper personnellement,
à savoir que les problèmes que nous affrontons
ne sont pas toujours liés uniquement à la disponibilité
des moyens et des droits, mais également à la
longueur des procédures et des circuits qui, souvent,
sont à l'origine des retards enregistrés dans
l'exécution, en plus de la dilapidation des moyens
disponibles. Je souhaite que toutes les compétences
et toutes les volontés sincères se penchent
sur ces questions avec sérieux, dans la mesure où
il s'agit de questions qui requièrent l'enthousiasme
de tout Tunisien animé d'un haut esprit patriotique
et dont dépendent l'avenir de notre pays et celui de
nos enfants.
Encore
une fois, j'attire l'attention sur certains phénomènes
qui freinent le rythme du changement et en ralentissent le
processus. En tête de ces phénomènes figure
l'attitude attentiste. J'ai déjà expliqué
que le changement n'est pas un cadeau qui s'offre, mais un
effort quotidien commun. Aussi, tous ceux qui y croient doivent-ils
bannir l'attentisme et entreprendre de soutenir nos efforts,
quelle que soit leur position.
Nous
voudrions que tous comprennent que nous n'exigeons que l'allégeance
à la Tunisie et la fidélité à
son peuple.
Le
deuxième phénomène, c'est la lenteur
de l'administration. J'ai également montré que
l'administration était le reflet de la nation et qu'en
dernière analyse le citoyen juge l'Etat, les institutions
et le régime à travers l'Administration.
D'une
façon générale, l'exaspérante
routine administrative qui frappe pratiquement la plupart
des secteurs, de par les procédures interminables,
complexes et parfois même contradictoires qu'elle impose,
en plus de la regrettable tendance que l'on observe chez certains
cadres et agents à s'adapter à ce phénomène,
constitue une entrave qui n'est certes pas moins gênante
que la rareté des ressources et, partant, n'aide guère
à libérer les initiatives et à les canaliser
vers l'investissement afin de créer davantage de richesses
et de postes d'emploi au profit de la communauté nationale.
Nous
sommes tout à fait persuadés que le travail
ne saurait retrouver sa place dans la société,
pour impulser le processus du développement et la réalisation
de l'essor, s'il ne règne pas dans le pays un climat
social sain, fondé sur la paix sociale et l'engagement
de tous à se plier aux exigences de l'intérêt
supérieur du pays, loin de tout attachement aux intérêts
immédiats et des visions sectaires étroites.
Dans
ce cadre, nous nous sommes employés à aider
les syndicalistes à tourner la page du passé,
avec toutes ses lacunes, et à se tourner vers l'avenir
dans la fraternité et la solidarité. Nous avons
tenu à les associer à l'action nationale, sous
tous ses aspects. De même, nous avons entrepris de réintégrer
ceux qui avaient été licenciés du secteur
public pour des motifs syndicaux et avons, jusqu'ici, franchi
une grande étape dans ce sens.
Quant
au troisième phénomène, il se rapporte
à notre conception du travail que nous avons tous le
devoir de considérer en tant que valeur sociale et
civilisationnelle.
Notre
peuple est en effet un peuple d'action et de sérieux.
Mais il est capable de faire mieux et plus, capable de se
mettre au diapason de cette phase de transition et d'en garantir
l'aboutissement et le succès.
Monsieur
le Président de la Chambre des Députés,
Honorables Députés,
Citoyens, citoyennes,
La politique intérieure équilibrée et
harmonieuse est celle-là même qui engendre la
politique extérieure efficiente. Dans ce domaine précis,
notre pays a repris son rôle en toute confiance et avec
force. Il a retrouvé sa crédibilité et
son aptitude à prendre l'initiative. Nous avons défini
nos différentes orientations extérieures et
en avons fixé les priorités en fonction des
réalités de notre pays, de son environnement
civilisationnel et de ses intérêts.
Nous
avons rétabli la sérénité de nos
relations avec nos frères et amis, tout comme nous
nous sommes employés à raffermir notre coopération
bilatérale et internationale. Aussi avons-nous accordé
le plus grand intérêt à la région
maghrébine dans le but d'en considérer l'unité,
dans le cadre de l'intérêt commun, répondant
ainsi aux aspirations de nos peuples. Nous avons également
rétabli la dimension arabe de notre pays ainsi que
sa contribution à l'action arabe commune dans les divers
domaines.
Nous
avons affirmé avec force notre soutien à la
juste cause palestinienne et au peuple palestinien qui a fait
honneur aux Arabes à travers l'héroïque
soulèvement de ses enfants. Nous maintiendrons notre
soutien à sa révolution, tout comme nous continuerons
à abriter sa direction légitime et à
l'appuyer, quels que puissent être le tribut et les
sacrifices.
Nous
avons aussi renforcé nos attaches et notre coopération
avec les pays islamiques, africains, méditerranéens
et non alignés. Nous avons maintenu nos amitiés
et consolidé notre appui aux causes de droit et de
justice avec à leur tête celle de la Namibie
et de l'Afrique du Sud.
Grâce
à cette nouvelle orientation, notre pays a acquis sérieux
et considération, ce qui l'aidera à préserver
ses intérêts, qu'il s'agisse d'invulnérabilité
ou de développement et à prendre les initiatives
que lui commandent les hautes valeurs en lesquelles il croit
et les nobles objectifs qu'il s'emploie à atteindre.
Monsieur
le Président de la Chambre des Députés,
Honorables Députés,
Citoyens, citoyennes,
Veiller au respect de la morale est le devoir de tous.
Notre Vénérable Prophète avait pour mission
de parfaire les vertus morales. Aussi, l'Etat a-t-il un rôle
fondamental à remplir dans ce domaine et assumera-t-il
sa responsabilité en toute circonstance.
Les
organisations et les associations ont un rôle à
jouer pour ce qui est du développement du sens de la
responsabilité, de la protection de la morale publique
et de l'amélioration du comportement.
De
même, la famille est appelée à assumer
la grande responsabilité qui lui incombe. Les mères
sont pour leurs enfants la première école, aussi,
la femme se doit-elle d'être à la hauteur de
cette responsabilité et de prouver qu'elle est digne
des droits qu'elle a acquis et apte à remplir sa fonction
sociale.
Notre
patrimoine civilisationnel et notre auguste religion sont
une source intarissable de hautes valeurs où nous puiserons
dans notre uvre visant à gagner le pari de l'avenir.
L'Islam
a constitué de tout temps notre refuge face aux défis
et notre foi inexpugnable dans toutes les batailles que nous
avons engagées pour la survie en tant que peuple et
civilisation.
Notre
religion est la religion de la tolérance et de l'effort
(Ijtihad). Il appartient à nos savants et érudits
d'aller de pair avec les problèmes de l'époque
et les conquêtes de la modernité et du progrès
pour se montrer à la hauteur de l'ouverture de l'Islam
sur les causes et les préoccupations de l'homme.
Afin
de conférer toute l'efficacité requise à
notre sollicitude à l'égard de l'Islam, nous
avons décidé la création d'un secrétariat
d'Etat chargé des affaires de la religion et de ses
institutions.
Monsieur
le Président de la Chambre des Députés,
Mesdames, Messieurs,
Nous voulons inscrire le Changement du 7 novembre dans la
trajectoire du long combat mené par notre peuple pour
la gloire, la dignité et la grandeur. Nous voulons
que le mouvement qu'il a engendré contribue à
l'édification de l'Etat de droit et des institutions,
cet Etat qui ne saurait faiblir. Nous voulons répondre
aux attentes de notre peuple et aux grandes espérances
de notre jeunesse.
Puissions-nous
réussir à amener chaque Tunisien à se
sentir concerné par les défis auxquels la nation
se trouve confrontée, à veiller à ce
que son pays apparaisse sous son meilleur jour, s'agissant
aussi bien de la propreté de l'environnement, que de
la beauté des villes et villages, que de la qualité
des produits et des services, de telle sorte que tout Tunisien
soit fier de son pays et crie du fond du cur "Vive
la Tunisie".
"Je
n'aspire qu'à vous rendre meilleurs, autant qu'il m'est
possible. Dieu seul m'assistera : C'est à Lui que je
me confie et à Lui que je ferai retour" (Coran).
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